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L’ÉPOPÉE DU CRABE 3|5

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Un film au titre étrange : Le Crabe-Tambour. Un long-métrage signé Pierre Schoendoerffer, racontant une histoire non moins étrange de malentendu né d'une parole donnée et non tenue. «Monsieur cinéma» de la Marine pendant 3 décennies, Pierre Dubrulle, revient sur la genèse de ce long-métrage sorti en 1977 devenu un chef-d'œuvre dans son genre. Cette fois, Pierre Dubrulle nous raconte les premiers moments de ce tournage. Un tournage en haute mer assurément mouvementé. 

« Arrive enfin le jour tant attendu où tout le monde se retrouve à Lorient pour embarquer à bord du Jaureguiberry déjà à quai, fraîchement repeint, majestueux !

Commence alors une première semaine de tournage de la séquence de l'appareillage. Afin d'être présent à la passerelle sans s'y faire remarquer, le capitaine de frégate Deluzarches, le commandant, le vrai, a eu l'idée de porter des galons de second maître (NDLR : sergent dans les autres armées), alors que Jean Rochefort plastronne en uniforme de capitaine de vaisseau (NDLR : colonel dans les autres armées).

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On frise alors l'incident diplomatique quand ce dernier reste en toute innocence hautement indifférent au salut d'une vedette de la Marine Royale Marocaine, au côté du «second maître (NDLR : correspond au grade sergent dans les autres armées) Deluzarches figé, lui, dans un garde-à-vous impeccable !

De retour à quai, les permissionnaires vont en ville. Le jeune Morgan-Jones, interprète du rôle du midship, avait pensé en faire autant en gardant son uniforme. Il avait seulement troqué sa cravate noire contre un joli foulard en soie et laissé sa veste déboutonnée.

Ce ne fut pas du goût des gendarmes maritimes qui lui ont gentiment expliqué qu'un uniforme n'était pas un costume d'opérette !

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COUPS DE TABAC

La météo s'annonce favorable à un tournage par gros temps. Rendez-vous est pris pour le lendemain en Iroise avec un Escorteur Rapide et un hélicoptère Super-Frelon.

Raoul Coutard, le chef-opérateur, a pris place, à bord de l'escorteur, dans une des cabines de télépointage gyrostabilisée. Par mer forte à très forte, en route parallèle et à même vitesse, il filme le Jaureguiberry comme aucun bateau de guerre n'a été filmé.

Dominique Merlin, embarqué à bord du Super-Frelon, multiplie les axes de prise de vues. Le surlendemain, tout l'équipage est invité dans un cinéma de Lorient à la projection de ces «rushes» chargés d'embruns : ce coup de tabac fait un tabac... Equipe de tournage et équipage ne font plus qu'un !

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Le lendemain, appareillage pour les Bancs de Terre-Neuve. La tradition veut que, moyennant un don aux bonnes œuvres de sa paroisse, le curé de l'Armor hisse un pavillon tricolore au sommet de son clocher afin de saluer et bénir les bateaux en partance.

Le Jaureguiberry respectera la tradition et rendra le salut avec une garde alignée sur la plage arrière. Peu de tournages auront commencé sous de meilleurs auspices.


À BORD DU « JAU-JAU »

Pendant la traversée de l'Atlantique, le tournage avance avec rigueur et professionnalisme. Les comédiens, inquiets d'avoir à jouer en subissant peut-être le mal de mer, se rassurent de jour en jour.Tous ont, pour finir, le pied marin.

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Chaque jour, le commandant en second et le premier assistant rédigent de concert la feuille de service du lendemain. Jean Rochefort est devenu un pacha tellement convaincant que les matelots qu'il croise dans la coursive  lui servent instinctivement du «commandant».

Les saltimbanques du cinéma font l'admiration des marins. L'arrivée sur les Bancs est marquée par un coup de vent force 8 et des lames évaluées à  10 mètres !

Malgré son grand âge, le «Jau-jau» teint bon, il en vu d'autres ! Mais la mer est trop grosse pour permettre des prises de vue dans de bonnes conditions, d'autant que les ponts sont consignés »

Propos recueillis par Stéphane DUGAST
Photographies © archives Marine nationale / Fonds Patrick Chauvel  



› FICHE TECHNIQUE

Le Crabe-tambour de Pierre Schoendoerffer.
Avec Jean Rochefort, Jacques Perrin, Claude Rich, Jacques Dufilho & Aurore Clément.
Sortie en salle le 9 novembre 1977.
César du meilleur acteur 78 : Jean Rochefort.

César du meilleur acteur dans un second rôle 78 : Jacques Dufilho.
César de la meilleure photographie 78 : Raoul Coutard. 

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