13.04.2013
L’INTRÉPIDE MARIN

Négociant en perles, contrebandier d'armes, commis en cuirs et cafés, trafiquant de haschich, aventurier infatigable, opiomane invétéré, écrivain sur le tard et marin chevronné, Henry de Monfreid (1879-1974) a vécu mille et une vies. Un milieu l’a pourtant fasciné toute sa vie : les océans
L’image est trouble. « Vieux pirate » selon le romancier et reporter Joseph Kessel. «Chef adoré de son équipage mais mari et père très peu attentionné» dixit l’académicien Jean-François Deniau. « Abd el Haï » pour les habitants d’Abyssinie d’alors.
« Marginal converti à l’islam mais aussi patriote qui essaiera de donner Cheikh-Saïd à la France » dixit toujours Jean-François Deniau, fondateur du corps des écrivains de Marine. « Un personnage à mille coudées au-dessus de l’image du pirate qu’il avait lui-même accréditée » précisera, quant à lui, Daniel Grandclément, journaliste et biographe* de l’intéressé.

Écrivain-pirate et bourlingueur à l’autre bout du monde, Henry de Monfreid l’a été tardivement. Enfance et adolescence dans le sud de la France. Échec à Centrale. Vendeur, planteur, chauffeur ou entrepreneur, le natif de la Franqui exercera une dizaine de petits métiers. Jusqu’à ses 32 ans, sa vie sera plutôt rangée, avec femme et enfant. Pourtant le terrien va larguer les amarres.
Direction la Corne de l’Afrique. À Djibouti, il devient d’abord négociant en café et en cuirs avant de se consacrer à d’autres activités. Le goût de l’aventure ? L’appel du large ? L’appât du gain ? Henry décide de vivre sur un boutre. La mer Rouge n’aura plus de secrets pour lui. L’intégration est totale. Changement de nom. Conversion à l’islam.

Il va dès lors mener d’incessantes croisières embarquant dans ses cales d’improbables cargaisons à la barbe des Anglais. Suite à une dénonciation pour trafic d’armes, il connaît pourtant la prison avant de poursuivre ses tribulations autour du Golfe d’Aden. Henry mènera dès lors la vie d’aventurier avec un grand « A ».
Une rencontre va façonner la légende, celle avec Joseph Kessel qui enquête sur le trafic d’esclaves dans cette région du globe devenu un port militaire français stratégiquement situé.

L’écrivain-reporter à succès pousse l’aventurier à publier ses écrits. Succès immédiat avec « Les secrets de la mer rouge ». Suivront 73 livres, traduits en plus de 12 langues dont le russe et le chinois. À la différence des conteurs, tout ou presque est vécu par Henry de Monfreid. Ce que certains esprits perfides ne manqueront pas d’ailleurs de lui reprocher.
Quarante ans après sa disparition, Guillaume, un de ses petits-fils, en confiant illustrations, peintures, photos et textes inédits de son aïeul nous dévoile ses journaux de bord, ses lettres, ses clichés et créations retraçant ses aventures entre 1911 et 1921. Car en parallèle à ses aventures bigarrées, l’étonnant Henry de Monfreid a photographié, peint et écrit, en artiste ivre des océans.

« À tout âge, la mer a exercé sur moi un effet magique, elle est comme un serpent qui me fascine et m'attire. J'ai grandi auprès d'elle et les sommeils de mon enfance ont été bercés du grondement de ses vagues... ». Ses mots sont prémonitoires, car Henry de Monfreid n’a pas quinze ans lorsqu’il écrit ses lignes.
Il est donc évidement question de Djibouti, d’Aden ou de la mer Rouge mais également de Suez, Bombay, Madagascar, Sète ou même Brest.
Véritable hymne à la mer, ce « Beau-Livre » dévoile une facette méconnue de ce personnage haut en couleur. Un ouvrage indispensable dans la bibliothèque de tout lecteur épris (ou en manque) d’embruns et d’horizons lointains.
Stéphane DUGAST
* : « L’incroyable Henry de Monfreid » de Daniel Grandclément. 23 € - 428 pages (Grasset)

> À LIRE
« Hymne à la mer » d’Henry de Monfreid. 25 € - 300 pages (Arthaud)
06:38 Publié dans PORTRAIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
29.03.2013
GENTLEMAN POLAIRE

Médecin par tradition, explorateur par vocation et marin par passion, Jean-Baptiste Charcot (1867-1936) est l’une des figures du monde de l’Aventure du vingtième siècle. Celui que ses pairs avaient surnommé le « gentleman polaire » a également été marin d’Etat.

16 septembre 1936, 5h30 du matin. Une violente tempête d'équinoxe au large de l’Islande fait couler, corps et bien, un trois-mâts battant pavillon tricolore. Le bilan est lourd : 23 morts, 17 disparus et un seul survivant. Ainsi disparaissent 40 membres de l’équipage du « Pourquoi-Pas ? », dont l’une des figures de l’exploration de ce début du siècle : Jean-Baptiste Charcot.
Rien ne prédestinait pourtant le natif de Neuilly-Sur-Seine à se tourner vers le grand large et les pôles. Né dans une famille de la grande bourgeoisie, il est le fils de Jean-Martin Charcot, clinicien de renom considéré comme le père fondateur de la neurologie moderne.

La voie du fils Charcot semble donc toute tracée. Baccalauréat en poche, le jeune homme pense pourtant à faire carrière dans la Marine, voulant même intégrer l’école navale. Refus catégorique de son père qui concède cependant à son fils de lui acheter un voilier et « de jamais l’empêcher à naviguer ».
Reçu interne de médecine en 1891, son père cède à sa requête. Jean-Baptiste peut ainsi s’offrir son premier yacht, sur lequel il apprend les rudiments de la voile. Naviguant dès qu’il en a l’occasion, il devient un yachtman émérite. Il sera d’ailleurs double médaillé d'argent de l'épreuve de voile lors des Jeux Olympiques d'été de Londres en 1900.

Entre-temps grâce à un piston familial, il a intègre la réserve comme médecin de seconde classe, devenant ainsi officier de la Marine. Son rêve de jeunesse s’exauce. Le docteur Charcot continue cependant de naviguer comme plaisancier, s’aventurant toujours plus loin. Eté 1902, il franchit pour la première fois le cercle polaire arctique (66°34’ Nord), tutoyant ainsi les glaces.
C’est pourtant, vers un autre pôle que ses projets vont lui faire mettre le cap. Contrarié par l’absence de la France dans le concert des nations polaires partant à la conquête de l’Antarctique, Jean-Baptiste Charcot entreprend de monter une campagne d’exploration, renouant ainsi avec l’esprit d’aventure initié par Jules Dumont d’Urville (1790-1842), un autre glorieux marin d’Etat également explorateur polaire.

Pour cette mission ponctuée par un long hivernage, Jean-Baptiste Charcot fait construire le trois-mâts « le Français ». Plein succès de sa mission qui l’incite à repartir en Antarctique et y hiverner une seconde fois, entre 1908 et 1910, à bord cette fois d’un trois-mâts plus puissant : le « Pourquoi-Pas ? » (quatrième du nom).
Réunis en un seul volume, cet ouvrage présente les récits de l’explorateur de ses deux grandes explorations polaires. Ses journaux de bord nous dévoilent son quotidien, et celui de ses hommes d’équipage oeuvrant sans relâche dans le grand froid, le blizzard et le vent, pour la France et pour la Science. Car, il s’agit d’abord pur eux de cartographier ce qui n’est encore qu’une grande tâche blanche sur les mappemondes et d’en approfondir les mystères.

Marin d’Etat les trois décennies suivantes, le « gentleman polaire » va dès lors sillonner les océans, irrésistiblement attiré par le charme inouï des contrées polaires. Une passion inoxydable jusqu’à sa disparition en mer, au large de l’Islande, englouti dans son cher « Pourquoi-Pas ? ». Ainsi se façonnent les légendes.
Stéphane DUGAST
Illustration Marin Marie / Clichés DR

> À LIRE « Le Français au pôle sud & Le Pourquoi-Pas ? dans l’Antarctique » de Jean-Baptiste Charcot. 22 € - 541 pages (Arthaud)
06:25 Publié dans PORTRAIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
22.03.2013
NOUVELLES VAGUES

Photographier la mer et ses humeurs, c’est devenu la passion de Philippe Dannic au point de devenir son obsession.
Eté comme hiver, c’est à Belle Ile en Mer, où il habite, que Philippe Dannic photographie inlassablement l’océan, ses mouvements et ses lumières changeantes.
À la clef, une moisson de clichés pour lesquels l’intéressé approfondit désormais son approche artistique. Flou des vagues, lumières évanescentes ou effets filés, certains de ses clichés font penser à des toiles de maîtres. « Tant mieux car j’aime la peinture et les grands maîtres ! », concède fièrement l’intéressé.

Si l’artiste breton affectionne les océans, son registre est plus étendu qu’il n’y paraît de prime abord. Ancien photographe de mode, il affectionne le portrait. En s’intéressant aux habitants de « son » île qu’il a « portraités » à leur guise, il a ainsi voulu témoigner de la vie insulaire en ce début de vingt-et-unième siècle.
D’autres projets sont à l’étude, comme celui d’exposer ses œuvres dans des galeries en France comme à l’étranger, ou encore celui de publier un nouveau « Beau-Livre » chez un éditeur réputé.

Car Philippe Dannic s’auto-publiait jusque là. « C’est comme ça que tu créés du lien avec des lecteurs. Je n’ai jamais hésité à les inviter à prendre le café à la maison. Histoire qu’ils comprennent mieux mon travail ! ».
Cette fois, il veut montrer son travail sur tout le continent. « Et pas seulement sur Belle-Île. Qu’on habite le long du littoral ou dans les terres, les océans passionnent ! », avertit le photographe-marin intarissable sur l'océans, ses lumières et ses humeurs/
> EN SAVOIR PLUS
Clchés en rafale, esprit et ses liivres, RDV sur son site Internet : http://www.philippedannic.com/
17:00 Publié dans PORTRAIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
21.02.2013
L’ANCRE ET LA PLUME

«Habiter autrement la planète», c’est le titre d’une collection de livres d’entretiens initiés par les Scouts et Guides de France. À l’honneur du dernier né de cette collection : la navigatrice et écrivain de Marine Isabelle Autissier. Rapide portrait.

C’est en région parisienne qu’Isabelle Autissier passe son enfance, ce qui ne l’empêche pas de découvrir la voile en Bretagne dès ses 6 ans.
Diplôme d'ingénieur agronome (spécialisation halieutique) en poche, elle va d’abord mener une carrière dans la recherche avant d’enseigner à l'École maritime et aquacole de La Rochelle.

En parallèle, elle navigue, participant à des courses à la voile de renom dont l’édition 1991 du BOC Challenge qu’elle achève en 7ème position, devenant ainsi la première femme à réaliser un tour du monde en solitaire.
La « prof-skipper » se consacre alors entièrement à la compétition jusqu’à un naufrage pendant une course au large en 1998. Une « fortune de mer » qui l’incite à renoncer à la compétition en solitaire.

De la barre, elle passe aisément à la plume, publiant des récits comme le remarqué Kerguelen, le voyageur au pays de l'ombre (Grasset) tout en continuant cependant de naviguer en équipage.
En 2009, elle publie son premier roman : Seule la mer s'en souviendra (Grasset), l'histoire d'une supercherie en mer qui lui vaudra tous les honneurs.

Cette même année, Isabelle Autissier devient présidente de la branche française du World Wide Fund for Nature (WWF). Une activité « citoyenne » à plein temps qu’elle concilie avec sa passion pour la navigation trois mois par an.
Après moult voyages dans les mers du Sud (en compagnie notamment d’Erik Orsenna), Isabelle Autissier a mis désormais le cap plein nord.

L’Arctique est ainsi devenu son nouveau « théâtre d’opérations » autant pour des motifs maritimes, personnels que littéraires.
Autant de qualités lui valant d’être l’invité du livre entretien « La Terre pour horizon » publié par les éditions des Presses d’Ile-de-France, la maison d’édition des Scouts et guides de France. (A SUIVRE)
Stéphane DUGAST
06:00 Publié dans PORTRAIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook
03.12.2012
LABOUREURS DES MERS

Photographe, bourlingueur et reporter, Marcel Mochet aime la mer et les marins. Fort d’embarquements sur des bateaux de pêche, il a réalisé son premier « Beau-Livre ». Embruns, houle et tempêtes garantis !
Photographe professionnel à l'Agence France Presse (AFP), Marcel Mochet a écumé les mers. Celles du Nord comme en mer d'Irlande, en Norvège, en Ecosse ou en mer de Barents. Il a également embarqué dans les mers du Grand Sud, entre les quarantième Rugissants et les cinquantièmes Hurlants.
C’est donc en reporter au pied assurément marin qu’il a embarqué sur cinq bateaux de pêche hauturière, dont Le Grande Hermine, le dernier morutier français basé à Saint-Malo.

À bord, le reporter a partagé la vie des pêcheurs et leur rude quotidien. « Ils sont français, polonais, malgaches ou ukrainiens et embarquent sur nos grands bateaux-usines pour servir dans nos assiettes et sur nos meilleures tables, les produits de leurs longues campagnes de pêche », écrit d’ailleurs avec à propos le photographe et l'auteur de ce livre, avant d'ajouter sobrement : « Ces laboureurs des mers restent trop peu connus du grand public ».
Hommage est donc enfin rendu à ces marins de l'ombre. Du bel ouvrage de l'ami Marcel, « grand » reporter de mer.
(SD)

> À LIRE
Les pêcheurs des extrêmes de Marcel Mochet. 144 pages - 27 € (éditions du Rocher)
18:00 Publié dans PORTRAIT | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note
|
|
Facebook






