02.05.2013

WESTERN ARCTIQUE : SECRETS & COULISSES (EXCLU)

TRobert3.jpg

«Le piège blanc», c’est la dernière réalisation de Thierry Robert, désormais considéré comme l’un des meilleurs réalisateurs français de films documentaires d’expéditions. Concernant son nouveau film narrant une exploration polaire menée par deux kayakistes le long de la côte orientale du Groenland, Thierry Robert raconte en exclusivité pour les lecteur du blog Embarquements ses intentions artistiques tout en nous dévoilant les coulisses et quelques secrets du tournage de ce western arctique…

georges pernoud,laurence bobillier,xavier grimault,la voie du pôle,vincent berthet,ours,polaire,film,documentaire,france 3,thalassa,tristan nihouarn,matteo rivoli,rené heuzey,jean-christophe guerri,séverine cappa,groenland,alban michon,western,arctique,piège blanc

- Thierry, comment construit-on et surtout comment  raconte t'on une telle aventure ?

- Thierry Robert : « L’histoire est très scénarisée au départ ! Je sais que je pars au Groenland pour réaliser un road-movie ou plutôt un western arctique en quelque sorte ! Finalement, sur le terrain se dessinent des événements, des ambiances et des décors qui ne font qu’accentuer mon intuition. Par expérience, j’attends des événements précis durant ce genre d’aventure. Par expérience, je sais aussi que la plupart de ces événements arrivent, même si évidemment le scénario définitif est lui écrit par l’aventure, le réel et la vérité du terrain, bref par ce qui se passe réellement… Mais comme disait Boris Vian, « tout est parfaitement vrai, puisque je l’ai inventé ou rêvé! »

TRobert2.jpg

- Justement entre réalité et fiction, comment procédez-vous ? Le terrain vous dicte ses impératifs souvent contradictoires avec votre scénario initial, non ? 

- Mon principal souci en terme de réalisation, ça a été de multiplier les caméras, et donc les axes, pour filmer chaque séquence afin de donner du rythme au montage. Grâce à ces champs / contre-champs permanents, l’idée consiste bien à plonger le spectateur dans un authentique film d’aventure, tout en utilisant les codes des films de une fiction, même si là, tout est bien réel.

L’autre innovation de taille afin d’accompagner l’expédition sans la « polluer », ça a été d’être capable de mettre en place un tournage avec une équipe de techniciens baroudeurs aguerris. Il fallait réaliser une fiction avec une équipe expérimenté mais légère. Il s’agissait donc bien de filmer une expédition tout en laissant la liberté à Alban et Vincent de vivre pleinement leur aventure.

TRobert1.jpg

- Cinéaste toujours en quête d’innovations, quelles ont été justement les innovations pour ce tournage ?

Pour cela, nous avons travaillé avec la meilleure équipe possible. J’ai fait appel à des grands professionnels, à des pointures du milieu comme René Heuzey, directeur de la photo sous-marine, Jean-Christophe Guerri, son assistant et éclairagiste pour les prises de vue sous-marines, Matteo Rivoli, premier assistant, 2nde camera et machinerie. Je n’oublie pas non plus Séverine Cappa, notre directrice de production.

Vraiment, je ne pouvais pas être mieux entouré ! Pour les prises de vues aériennes, ça a été plus délicat, car  nous avons perdu notre drone lors d’un appontage à grande vitesse ! Du coup, il a fallu récupérer quelques images aériennes préexistantes.

url2.jpeg

- Quelles difficultés avez-vous rencontré au montage, en terme de narration ou de rythme notamment ?

- Vous savez, le moteur du travail pour moi, c’est l’amitié. Le monteur avec qui je travaille très régulièrement ces dernières années s’appelle Alexis Barbier-Bouvet. C’est un monteur expérimenté et talentueux.

Concernant le rythme à donner à ce film, on était immédiatement d’accord, fort sûrement de nos collaborations, et du coup, à la grande complicité qui nous unit. Tous les deux, on ne discute pas des heures, on ne tergiverse pas, on est très vite d’accord sur le meilleur à « tirer » des image tournées. Naturellement, on sait le rythme que l’on doit imprimer au film.

Quant à la narration, je prends des tas de notes au fur et à mesure du montage en pensant à la narration finale, que je peaufine le tout dernier mois, entre la fin du montage, le visionnage, et l’étalonnage, voire jusqu’au mix (NDLR : mixage voix-off, interviews et musique).

Je soumets évidement tout cela aux aventuriers pour être bien certain qu’on est raccord, que je ne leur fais pas dire n’importe quoi !

TRobert5.jpg

- Pour la bande-son du film, vous avez fait appel à Tristan Nihouarn, l’ex leader du groupe rock Matmatha. Pourquoi ?

- Pour la musique, j’avais discuté très en amont avec Tristan, en lui disant : « Voilà ce que je vais faire, voilà ce que je veux ! ». Et puis, nous sommes partis tourner la première partie du film, et là, en rentrant du Groenland on s’est retrouvé chez lui à Paris, il m’a fait écouter 4 ou 5 titres, j’en avais les larmes aux yeux. Je lui ai dit : « Merci, c’est magnifique, c’est pile ce que je recherche ! ».

À partir de là, on a longuement échangé, via le net, jusqu’aux arrangements finaux. Certains morceaux, on les a vraiment «fabriqué» ensemble. Il est très exigeant, et moi aussi ! Ca a été une expérience extraordinaire, je crois aussi bien pour lui que pour moi !

georges pernoud,laurence bobillier,xavier grimault,la voie du pôle,vincent berthet,ours,polaire,film,documentaire,france 3,thalassa,tristan nihouarn,matteo rivoli,rené heuzey,jean-christophe guerri,séverine cappa,groenland,alban michon,western,arctique,piège blanc

- Quelles sont vos séquences préférées ?

- Il y a plusieurs séquences qui me touchent particulièrement, car l’histoire monte crescendo ! Toutes ont le parfum du tournage.

Certains souvenirs particuliers demeurent accrochés. Evidemment, l’apparition de l‘ours polaire a été un très grand moment, il régnait ce jour là une excitation dans toute l’équipe parfaitement incroyable ! Personne ne s’est vraiment posé la question du danger, il y avait tellement de joie de pouvoir filmer une telle rencontre, moi dehors sur le zodiac, parfois à moins d’un mètre de l’ours, Vincent qui se tenait prêt le fusil en main et René sous l’eau avec Alban qui eux ont quasiment touché l’animal ! C’est incontestablement un très grand moment !

Mais il y a eu aussi d’autres très grands moments qui ne sont pas dans le film. Ainsi, nous avons exploré durant plusieurs jours un fjord dans l’espoir de filmer des narvals, sans y parvenir cependant ! Ce film finalement, c’est le fruit de cette incroyable aventure humaine qui nous liait tous, l’équipe film et les aventureirs !

url.jpeg

- Quels sont vos nouveaux projets de film ?

- Nous repartons dans 2 mois pour tourner la suite de « La Voie du Pôle ». Le bateau s’appelle « Babouchka » et c’est Vincent Berthet (mon « jeune » vieux complice !) qui accompagnera Seb Roubinet cette fois.

Une nouvelle aventure polaire à mettre en boîte mais je suis comblé car autant la société de production Le cinquième rêve et Nicolas Zunino, que notre diffuseur France 3 Thalassa - Georges Pernoud, la rédactrice en chef Laurence Bobillier et Xavier Grimault le rédacteur chef adjoint, tous nous font une totale confiance.

C’est donc un bonheur total de replonger si j’ose dire dans une nouvelle aventure polaire… »


Photos sous-marines with courtesy Deep Sea Under The Pole


DIFFUSION TV / 
Le piège blanc sur le petit écran, rdv  le vendredi 3 mai à 20h45 sur France 3 dans l’émission Thalassa.


17:41 Publié dans ENTRETIEN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

17.01.2013

BESOIN DE MER (RÉACTUALISÉ)

PPLISSON.jpg

Peintre de Marine, Philip Plisson est certainement aujourd'hui le photographe de mer le plus médiatique et le plus reconnu. Comptant à son actif moult ouvrages et clichés de mer devenus célèbres, son œil, sa « patte » et son ancre de Marine ont fait sa marque de fabrique. C’est dans le Morbihan, à la Trinité sur Mer, son port d’attache, que le Philip Plisson s'était confié à moi il y a quelques mois. A l'occasion de son soixante-sixième anniversaire, le photographe très prolifique signe d'ailleurs son soixante-sixième livre ! Retour sur d'étonnantes confessions d'un passionné des océans.

Propos recueillis par Stéphane DUGAST

PPLISSON 4.jpg

« Près de 90 % du commerce mondial s’effectue par la mer avec les conséquences que l'on connaît en matière de pollution. Vous parcourez depuis des décennies océans et littoraux de notre planète, comment l'homme gère selon vous aujourd'hui cet environnement ?

 - Philipp PLISSON : À mes yeux, il y a enfin chez les politiques et nos concitoyens une prise de conscience des océans et de leur avenir. Jusqu’à récemment, la mer ne semblait pas être totalement ancrée dans le paysage médiatique hexagonal.

Pourtant, la France offre le trait de côte le plus long d’Europe. La Marine nationale a longtemps été la seconde force navale dans le monde. La mer semblait délibérément occultée des discours. Le Grenelle de la Mer a indéniablement mis en lumière cet univers et ses enjeux.

PPLISSON 7.jpg

Ce Grenelle a surtout permis de poser les bonnes questions en réunissant autour de la table des spécialistes et en les faisant plancher sur des problématiques majeurs pour nos océans, et par delà nos sociétés modernes.

Quant à la gestion de l’homme de son environnement sur notre planète, je laisse le soin aux spécialistes de faire leurs commentaires. Eux seuls peuvent parler des océans et de leurs enjeux du fait de leur expertise. Il y a à mon sens en ce moment trop de donneurs de leçon qui parlent, à tort et à travers, des océans et d’écologie.

Pour ma part, c’est un univers que j’observe, que je regarde et que je photographie depuis des décennies. La mer m’inspire des émotions et des réflexions mais jamais je ne me permettrais d’être un donneur de leçon.

Couverture-la-France-vu-de-la-mer.jpeg

Depuis le printemps 2009, vous vous êtes lancé dans un projet ambitieux : photographier la France et son littoral vue de la mer. Quelles en sont les raisons et les motivations ?  

J’ai voulu porter un regard photographique sur le littoral hexagonal depuis la mer. Cela peut aujourd’hui paraître être une évidence mais cette dimension n’avait encore jamais été appréhendée.

J’ai ainsi voulu écrire photographiquement parlant le littoral français en partant de la frontière belge à la frontière italienne. J’avais cette idée en tête depuis longtemps.

PPLISSON 5.jpg

Encore fallait-il oser se lancer dans ce projet hors normes. Economiquement, c’est loin d’être viable mais l’intérêt de ce projet, comme sa portée, sont indéniables. A ce jour, j’ai déjà parcouru 6 820 milles, soit 12 630 kilomètres pour les terriens. A raison de 6 heures de photo en moyenne par jour, vous pouvez en déduire que j’ai navigué pendant 263 jours de mer.

Mais plutôt que de vous asséner de chiffres, parlons de l’esprit de La France vue de la mer. C’est un clin d’œil à la vocation première des peintres de Marine, un corps d’artistes créé aux origines pour témoigner sous forme d’inventaire des ressources maritimes de la France.

PPLISSON 2.jpg

Sillonner le trait de côté m’a également donner l’idée de m’intéresser également à la Société Nationale de Sauvetage en Mer (SNSM). J’ai ainsi décidé de dresser un inventaire des hommes et des moyens de la SNSM. Je ne pensais pas que cela serait autant gourmand en temps.

Car, il faut prendre rendez-vous avec chacune des stations de la SNSM, organiser des séances photos avec les unités en mer puis ensuite photographier les équipages à terre. Même si cet inventaire supplémentaire me ralentit considérablement, je suis fier de mener cette mission au profit d’une association à laquelle je suis intimement liée et qui, de surcroît, est essentielle pour les gens de mer.  

PPLISSON 3.jpg

Comment réussissez-vous à concilier ces contraintes avec votre exigence artistique également gourmande en temps ?

J’ai descendu le trait de côte en le photographiant comme il se présentait. Je n’ai pas attendu des heures la lumière exceptionnelle, ce grain noir ou ce coup de vent qui donne à un cliché force, esthétisme et puissance, sinon j’y aurais passé des années.

L’essentiel a été de parcourir le trait de cotes et le photographier tel quel. J’ai cependant tenu à parcourir le trait e de côtes toute en faisant le tour de toutes les îles et en visitant tous les estuaires, les abers ou les baies. C’est un travail titanesque !

9782812302855.jpg

Prenons l’exemple de la Bretagne, rien qu’à elle seule ce sont ainsi 3 500 kilomètres de trait de cotes que j’ai photographié. D’un point de vue éditorial, j’ai découpé mon travail par segments géographiques. Paru en librairie, le premier tome de La France vue de mer s’est ainsi concentré des plages du Nord au Mont-Saint-Michel. Les tomes suivants seront dédiés à la Bretagne puis à la façade atlantique. J’achève en ce moment mon travail sur le littoral méditerranéen avant de m’attaquer à la Corse »

Photographies : Philipp PLISSON / www.plisson.com

 

plisson,philpp plisson,littoral,mer,marins,patrimoine,livre,édition,photos,photographies,france,environnement

EN SAVOIR +

Le site « officiel » de Philipp Plisson  http://www.plisson.com/

Le blog de Philipp Plisson  http://www.philip-plisson-blog.com/ 

 

06:31 Publié dans ENTRETIEN | Lien permanent | Commentaires (1) | Envoyer cette note | |  Facebook

26.03.2012

LE SEL DE L’AVENTURE

Jour_10_-_Mardi_7_f+®vrier.jpg
4 800 kilomètres sans escale ni assistance à la seule force des bras pour traverser l’océan Atlantique en 41 jours, tel est le défi accompli le 9 mars dernier par Christophe Dupuy, devenu le premier officier de Marine à réussir pareil exploit. Récit a posteriori d’une navigation forcément pas comme les autres…

- « Racontez-nous cette course à la rame ? Quels en ont été les temps forts ou à contrario les moments de doute ?

- Christophe Dupuy : Cette traversée de l’Atlantique à la rame, je l'ai préparée pendant un an. Je l'ai abordée comme une mission. Je l'ai ainsi déclinée en phases et séquences comme on prépare une opération au sein des forces spéciales.

Les temps forts sont incontestablement le départ et l'arrivée. Le départ, car on part un peu quand même vers l'inconnu.

028.jpg

L'arrivée, car c'est la fin et de tomber dans les bras de Bruno Le Tyrant (NDLR : ancien officier marinier commando en charge du technique) avec qui toute cette histoire n'aurait pas pu être possible s'il n'avait pas été là !

Quant aux instants de doute, j’en ai eu un au moment du coup de vent au sud des îles du Cap Vert. Je n'ai pas pu ramer pendant 36 heures. Je me suis dit que si cela devait être comme cela tout le temps, cela allait vite devenir compliqué et ce, d'autant plus, quand on apprend que les autres se retournent les uns après les autres.

On prend alors vraiment conscience que l'on est tout petit face à la mer. Un sentiment bizarre. Car ce sont autant cette force et sauvagerie que la beauté des images de cet univers dantesque qui restent et nous imprègnent…

Christophe_Dupuy_-_Dimanche_26_fevrier(1).jpg
En quoi avoir été un commando et nageur de combat vous a-t’il servi ou desservi pendant cette aventure ?

- Dans la préparation et dans la réalisation. Préparation car comme je vais me répéter mais j'ai tout décliné pour ne rien laisser au hasard. Visiblement, cela a bien marché.

Mon passé m’a servi dans l'action, car j'ai gardé une rigueur dans l'exécution. Je n'ai rien changé à ce que j'avais prévu. Le côté que j’ai un peu occulté, cela a peut être le côté contemplatif. Mais rassurez-vous, j'ai dans ma tête des images indélébiles. J’ai vécu des moments intenses et extraordinaires.

Christophe_Dupuy_-_Dimanche_26_fevrier.jpg

N'éprouvez-vous pas de frustration à ne pas être sur le podium alors qu'en vous suivant au quotidien, on a longtemps cru à une troisième, voire une seconde place ?

- Effectivement, cela est dommage, mais j'ai réussi et là est ma victoire. De plus, au prologue, j'avais dit que je serai heureux d'être dans le top 5.

Je finis cinquième grâce à un décompte de l'organisation qui fait un quatrième malgré deux troisièmes, donc contrat rempli !


Concernant la solitude et le danger, comment l'appréhende t’on ? Avez-vous pensé à la mort ?

J'ai eu peur, comme on part au combat ou avant mission, la veille et le jour du départ. Puis à partir du moment où je me suis retrouvé tout seul, la mécanique de la mission s'est mise en place, la concentration, il n'y avait plus d'états d'âme.

La solitude ne m'a pas pesé et le danger été appréhendé donc pris en compte. Je ne me suis donc jamais laissé débordé.

Dakar 150.jpg

Qu'éprouve ton à l'arrivée ? Une fois de retour à terre ?

- Une grande satisfaction mais je ne prends conscience de l'avoir fait que depuis que je suis rentré auprès des miens ou en voyant les films et les photos.

L'Aventure c'est quoi selon vous ?

- La vie ! Il faut toujours avoir des projets pour avancer et la réalisation de ceci rend heureux… »

Jour_10_-_Mardi_7_fevrier.jpg

EN SAVOIR PLUS //
Le récit de son aventure avant son départ

14:06 Publié dans ENTRETIEN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

20.01.2012

ENTRETIEN PARTICULIER

bdn,tramp,jusseaume,kraehn,dargaud

Le cargo Maudit : c’est le titre du nouvel album de Tramp, une série de bande dessinée prisée de tous les férus d’aventures et de mer. Un one shot (dans le jargon de la profession) rompant avec les précédents albums dixit Patrick Jusseaume, son dessinateur. Et dire qu’il va falloir patienter jusqu’au 9 mars prochain, date de la parution du dixième tome de ce thriller maritime à chaque fois haletant…

263805_109274549167149_100002538138858_83205_7282787_n.jpg

 « Patrick Jusseaume, pourquoi s’atteler à un one shot ?

 - Cet album rompt avec le tempo Indochinois dont le thème a un caractère historique. Là, nous abordons le thème policier. L'écriture du scénario s'en trouve, je l'imagine, modifiée. Puis après cette courte «pause- escale» car la vie de marin c’est d'être en mer.  Nous repartirons vers des océans plus lointains et plus chauds. Donc pour un nouveau cycle. Sur un autre tempo...

Quel est l'intérêt de cette nouvelle intrigue ?

 - Changer de registre scénaristique, renouveler l'intrigue. Le quotidien à bord d'un navire est furieusement répétitif ! Il faut presque systématiquement tenir  compte du fait que les ouvertures scénaristiques peuvent plus aisément venir de l'extérieur.

 253934_106463316114939_100002538138858_53149_6004111_n.jpg

Avez-vous travaillé sur de nouvelles sources d'inspirations ?

 - En premier lieu, la source d’inspiration récurrente, est le dépaysement. Fondamental dans l’univers des marins. Au gré de la chronologie des cycles. Il n’y a pas de co-écriture dans notre collaboration avec Jean-Charles. Il suit les inspirations que peuvent lui apporter chaque escale, j’imagine !

bdn,tramp,jusseaume,kraehn,dargaud

Et puis,  entre le ciel et la mer, le temps ne s’écoule plus de la même manière ! 

 - La Marine Nationale m’invite maintenant à naviguer au moins une fois par an, grâce à Pascal Subtil, officier de communication, entre autres. J’ai donc découvert la vie à bord des voiliers et «bateaux gris». Le rythme de vie d’un terrien n’a pas grand chose à voir avec celui d’un marin. Sinon, pour cet album plus précisément, il m’a fallu chercher des décors urbains.

Retrouver l’ambiance normande de cette ville portuaire. Il faut y ajouter un aspect social, ainsi que son contexte : On sortait de la guerre. Le confort social de cette époque n’était pas le même, ni probablement les priorités.

bdn,tramp,jusseaume,kraehn,dargaud

Thriller maritime, Tramp est une série délicieusement surannée …

 - Une époque. Une façon de vivre … notre jeunesse ? Il faut aussi ajouter que c’était l’âge d’or de la marine marchande. De vrais équipages. Le téléphone portable n’existait pas.

Quand un marin devenait papa il devait souvent attendre que la bonne nouvelle arrive par courrier la veille au port d’escale annoncé du lendemain.

 246897_106462926114978_100002538138858_53142_6644602_n.jpg

Et bien souvent, m’a-t-on dit, le courrier n’arrivait que le lendemain du départ. De sorte que le papa apprenait véritablement la naissance à l’arrivée. Encore une fois, la notion de temps était différente. Les sentiments de solitude, et d’éloignement étaient palpables.

Le voyage était long ! Il me semble, pour l’avoir constaté à bord de bâtiments de la Marine, que le sentiment d’éloignement est resté incompressible encore aujourd’hui.

Dès que le navire aborde une zone côtière les marins essaient tous leur portable pour tenter de capter une réception. Assis sur le pont à l’abri d’une poupée de treuil pour se protéger du vent ils essaient de retrouver le contact de l’être cher.

 254049_106462942781643_100002538138858_53143_6486939_n.jpg

Votre public n’est-il constitué que de connaisseurs ?

- Non ! Néanmoins, nous sommes présents dans les carrés à bord. Ce qui veut dire que nous sommes crédibles, tout de même ! Et puis il y a tous les terriens pour qui la mer est le symbole d'une sorte  de nomadisation. Partir c'est quitter ses repères. Changer de coutumes...

 Pour conclure, j'ai envie de citer Théodore Monod* : «En mer comme au désert, vivre c'est avancer sans cesse, à travers un décor à la fois  immuable et changeant, identique à l'œil et que l'on ne saurait différent sans le témoignage du sextant, de la montre et de la boussole, s'aventurer comme à tâtons sous les plus éclatants soleils, savourer l'amertume de se sentir en pleine marche, prisonnier d'un espace pourtant sans barreaux et plus étroitement confiné en cette libre immensité qu'au plus étroit des cachots qui, lui, du moins, à une porte... »

* : Méharées de Théodore Monod (J’ai lu)

  Stéphane DUGAST
(Avec la précieuse collaboration de Pascal SUBTIL)

Dessins © Patrick JUSSEAUME

bdn,tramp,jusseaume,kraehn,dargaud

À LIRE //
Tramp -
Le cargo maudit (Tome 10) de Patrick Jusseaume & Jean-Charles Kraehn. 14 € (Dargaud)

EN SAVOIR +
Le site officiel de Patrick Jusseaume
http://www.jusseaume.fr/

 

22:07 Publié dans ENTRETIEN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook

15.01.2012

L’AFFAIRE DU PONANT

MERER w.jpgAmiral devenu aujourd’hui écrivain et conférencier, Laurent Merer s’est attelé à l’écriture du récit d’une affaire de piraterie emblématique celle du Ponant, plus connue des militaires sous l’appellation «opération Thalathine».

 « Pourquoi et quel intérêt à s'intéresser à l'affaire du Ponant survenue en 2008 ?

- Cette affaire est exemplaire puisque les 30 otages du Ponant ont été libérés sans incident en moins d'une semaine, des pirates capturés et une partie de la rançon récupérée.

J’ai voulu raconter comment les décisions sont prises, par qui, comment elles cheminent, comment elles sont reçues et appliquées à bord des bateaux, dans les avions ou les hélicoptères.Commandant-Bouan.jpg

Comment ceux «du bout de la chaîne» vivent ces évènements dramatiques dont ils sont les acteurs. J'ai voulu aussi  rendre hommage à tous ceux, du sommet de l'État jusqu'au plus modeste de ses serviteurs qui ont permis ce succès, tous ceux qui au quotidien, loin de chez eux, loin des caméras et dans des conditions souvent difficiles, assurent la sécurité de notre pays et  garantissent la liberté des mers.

Récit heure par heure de l'opération Thalathine, votre récit ne risque t’il pas de trop divulguer et ainsi compromettre les modes opératoires des forces armées françaises contre la piraterie ?

- Lorsque j'ai envisagé ce livre, dès l'été 2008, j'ai fait part de mon intention aux autorités du ministère de la Défense. J’ai demandé un accord de principe pour rencontrer les acteurs de l'opération avant de réaliser un synopsis de base avec des informations de presse, sélectionné des acteurs et rédigé des questionnaires à partir de ce synopsis.

 v-8-1177412-1208341549.jpg

J'ai été attentif à deux impératifs. À savoir, le premier de ne divulguer aucune information utilisable par «l'ennemi» et susceptible de mettre nos forces en difficulté ou en danger dans des interventions futures. Ce n'est pas le plus difficile, même si on fantasme sur le «Secret défense», car il y a peu de choses vraiment secrètes. Le secret est une notion fugitive et le plus souvent circonstancielle.

Le second critère, c’est de ne mettre ni en cause ni en difficulté les acteurs que je cite. Mon but était de décrire, d'expliquer les actions conduites, de rapporter l'ambiance. Je ne suis pas juge! J'ai voulu raconter et rendre hommage.

BOOK MERER 3.jpg

Essai, récit, roman... Quel est le prochain de vos ouvrages en projet ?

- Je travaille actuellement à la réécriture de Moi, Osmane pirate somalien, qui sortira dans une version nouvelle largement augmentée en avril, juste avant le procès des pirates du Ponant. Pour la suite, c'est ouvert... »

 *

BOOK MERER 2.jpgA LIRE //

A l'assaut des pirates du Ponant
de Laurent Merer.
224 pages - 19 €
(éditions du Rocher).

 

 

11:04 Publié dans ENTRETIEN | Lien permanent | Commentaires (0) | Envoyer cette note | |  Facebook