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SUR TOUS LES FRONTS

Patrice Franceschi est un homme en perpétuel mouvement. De passage lors du dernier salon du Livre de Paris, l'écrivain est intarissable. Outre la promotion de son dernier ouvrage et des conférences-débats sur la littérature d'aventures maritimes, il évoque un combat qui lui est cher : celui mené par ses amis kurdes en Syrie et en Irak contre Daech.

 

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- « Patrice, vous voilà de retour sur la terre ferme ! Quelles sont les motivations qui vous ont poussé à embarquer récemment sur le porte-avions Charles de Gaulle ?

- Patrice Franceschi : L'idée était double ! Comme je suis beaucoup sur le terrain avec les Kurdes en Irak et en Syrie, et qu'il y a des frappes à leur bénéfice, je voulais voir l'autre versant des frappes, soit celles conduites par nos marins militaires au profit de ceux d'en bas.

Ma seconde motivation, c'était de faire une découverte complète de ce bâtiment sur lequel je n'avais jusqu'à présent jamais embarqué. Cet embarquement a été une véritable immersion auprès de l'équipage qui m'a fort bien accueilli. Si j'ai pu me faire expliquer la vie du bord et les frappes aériennes, j'ai pu raconter à l'équipage comment leurs frappes étaient vécues au sol.

Lorsque mes amis kurdes ont su que j'embarquais sur le porte-avions, ils m'ont confié un message, celui de dire aux marins et militaires français combien leurs frappes sont importantes et efficaces. Chaque fois que des frappes sont menées, ce sont les capacités de Daech qui sont amoindries, et de facto des vies de combattants kurdes sauvées.

S’il n'y avait pas ces frappes, cela serait encore plus de morts côté kurdes. J'ai ainsi transmis aux marins le message de cette perception quasi charnelle et émotionnelle de leurs frappes par mes amis, les combattants kurdes. La vraie question selon moi, ce n'est pas de savoir si ces frappes sont efficaces mais c'est de savoir combien de vies elles épargnent.

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Pendant le dernier salon du Livre, vous avez débattu de littérature et de mer. Comment les écrivains-voyageurs vous guident-ils ?

Sachez que le voyage ne m'intéresse pas ! Le voyage, c'est une dimension de l'aventure parmi beaucoup d'autres. Donc «écrivain-voyageur», ce n'est pas une terminologie qui parle à mes yeux, ou alors elle parle à des gens qui se contentent de voyager et d'écrire, tant mieux pour eux ! Je préfère parler d'écrivain-aventurier, et je classe là-dedans : Ernest Hemingway, Joseph Conrad, Graham Green, André Malraux...

C'est la métaphysique de l'aventure portée par ces auteurs qui m'intéresse parce qu'elle touche à la condition humaine. Et l'aventure est le moyen de toucher au plus profond de ce qu'est possible la condition humaine.

L'aventure, c'est autre chose que le voyage, elle n'a pas besoin d'exotisme. Elle peut même ne pas se déplacer. L'engagement des résistants français pendant 5 ans sans bouger, durant la seconde guerre mondiale, a été une formidable et une incroyable aventure.

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 La Boudeuse, le Charles de Gaulle, les Kurdes… Comment toutes ces expériences vous nourrissent-elles sur le plan littéraire ?

Sachez d'abord qu'il y a des années ou j'écris beaucoup et d'autres où je n'écris pas. Avant 2012, je n'ai pas publié pendant 3 ou 4 ans. 2012 : un livre. Et depuis : trois ou quatre ! En fait, l'écriture de mes livres s'étale dans le temps.

Ainsi, l'écriture de mon dernier récit a démarré en 2009. Il y a des livres que je mets cinq ou six ans à écrire, et d'autres que j'écris en quelques mois. Je publie mes écrits quand ils arrivent à maturité. Si je suis prolifique depuis trois ans, c'est plus par les hasards de l'écriture, des déplacements, des rencontres et des opportunités.Ça tombe comme ça tombe !

J'ai de nombreux projets en chantier, dont le dictionnaire amoureux de la Corse à paraître chez Plon. J'ai terminé à moitié mon prochain roman. Je finalise actuellement un essai qui s'intitulera Ethique du Samouraï moderne. J'embarque bientôt sur un porte-hélicoptères de la Marine : le Dixmude.

Il y a mon bateau : le trois-mâts La Boudeuse, nous bouclons son financement. Il y a mes amis kurdes… Je suis sur tous les fronts et je vis toute ces vies en même temps. Je suis fatigué mais il faut toujours accélérer la cadence avec le temps qui passe. Il ne faut surtout pas refroidir ! »

Propos recueillis par Stéphane Dugast
Photographies © DR / SD (noir & blanc)

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1 : Il est minuit, monsieur K de Patrice Franceschi. 191 pages – 12 € (éditions Points). Une chronique à lire ICI.

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