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INUIT-BREIZH CONNEXION #1 : L'AVENTURIER

Une singulière connexion existe entre bretons et inuits. Embarquements est allé à la découverte de cette étonnante complicité autour d'une passion commune : le kayak de mer. Le récent festival Rêves Arctiques à Trégastel en est une belle illustration. Portraits de trois figures tutélaires – et bretonnes - de cette pratique, millénaire pour les uns, récente pour les autres. Première rencontre avec l'Aventurier du kayak de mer, Christian Scalbert.

Personnage incontournable de la plage du Coz Pors de Trégastel ponctuée de blocs de granit rose qui abritent certainement nombre de korrigans, Christian Scalbert - fondateur de Manche Ouest - organise depuis des décennies des expéditions en kayak de mer dans les eaux glacées de l'Arctique.

[Embts] : Comment avez-vous découvert le Kayak de Mer ?

[Christian Scalbert] : Je suis natif de Pouldreuzic, le pays du « Cheval d'orgueil » de Pierre-Jakez Hélias et du pâté Hénaff !

Comme tous les enfants du pays bigouden, j'étais souvent à tirer des bords à la voile dans la baie d'Audierne. Mais mon père avait bizarrement ramené un kayak en contreplaqué d'un pays nordique. Le kayak restait sur la plage et j'ai appris tout seul à 8 ans.

J'ai acheté « le canoe-kayak en 10 leçons » et j'ai vite appris à esquimauter.

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[Embts] : Depuis ces premières expériences enfantines, le Kayak de Mer semble avoir envahi votre vie ?

[CS] : J'ai très vite souhaité une vie d'aventures, de voyages. Avec une bande de copains, nous avons monté notre première expédition aux îles Lofoten au Nord de la Norvège. C'était en 1985 et l'expérience fût épique !

J'ai vite compris de le kayak offrait des possibilités uniques. Tu es autonome, c'est une totale liberté. C'est la vraie vie ! Tu ne penses plus que météo, eau, bivouac, alimentation. Cela demande une adaptation permanente. Mais découvrir ces paysages « le cul dans l'eau », c'est fabuleux.

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[Embts] : Vous avez rapidement organisé des expéditions vers le grand Nord ?

[CS] : Oui, je suis devenu moniteur et depuis 1985 j'ai du emmené plus de 40 équipiers au Labrador, au Québec, au Groenland, dans les îles aléoutiennes en Alaska. J'ai toujours voulu aller naviguer dans les pays où il y a un vrai passé, une vraie culture du kayak de mer. Ce qui m'a conduit en Arctique, naturellement !

 

[Embts]: Parlez nous de ce lien particulier que vous avez, vous les bretons, avec les inuit et en particulier les groenlandais.

[CS] : Le kayak, ou plutôt devrait-on dire le Qajaq, a toujours été l'outil de chasse des inuits. Ce sont eux qui ont inventé ce moyen extraordinaire d'approcher le gibier marin, en utilisant leurs maigres ressources de bois flotté et les peaux de phoques.

En 1998, je voulais aller au Groenland mais il me fallait rencontrer un homme de l'art local. Alors, j'ai tout simplement envoyé un fax à l'office du tourisme de Illulissat sur la côte Ouest du Groenland, qui m'a mis en contact avec Kampe Absalonsen.

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[Embts]: Qui est ce groenlandais qui semble être le personnage incontournable du Qajaq ?

[CS] : Avec la sédentarisation et l'arrivée des canots à moteur, les inuits avaient progressivement perdu la pratique du Kayak, sauf à l'extrême Nord du Groenland.

Kampe Absalonsen est l'homme qui a fait revivre ce savoir faire, en créant des clubs pour les jeunes. Ils y apprennent la construction et la pratique. Ce renouveau s'est vite étendu à tout le monde inuit !

Il y a maintenant un championnat de jeux groenlandais organisé chaque année avec des courses de vitesse, de lancer de harpon et surtout une compétition très codifiée de 35 figures différentes d'esquimautage qui correspondent chacune à une situation particulière de chasse. Sans compter les spectaculaires gymnastiques de corde qui demandent une force musculaire inouie.

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[Embts]: Parlez nous de votre histoire commune.

[CS] : Lorsque nous sommes arrivés pour la première fois au Groenland, Kampe est resté silencieux et nous a laissé partir. Il savait où nous étions, comment nous nous comportions. Après plusieurs jours, il nous a donné 2 kayaks traditionnels et à notre retour, il a commencé à expliquer. Depuis, nous sommes intimement liés et lorsque je l'ai invité à Trégastel en 2002 il quittait le Groenland pour la première fois.

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Crédit photo : Diagonale Groenland, Alain Kerbiriou, Christian Scalbert/Manche Ouest

Propos recueillis par Dominique Simonneau

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