21.05.2014

LA « LIGNE » 2|4

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Franchir l'Equateur fait partie d'un rituel immuable dans la Marine.Cette cérémonie a laissé des souvenirs impérissables à des générations de marins embarqués, tout en laissant perplexe plus d’un terrien. Si les us et coutumes des gens de mer se vivent et, à coup sûr, ne se racontent pas (ou de manière partielle), ce rite est cependant chargé de symbolique...

 

LIRE L’ÉPISODE PRÉCÉDENT Démarrage des hostilités plage avant par une ode flamboyante de sa «Majesté» des mers : «Moi, Neptune qui suscite les tempêtes et commande les flots. Je vous souhaite la bienvenue ô fiers ! Navigateurs Vous ayant aperçus dans la flamboyante ondée du majestueux Phoebus, mercure rapide messager m’annonce l’audacieuse intrusion de votre nef aux confins de mon royaume et la fidèle Iris m’informe que vous êtes l’équipage de la … et que vous venez de France ! Soyez mes hôtes d’un jour».


Aux néophytes (baptisés «infâmes néos»)  d’écouter les sacrements de l’évêque et les punitions infligées par un juge.

Autant de «bons mots» qui attisent les fureurs de Neptune : «Salut à vous monsieur le Commandant, vous qui avez la lourde tache d’être responsable de tant d’ânes. Mais que vois je ? Quel est cet infâme troupeau que vous transportez là commandant ? Quelle honte de voir ces néophytes arrogants me gâcher ma journée ! Abject ! Des néophytes qui osent souiller ces lieux sacrés».

C’est alors que débarque une horde de «sauvages». Les épreuves initiatiques infligées aux «infâmes néos», régulièrement arrosés plage avant, vont ainsi s’enchainer comme d’abord la visite médicale des «infirmiers», puis l’épreuve de rasage des « barbiers » et le pétrissage des «boulangers». Après un passage dans la farine et dans différentes mixtures vient le serment du baptême.

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L’eau tient une place prépondérante dans cette cérémonie. Comme dans la religion, l’eau comporte des vertus purificatrices. Son absence fait également cruellement défaut à certains moments. La coupure d'eau douce à bord rend ainsi impossible la toilette des néophytes maculés de farine et de graisse.

Originellement, le baptême consistait en une immersion à fond de cale avant de se pratiquer, de manière plus civilisée, dans une piscine dévolue à cet effet.

Toutes ces «agapes» se clôturaient jadis «dans un combat général dont les pompes à incendie, les seaux, les bailles, constituent la formidable artillerie, et dont la mer fournit les munitions. Quelques heures après, le pont est lavé et séché, l'équipage dégrimé et le service ordinaire reprend son cours», comme l’écrivait Jules Lecomte dans son Dictionnaire pittoresque de Marine paru en 1835. (A SUIVRE)

Stéphane DUGAST
Visuels © http://france-coree.pagesperso-orange.fr/

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20.05.2014

LA « LIGNE » 1|4

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Franchir l'Equateur fait partie d'un rituel immuable dans la Marine.Cette cérémonie a laissé des souvenirs impérissables à des générations de marins embarqués, tout en laissant perplexe plus d’un terrien. Si les us et coutumes des gens de mer se vivent et, à coup sûr, ne se racontent pas (ou de manière partielle), ce rite est cependant chargé de symbolique...

«Tremblez, néophytes !». C’est par cette formule prononcée d’une voix gutturale que démarre la cérémonie du passage de la «Ligne», autrement dit le passage de l’Equateur.

Une épreuve redoutée par plus d’un marin novice, baptisé «néophyte» à l’occasion.Imposée par les «Chevaliers» (ayant déjà passé la Ligne une fois) et les «Dignitaires» (ayant franchir la Ligne à plus d’une reprise), une succession d’épreuves attend donc les «Néophytes» ayant préalablement reçu leur convocation par un facteur.

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Par le passé, ce préambule à la «Ligne» était d’ailleurs souvent une épreuve gratinée. Le jour J et à l’heure H, c’est plage avant que sont rassemblés les «Néophytes» qu’on arrosera copieusement à l’aide de lance à incendie.

Il est d’usage de confier une gaffe au plus jeune des «Néophytes» et de l’envoyer tout à l’avant afin qu’il tente d'attraper la Ligne lorsqu’il la verra !

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Quant au cérémonial, il démarre quand Neptune et son épouse Amphitrite débarquent. Suivent l’archevêque de la Ligne, flanqué de deux astronomes munis de caricatures des instruments servant à faire le point, et un notaire (ou commissaire) chargé de faire l'appel à l'aide d'un rôle d'équipage dans lequel sont consignés les noms des «Néophytes».

Notons que c’est au cours du dix-huitième siècle que Neptune et Amphitrite, divinités de l’Antiquité, ont succédé au «Bonhomme» (symbolisant La Ligne) et à son épouse. La mythologie était alors très en vogue. Cet attrait pour le monde de l’Antiquité sera d’ailleurs plus tard source de confusion. (A SUIVRE)

Stéphane DUGAST

 

© Photos DR / Illustration Christian CAILLEAUX
« R97 – Des hommes à terre » (Casterman)

 

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18.05.2014

HAROUN TAZIEFF : UN FILM AUSSI

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Cinéaste et documentariste, Eric Beauducel prépare actuellement  le tournage du documentaire «Tazieff/Allègre, la guerre des volcans» dans le cadre de la saison 2 de la nouvelle collection de France 5 «Duels». Rapides explications de l’auteur et réalisateur de ce documentaire en écho à une précédente chronique dédiée à la biographie écrite du volcanologue de renommée.

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› Racontez-nous plus précisément ce film ?

- Eric Beauducel : « Il s’agit d’un portrait croisé des deux hommes et de leur antagonisme autour de la crise de la Soufrière de 1976 et plus largement de la prévention des risques volcaniques.  Le film de 52’ est produit par Ekla production et coproduit avec l’INA. Tournage prochainement et diffusion prévu début 2015. 

› Quel approche privilégiez-vous ?

- L’idée est de faire redécouvrir ces deux hommes que tout opposait mais qui ont encore chacun aujourd’hui de fervents défenseurs et admirateurs. Le film sera construit autour de la richesse des archives et des interviews de proches, comme Frédéric Lavachery, le fils de Tazieff, des collaborateurs scientifiques des deux hommes, des témoins directs de la crise de 76. 

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« La volcanologie est une science comme la médecine : il faut du doigté, du sang froid, de l'énergie, de l'habitude et l'expérience du terrain. Les études de laboratoire ne suffisent pas »
Haroun Tazieff, 1976

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› Ce n’est pas votre premier documentaire sur les volcans ?

En effet, j’ai réalisé une trilogie « des volcans et des hommes » diffusée sur Arte il y a un peu plus de 10 ans. Cette trilogie m’a permis de faire un tour du monde des volcans et de me rendre ainsi en Islande, en Tanzanie, en Indonésie, au Japon, à Hawaii, au Mexique en Italie et aux Antilles. J’ai également réalisé un 52 minutes intitulé «Protection rapprochée» sur la gestion du Parc de la Soufrière.

Par ailleurs, mon frère est volcanologue et nous avons arpenté ensemble les volcans indonésiens lors d’une série de reportage photo, il a accompagné Tazieff au sommet du volcan Mérapi, a travaillé sur le Vésuve et a ensuite été directeur de l’Observatoire de la Soufrière. Cela faisait donc pas mal de temps que je voulais me pencher sur la gestion de cette éruption de 1976. 

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› Haroun Tazieff, c’est quoi ? C’est qui pour vous ?

Haroun Tazieff a fait partie des hommes qui m’ont fait rêver lorsque j’étais adolescent. Cet homme a mené une vie d’une richesse exceptionnelle. Ce n’est que plus tard que j’ai découvert cette véritable opposition avec Claude Allègre à partir de 76.

L’idée est donc à la fois de faire redécouvrir ce mythe Tazieff du « Poète du feu » comme le surnommait Cocteau.

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« Il y a opposition entre l'individu qui cherche à se distinguer, à être particulier, et le groupe qui cherche au contraire à uniformiser, à ce que tout le monde soit semblable. Et l'individu qui se distingue prend le risque d'être le bouc émissaire. Le risque est donc d'être sacrifié si on est trop original. »
Claude Allègre

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Haroun Tazieff, c’est un homme hors norme, qui a contribué à faire connaître au monde entier ce métier de volcanologue mais aussi de faire mieux connaître un aspect un peu oublié de Claude Allègre - masqué par sa carrière politique et provocatrice - celui d’un scientifique qui décrocha le prestigieux Prix Crawford, l’équivalent du Nobel et fut directeur de l’Institut de Physique du Globe à 38 ans.

Tazieff / Allègre, ce sont deux conceptions de la volcanologie totalement opposée qui ont pourtant contribué chacune à ce que cette science est devenue aujourd’hui »

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› BONUS

LE DOC’ EN RÉSUMÉ En 1976, l'antagonisme de deux hommes fait irruption dans les médias. Leurs noms : Haroun Tazieff, volcanologue déjà connu du grand public et Claude Allègre, chercheur et tout nouveau directeur de l'Institut de Physique du Globe de Paris. Le contexte : l'éruption de la Soufrière de Guadeloupe et la décision de faire ou non évacuer les 70 000 personnes potentiellement menacés.

Derrière cet affrontement individuel, deux conceptions de la volcanologie et de la gestion du risque naturel se cristallisaient. C'est en partant de ce que l'on a appelé « la crise de 76 » que ce film dresse le portrait de ces deux hommes que tout opposait, de ces deux scientifiques qui se sont affrontés par médias interposés puis jusque devant les tribunaux.

À travers deux carrières aux antipodes l'une de l'autre, en plongeant dans ce qui a motivé deux vies exceptionnelles, à l'écoute de ceux qui les connaissent bien, ce documentaire reviendra aussi en filigrane sur ce qui aujourd'hui encore reste d'actualité, la gestion des catastrophes naturelles et son alter ego sur-médiatisé, le principe de précaution.

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16.05.2014

LES MAITRES DU CIEL

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L’auteur et réalisateur du long-métrage Forces spéciales, Stéphane Rybojad revient à ses premiers amours : le documentaire. Derrière la caméra, il vient de concocter trois documentaires de 52 minutes consacrés aux avions civils et militaires. Diffusions dimanche 18 et 25 mai sur Planète +.

Avions météos au cœur des ouragans, avions surdimensionnés pour transporter des trains ou d'autres avions, avions zéro gravité effectuant des paraboles à 9 000 mètre d'altitude, avions stratosphériques pour nous emmener aux limites de l'espace… Stéphane Rybojad nous envoie en l’air comme jamais !

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Un retour au docu réussi selon Jean-Marc Tanguy, journaliste spécialiste de la Défense et auteur d’un Beau-Livre sur le commando Kieffer (LIRE LA CHRONIQUE). Ce dernier est même catégorique : «Chaque 52 minutes recèle deux avions à chaque fois».

Ainsi, le premier documentaire est consacré à l'Atlas et à l'Airbus Zéro G, servant à simuler l'apesanteur. «La façon dont cette gravité zéro se créé est passionnante, et on peut aussi se retrouver aux commandes de l'Atlas dans un impressionnant vol à basse altitude, avec une ressource et quelques G à la clé», complète Jean-Marc Tanguy décidément intarissable.

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Quant au second documentaire, il emmène le téléspectateur à bord de l'An-225, le plus gros avion du monde, dans un périple entre Croatie et Philippines. L'An-28 est, par contraste, une jeep du ciel, qu'on découvre dans le ciel tadjik.

Le troisième numéro est quant à lui une rencontre avec deux géants américains, un DC-10 utilisé pour la lutte anti-incendie, et un B747 configuré pour accueillir un télescope

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› BONUS
Rendez-vous sur la chaine PLANETE + :
1ère partie : dimanche 18 mai à 20h45 : Airbus A300 Zéro G & Airbus A400 M
2ème partie : dimanche 18 mai à 21h40 : Antonov AN-225 & Antonov AN-28
3ème partie : dimanche 25 mai à 20h45 : DC-10 Ten Tanker & Boeing 747 Sofia (Nasa) 

 

 

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14.05.2014

LES VOYAGES DE MONSIEUR LOUSTAL

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Du dessinateur Loustal, on dit qu’il sait restituer comme personne l’atmosphère d’un lieu ou l’état d’esprit d’un personnage. La preuve en images ?

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D’ordinaire, c’est le genre d’ouvrage que je trouve prétentieux. Pensez donc, un «Beau-Livre» format panoramique sans textes ou presque. Alors, j’ai ouvert les pages, j’ai lu les rares légendes. Puis, je me suis plongé dans les dessins.

Coup de crayon évocateur, variété des couleurs, incongruité parfois des lieux ou étrangeté d’un instantané m’ont alors interpelé. J’ai ainsi dégusté, croquis après croquis, cet élégant carnet de voyage.

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De ses pérégrinations aux quatre coins du monde, Jacques de Loustal ramène incontestablement de beaux dessins qu’il réalise aussi bien à l’aquarelle, à l’encre de chine qu’au fusain ou au crayon.

Tahiti, Etats-Unis, Suisse… Dessins d’ailleurs mêle les voyages lointains ou proches de Loustal.

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Une esquisse du monde pour une géographie très personnelle. Un «Beau-Livre» au sens littéral du terme, générateur de sensations et d’émotions. Les apparences sont décidément souvent trompeuses !

Stéphane DUGAST

 

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› À LIRE
Esprits d'ailleurs
de Loustal. 224 pages - 35 € (La Table Ronde)

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