12.06.2013

JEAN GAUMY : PLEIN PHARE (RÉACTUALISÉ)

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Le phare de Cordouan est un lieu propice à la création et à la réflexion. C'est devenu le sujet d’essai photographique pour Jean Gaumy, membre de l’agence Magnum et peintre officiel de la Marine.

Jean Gaumy aime la mer et les phares. Depuis deux ans déjà, le photographe se passionne pour le plus ancien des phares français encore en activité : le phare de Cordouan.

Classé monument historique dès 1862 - en même temps que la cathédrale Notre-Dame de Paris - son architecture réputée grandiose a d’ailleurs fait la réputation de Cordouan, considéré comme un « Versailles de la mer ».

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Une silhouette singulière que Jean Gaumy a admirée dès l’âge de «sept, huit ans» lorsqu’il jouait sur la plage de Pontaillac, à Royan, ville dont il est originaire.

Devenu entre temps un photographe aguerri, l’auteur des images de l’ouvrage « Pleine Mer » (La Martinière, 2001) revient régulièrement depuis deux ans à Cordouan dans le cadre d’une résidence d’artiste qu’il a mis au points avec le Smiddest (NDLR : Le Syndicat Mixte pour le Développement Durable de l'Estuaire).

En habitué des huis clos humains, le photographe de Fécamp a ainsi souhaité mettre à profit les caprices de la météo, le flux et le reflux de la marée, les lumières crépusculaires et ses propres changements d’humeur pour «faire surgir un ensemble, je l’espère, inattendu de photographies et d’enregistrements de différentes sortes».

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Photo © Jean-François ROUSSEAU

« L’évocation des phares par la peinture, le cinéma, la photographie et la littérature nous a si profondément imprégné qu’il est devenu très difficile de s’en affranchir. Ces « croquis » s’appuient grandement sur la tradition mais, au même moment, c’est avec un autre appareil, un grand format couleur, que je tente d’aller au-delà, de contourner la convention et d’en jouer autrement. C’est le mélange des deux approches qui devrait produire le résultat final »

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Photo DR

Dans sa besace, Jean Gaumy a  jeté pêle-mêle un livre, une paire de jumelles, un boîtier, sans oublier un bloc-notes et un enregistreur afin capter certains sons, notamment celui du flot qui remonte inexorablement et frappe à la porte anti-marée.

Un parti-pris artistique pourtant loin d’être gagné selon le photographe : «Dans un phare, quoique nous souffle le lyrisme et l’imagination, il n’y a pas toujours une très, très grande diversité de situations ou de motifs visuels. Vous vous retrouvez assez vite seul face à vous-même. Il faut prendre le temps, se laisser envahir. Que peut-il émerger d’une telle confrontation ? Voilà ce qui m’intéresse. Je ne cherche pas à séduire mais à surprendre, à me surprendre. Je voudrais éviter quelques lieux communs, quelques stéréotypes habituels ou tout au moins en jouer autrement. Ce n’est pas joué mais c’est sacrément stimulant !».

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Photographies © Jean GAUMY / Agence Magnum


Quant aux résultats attendus, Jean Gaumy sait bien par expérience les interrogations et les doutes qui les précèdent inévitablement : «Il y a bien sûr l’apport du photographe, de l’auteur, comme premier spectateur, mais aussi ce qu’un lieu est capable de donner. Tout cela est une étrange alchimie qui s’articule sur la réalité du terrain et beaucoup de fantasmes. Nous verrons bien ce qu’il en sortira».

Développant depuis quelques années une approche photographique «contemplative sans être romantique», Jean Gaumy a ainsi travaillé sur plusieurs projets d’envergure dont Tchernobyl ou plus récemment les univers polaires.

Concernant ce travail d’études photographiques sur le phare de Cordouan, Jean Gaumy envisage de réaliser une exposition et un livre prévus pour la fin de l’année 2014 ou le début de l’année 2015.

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Des livres de Jean Gaumy

L'Hôpital, Contrejour 1976 / Jean Gaumy : Les incarcérés, L’Etoile-Cahiers du Cinéma 1983 / Le Pont de Normandie, Le Cherche Midi 1995 / Le livre des tempêtes à bord de l’abeille Flandre, Le Seuil 2001 / Pleine Mer, La Martinière 2001 (Prix Nadar 2001) / D’Après Nature, Editions Xavier Barral 2010 (Prix Nadar 2011).

EN SAVOIR PLUS
Le site officiel du phare de Cordouan

 

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25.04.2013

SOINS DU VISAGE (RÉACTUALISÉ)

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Nicolas Vial est un artiste toujours inspiré. Son exposition actuelle est consacrée à un sujet qui lui tient à cœur : les visages. Au midi de l'exposition, la galerie W Matignon a dispatché les «pièces» achetées à leurs nouveaux maîtres, et les a remplacés par de nouvelles. Quoiqu'il en soit, l'occasion est donnée de s'intéresser à un artiste très inspirant.

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Peintre officiel de la Marine depuis 2008, Nicolas Vial est également un dessinateur de presse chevronné. Depuis 1982, il dessine ainsi chaque semaine pour le quotidien national Le Monde.

Artiste «multicartes», Nicolas réalise aussi des affiches et des illustrations pour l'édition, la presse d'entreprise et le cinéma. Il est, par ailleurs, l'auteur d’une vingtaine d’ouvrages parus en librairie.

Il a aussi été dessinateur officiel de 5 timbres pour La Poste.

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Un éclectisme et une œuvre foisonnant qui lui valent d’être régulièrement exposé dans des grandes galeries en France comme à l’étranger.

Cette fois pour galerie parisienne W, il présente un travail totalement inédit : celui sur les visages.

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« C’est quoi un visage ?  L’artiste semble nous répondre : « une terra incognita », une terre inconnue toute à découvrir, qu’il explore. Vial cherche le supplément d’âme qui se manifeste dans tout visage, si on a la chance de le percevoir. Et de le capturer » (Galerie W)

Avec ses feutres, ses gouaches, ses fusains et ses encres de chine, Nicolas Vial a ainsi composé des planches-contacts d’un genre particulier, à la main, sans le filtre de l’objectif de l’appareil photo.

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Sur chaque toile : un visage. Le même visage qu’il reproduit en six modèles différents avec de légères variations de couleurs, de traits ou de précision dans le détail.

L’opportunité est ainsi donnée à la Galerie W de découvrir 140 de ses oeuvres. L’ami Nicolas est décidément étonnant… (SD)

Illustrations de Nicolas Vial

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> Y ALLER
Nicolas Vial @Galerie W Matignon. 35 avenue Matignon @Paris 8ème. 11h00 / 19h00 | lundi-samedi. Jusqu'au mercredi 1er mai 2013. Plus d’infos sur www.galeriew.com 

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07.01.2011

ELECTRON LIBRE

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Vivi Navarro vient du Sud. De Sète précisément. D’elle, on dit qu’elle aime passionnément la mer et ses cargos, les ports et les marins. Sur la Jeanne, la révélation a été totale au point de réaliser la couverture et des dessins pour l’ultime album de campagne. En ligne de mire, d’autres embarquements sur des «bateaux gris» avec les marins, «ses marins»…

navarro01.jpgEn embarquant à de multiples reprises sur la Jeanne, qu’espèreriez-vous capter ?

- Vivi Navarro : Peintre embarquée, c’est ce que je préfère. Une fois en TPB («Tenue Pour la Barbouille»), l’aventure peut commencer, pas avant. On sort du confort sécurisant et intra-muros de l’atelier. Les outils réduits, il faut donc donner le maximum.

La force d’un carnet, c’est l’adaptation mais aussi et surtout le partage, l’ouvrir à l’autre, s’ouvrir à l’autre. Les journées étaient remplies, soldées par le briefing du soir  que je n’aurais manqué pour rien au monde, journées  récompensées par le dernier point en passerelle avant d’aller dormir, une dernière prise de notes, comme une invitation aux rêves à venir.

La Jeanne berce les cœurs et les âmes.   Oui, l’univers portuaire est mon terrain de jeux préféré depuis très longtemps et j’ai une profonde admiration doublée d’un grand respect pour les amis marins que je mets en avant. Ils n’apparaissent pourtant jamais sur les toiles sauf dans cinq dédiées à la Jeanne.

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Je planifie rarement, j’avance à coups de machette, je donne le ton en début de carnet avec la rose des vents, souvent.  

Ensuite tout n’est plus qu’une histoire de hasards, d’opportunités, qu’elles soient liées à la météo, à la rencontre ou même à une situation personnelle comme le retrait dans un coin du bateau, une errance dans une coursive ou même liées à une  simple histoire de technique.

En tout cas, je me fonds toujours dans l’équipage sinon il m’est impossible de travailler. J’entrouvre une porte, enjambe le surbau et derrière on l’ouvre en grand et on m’invite à entrer ! J’ai de la chance.

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Aviez-vous en tête des idées préconçues avant d’embarquer ?

La ferraille et les apparaux de manœuvre sont des sujets récurrents dans mon travail. Mais ils demandent de l’isolement à cause de la technique car je fais ainsi de la vraie rouille.

La Jeanne, j’étais invitée, civil invitée, touriste dans le jargon. Je voulais donner, montrer et partager. Rien de précis mais depuis 2008 prémices de cette aventure, je souhaitais donner du sens à cet embarquement exceptionnel que je qualifierais «d’initiatique».

Tout naturellement et parce que je les aime profondément, je suis allée à la rencontre des marins. C’était l’objectif : parler d’eux, leur rendre hommage, prendre des rendez-vous surtout les faire parler. J’avais le fond pas la forme, elle s’imposerait seule. Dessiner, écrire, peindre, photographier, sans relâche, l’équipage, la coque.

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Pourquoi le porte-hélicoptères R97 était-il à vos yeux si différent des autres ?

Différent ? La Jeanne n’est pas si différente des autres si l’on considère l’esprit d’équipage, les notions de respect, de solidarité ou d’humilité  qui y sont transmises. Ce bateau me touche. Il a vraiment une âme.  Avant de connaître la Jeanne, je savais à peine qu’elle était un bateau de légende.

Le mystère était total. Sa réputation la précédait. C’est un privilège d’y avoir fait campagne, surtout pour une peintre du Sud, éloignée de Brest et Paris. J’en suis très fière, et encore ébahie. Fort de ce vécu, j’ai pu vivre les débuts du GEAOM.2 (NDLR : Groupe-Ecole d’Application de Marine) à bord du BPC Tonnerre.

C’était pendant le cyclone «Xynthia», un très beau souvenir. J’ai regardé vivre les 2 GEAOM, ancien et nouveau système. J’ai pu ainsi réviser ma leçon sur la hiérarchie compliquée. Jusque là tout était un peu vague !

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Quand on est juste une contemplative, que l’on se prend pour un marin et que l’on côtoie le chef de quart en passerelle par temps de branle, on a des frissons, des peurs mais aussi des ailes ! Elle est importante parce que le bord m’a accueillie avec une grande générosité.

Curiosité réciproque et amusante. Pour le dernier appareillage de Brest, après avoir doublé le Goulet, on s’est pris un coup de roulis magistral. Tout a volé, le pacha m’avait mis le très lourd livre d’or dans les mains, j’ai tenu fort entre mes bras ce précieux bébé que l’on me confiait, sauvé !

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On a bien ri mais j’ai moins rigolé les jours suivants! Ainsi va le bord. Importante aussi parce que je l’ai accompagnée au point de son ultime accostage, que j’ai vu la dignité des marins…Comment oublier ces moments forts ? Mais surtout par les rencontres humaines, tranches de vie, tranches de Jeanne ! Nous avons ri et même pleuré ensemble. Comment oublier ?

- Si vous aviez à décrire brièvement le porte-hélicoptères R97, quelle serait votre slogan ?

Jeanne un jour, Jeanne toujours ! La Jeanne et ses hommes sont gravés dans ma chair.

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Quels sont vos prochains projets ?

Un prochain carnet de voyages intitulé «A bord du Biladi - Attention Tanger !» Depuis un an, j’embarque effectivement à bord du car ferry le Biladi, depuis l’escale de la Jeanne à Casablanca d’ailleurs.

A bord du Biladi, j’ai rencontré un commandant atypique, encore un, j’ai vraiment de la chance, grand marin, musicien, il parle espagnol, arabe, anglais, allemand. C’est le seul français à bord, mon travail l’a séduit ainsi que la démarche.

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Côté expo, je suis présente à la galerie Dock Sud à Sète et à la galerie Michel Estades de Toulon toute l’année. Dock Ouest voit le jour à Concarneau. Concernant la Jeanne, j’écris un récit, je prends du temps.

- Quel(s) embarquement(s) sur un bateau gris vous font rêver ?

Tous ! Je suis une incorrigible rêveuse, une seule journée à bord et je pars pour des ailleurs magnifiques ! Je ne cache pas que Djibouti, la Mer Rouge, le canal de Suez, Port Saïd me taraudent, que je n’ai pas encore passé la ligne, que j’en crève d’envie. L’Antarctique me happe, et la Patagonie. J’ai quelques cases à cocher !

 Propos recueillis par Stéphane DUGAST

 

JDA-couv-carnet-de-voyages.jpgEN STOCK

De rares exemplaires du carnet «A bord de la Jeanne d’Arc  peuvent être commandés en contactant directement l’artiste via son site web  à
http://embarquements-vivinavarro.blogspot.com/ 

 

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05.07.2010

UN GOUT DE PARADIS

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© Stéphane DUGAST

VANUATU (Archipel de)
Port-Vila  17° 27 Sud / 168° 11 Est

Situé en Mélanésie, dans le sud-ouest de l'océan Pacifique, le Vanuatu est un archipel composé de 83 îles pour la plupart d'origine volcanique. Gérées conjointement par le Royaume Uni et la France, de 1906 à 1980, les «Nouvelles-Hébrides» deviendront indépendantes sous le nom de «République du Vanuatu». Sur ces «terres océanes», situées à 1 750 kilomètres à l'est de l'Australie, au nord-est de la Nouvelle-Calédonie, à l'ouest des Fidji et au sud des îles Salomon, j’ai eu le privilège de m'y rendre lors d’une mission d’assistance à des populations isolées. initulée «Castor». A bord du bâtiment de transport léger (Batral) Jacques Cartier, j’ai goûté à des escales insolites. A la rencontre d'étonnants habitants en compagnie de Michel Bez, peintre de Marine…

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16.02.2010

LE «VIEUX PIRATE»

Voyageurs, artistes, commerçants, trafiquants... La Corne de l'Afrique a attiré bon nombre de passants. Des écrivains-aventuriers comme Joseph Kessel ou des aventuriers devenus écrivains comme Henry de Monfreid. Sa vie trépidante et des rencontres opportunes le feront devenir un homme de lettres.

01_Henry_de_Monfreid.jpgL'image est trouble. Trafiquant d'armes, de haschich et de perles. Opiomane. «Vieux pirate» selon l'écrivain-nomade Joseph Kessel. «Chef adoré de son équipage mais mari et père très peu attentionné» dixit l'académicien Jean-François Deniau.

Abd el Haï pour les habitants d'Abyssinie. «Marginal converti à l'islam mais aussi patriote qui essaiera de donner Cheikh-Saïd à la France» selon toujours l'écrivain académicien.

«Un personnage à mille coudées au-dessus de l'image du pirate qu'il avait lui-même accréditée» pour Daniel Grandclément, journaliste et biographe de L'incroyable Henry de Monfreid.

Écrivain-pirate à l'autre bout du monde, Henry de Monfreid l'a été tardivement. Enfance et adolescence dans le sud de la France. Échec à Centrale. Dizaine de petits métiers : vendeur, planteur, chauffeur, entrepreneur...

Vie plutôt rangée avec femme et un enfant de sa compagne. À 32 ans, il largue les amarres. Direction l'Abyssinie. D'abord négociant en café et en cuirs, le natif de la Franqui va vite se lasser. L'appel du large ? Du gain ? Le goût de l'aventure ? Henry décide de vivre sur un boutre.

La mer Rouge n'aura plus de secrets pour lui. L'intégration est totale. Changement de nom. Conversion à l'Islam. D'incessantes croisières avec de drôles de cargaisons à la barbe des Anglais.

La prison à Djibouti suite à un dénonciation pour trafic d'armes. Des missions d'espionnage. Henry mène la vie d'aventurier. Une rencontre va façonner le mythe. Celle avec Joseph Kessel qui enquête sur le trafic d'esclaves en mer Rouge. L'écrivain-reporter à succès pousse l'aventurier à publier ses écrits. Succès immédiat avec Les secrets de la mer rouge.

Suivront 73 livres, traduits en plus de 12 langues dont le Russe et le Chinois. À la différence des conteurs, tout ou presque est vécu par Henry de Monfreid. Ce que lui reprocheront certains. En parallèle à cette carrière d'écrivain-aventurier, Henry a également photographié et peint ses impressions colorées de la Corne de l'Afrique. Bien plus qu'un simple passant...

Stéphane DUGAST

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LES PASSANTS DE LA CORNE
Episode 3|3

logo cb.jpgReportage paru dans COLS BLEUS, l'hebdomadaire de la Marine nationale depuis 1945.

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