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ENTRETIEN - Page 4

  • BLEUS À L’ÂME

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    Ancien chef du service « cinéma-showbusiness » de l’hebdomadaire Gala et rédacteur en chef du quotidien France Soir, Bertrand Tessier s’est construit une spécialité : celle de croquer, en mots ou en images, les grands du cinéma comme Jean-Paul Belmondo, Patrick Dewaere, Alain Delon et Romy Shneider. Cette fois, le journaliste, biographe et réalisateur de documentaires s’est penché sur le destin de Bernard Giraudeau. Un drôle de marin devenu comédien, réalisateur et écrivain à succès. « Un aventurier en quête d’horizons, un écrivain voyageur et un baroudeur romantique » de l’aveu même de son biographe.

      Propos recueillis par Stéphane DUGAST

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    BTESSIER art.jpg« Racontez-nous votre ouvrage « Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique », s’agit-il d’une biographie au sens classique du terme ?

    - Bertrand Tessier : Il s’agit d’une biographie consécutive à une véritable enquête. Pour l’écrire, j’ai eu la chance exceptionnelle d’être aidée par ses proches : ses deux frères, sa sœur, ses deux enfants, sa compagne de longue date,  Annie Duperey, ainsi que par des compagnons de route comme d’anciens marins.

    Tous m’ont raconté Bernard Giraudeau lorsqu’il était enfant, adolescent, marin, acteur, réalisateur puis écrivain. Grâce à eux, j’ai pu recueillir des témoignages précieux, et même des documents inédits comme sa correspondance avec sa sœur quand il était jeune marin sur la Jeanne d’Arc.

    Tous ces éléments m’ont permis de mieux comprendre le personnage, ses traits de caractère, ses interrogations et sa construction. Mon enquête m’a ainsi mené à Paris, à La Rochelle et à Brest où j’ai rencontré cinq marins qui l’avaient connu pendant ses deux tours du monde sur la Jeanne.

    Ce livre raconte donc l’incroyable destin de Bernard Giraudeau, soit cinquante-cinq années d’un puzzle que l’intéressé rassemblera les dix dernières années de sa vie.

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    Comédien, réalisateur puis écrivain à succès, Bernard Giraudeau a été également un marin. En quoi cette expérience l’a t’elle façonné ?

    Pourquoi Bernard est-il devenu marin d’Etat ? C’est un mystère. Hormis son père militaire, il n’y avait dans sa famille a priori aucun lien évident avec la Marine de guerre. Certes, il y avait ce grand-père cap-hornier dont il nous a parlé dans différents récits.

    En enquêtant, je vais faire une découverte étonnante, celle d’un grand-père paternel marin d’Etat. Un aïeul sous marinier à une époque où l’on expérimentait le périscope, les ballasts ainsi que la double propulsion électrique et diesel.

    J’ai ainsi découvert non seulement l’existence d’Albert, sous-marinier entre 1902 et 1904, mais également celle d’une flotte sous-marine française florissante. Je ne savais alors pas que la France disposait de soixante-dix sous-marins pendant la guerre 1914-18.

    Quant à cet aïeul marin d’Etat et sous-marinier au temps des pionniers, Bernard Giraudeau n’en a jamais parlé. Je ne sais même pas s’il était au courant de son existence.

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    Jeune marin affecté sur la Jeanne, Bernard Giraudeau découvre les océans et le monde. Le voyage a été forcément initiatique ?

    La Jeanne, ça n’a pas été une partie de plaisir. Il l’a d’ailleurs relaté dans ses écrits. Si le bizutage a été habituel, un plus rude l’a marqué : une simulation de strangulation.

    Cette épreuve, il a fallu l’encaisser, ne pas moufter car lorsque l’on est un homme, un vrai, on ne moufte pas. Les marins ont du caractère à cette époque.

    Quant à Bernard Giraudeau, ses camarades le décrivent alors comme un jeune homme réservé. C’est sur la Jeanne qu’il va cependant faire  sa mû. Ses écrits et sa correspondance révèlent un jeune homme d’une maturité stupéfiante, disposant d’un regard surprenant sur son destin.

    Les germes du futur personnage sont déjà en lui. Les escales et les rencontres vont le rendre plus indépendant, plus rebelle.

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    Bernard Giraudeau quittera pourtant avec fracas la Marine. Quelles en sont les raisons ?

    Il simulera même la folie au point, je crois, d’être dépassé par les événements. Son affectation sur la frégate Dufresne après deux tours du monde va lui faire « péter les plombs » comme on dit.

    Cloué à terre puisque la frégate est au bassin, le jeune marin Giraudeau ne s’y fait pas. Son affectation sur le porte-avions Clemenceau n’y changera rien. Il va alors exploser et quitter la Marine. Le retour à la Rochelle sera douloureux. Autant vous dire qu’il ne sera pas accueilli chaudement après cette démission.

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    Comment va-t-il dès lors entamer sa reconstruction ?

    Son père va lui trouver un poste à l’usine Simca de la Rochelle. A ce sujet les imprécisions sont d’ailleurs nombreuses. Combien de temps est-il réellement resté ? Une chose est sûre, sa sœur me confiera qu’il n’y aura jamais de bulletin de paie à la fin du premier mois.

    Qu’a fait Bernard Giraudeau pendant ce temps ? Il a sûrement dû errer sur le port de la Palisse en rêvant à de nouveaux horizons. C’est pourtant une rencontre qui va le décider à s’engager pour une compagnie de théâtre plutôt que d’embarquer sur le premier grumier à destination de l’Afrique.

    Il intègre ainsi une compagnie de théâtre et devient machino. De fil en aiguilles, il va donner la réplique. La metteuse en scène décèle en lui de réelles aptitudes mais lui conseille de faire de la danse pour acquérir plus de souplesse. Il a encore sûrement en lui la démarche du marin chaloupant.

    Dans la danse, il va s’y engager avec une rage incroyable au point d’en faire cinq heures par jour. Toujours cette rage… Finalement, il choisira le théâtre avant ensuite de faire carrière dans le cinéma. Il deviendra cet acteur magnifique. Bernard Giraudeau, c’est alors ce jeune premier aux dents blanches et aux yeux bleus.

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    A l’apogée de sa carrière de star du cinéma, il va pourtant tout casser et vouloir répondre à ses envies. Figure du cinéma populaire, il renonce à la facilité pour se lancer dans sa propre voie à compter du long-métrage Les spécialiste (1985) de Patrice Leconte, un énorme succès populaire. Dans le registre du jeune premier, il étouffe.

    Si il n’est ni Depardieu, ni Dewaere, il est toutefois devenu ce qu’on appelle une star. Pourtant, Bernard Giraudeau va s’engager dans une voie plus risquée. Ce cinéma populaire ne le satisfait plus.  

    Il veut réaliser  ses propres projets et jouer des compositions plus audacieuses. Une nouvelle fois, il est d’une exigence folle et d’un jusqu’au-boutisme absolu.

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    Au point de se lancer dans la réalisation du long-métrage ambitieux « Les Caprices d’un fleuve » ?

    C’est effectivement un film emblématique. C’est celui qui lui ressemble le plus. De ce long-métrage, l’un des acteurs, Richard Bohringer, dira même que c’est « du Lawrence d’Arabie cramé par la passion du cinéma ».

    Durant le tournage, Bernard Giraudeau est  omniprésent : le premier lever, le dernier couché. On le surnommera d’ailleurs « Gyrophare » ou « Le Président » tant il veut tout faire et tout contrôler.

    Il est le réalisateur, le scénariste et le premier rôle. Il n’est alors pas rare de le voir la perruque de travers pendant les prises. Il est tellement enthousiaste qu’il va porter son film et tout Saint Louis du Sénégal où a lieu le tournage.

    Malgré un budget ricrac et un sujet délicat, un éloge à la différence, son film va faire un million d’entrées ce qui est loin d’être un échec commercial.

    Pourtant, c’est un échec aux yeux de Bernard Giraudeau. Ce n’est désormais plus dans le cinéma qu’il va s’accomplir…

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    Au point de devenir écrivain. Pourquoi s’adonne-t’il à l’écriture ?

    L’écriture a toujours été omniprésente dans sa vie. Il y a ses correspondances incroyables lorsqu’il est marin sur la Jeanne, puis toutes les autres. Il a toujours aimé fixer par écrit ses émotions, son vécu et les décors traversés.

    Dans les années 1990, il va entretenir une correspondance, où qu’il soit dans le monde, avec Roland un myopathe. Quand ce dernier décède, sa famille lui envoie ses lettres. C’est là qu’il constate qu’il y a matière à écrire un livre.

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    Fort de ces récits, il rencontre Anne-Marie Métaillé, éditrice de renom. Cette dernière d’abord sceptique va cependant prendre le temps de lire ses textes et être agréablement surprise par leur qualité littéraire.

    C’est même elle qui lui donnera de précieuses recommandations pour densifier son récit. Publié sous le titre Le marin à l'ancre, ce premier livre va finalement se vendre à plus de 40 000 exemplaires.

    C’est un véritable succès en libraire qui va donner confiance à Bernard Giraudeau, lui l’autodidacte seulement titulaire de diplômes techniques est devenu un écrivain.

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    Auteur à succès, devenu écrivain de Marine, Bernard Giraudeau va revenir sur la Jeanne, sa Jeanne. Racontez nous ses retrouvailles ?

    Imaginez vous l’ancien quartier-maître mécanicien, revenir quarante ans plus tard comme capitaine frégate littéraire. Il éprouvait une véritable fierté à porter cet uniforme d’écrivain de Marine.

    C’était une revanche et sûrement aussi une psychothérapie face à la maladie qu’il venait déjà d’affronter lors de son premier cancer du rein.

    La Jeanne a eu de réels pouvoirs cathartiques. Il revenait mettre ses pas là où sa vie d’homme avait démarré. La symbolique était forte… »

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    A LIRE // Bernard Giraudeau, le baroudeur romantique de Bertrand Tessier. Biographie. 298 pages – 19.95 € (Editions l’Archipel).

    Bernard Giraudeau en 8 dates

    Juin 1947
    Naissance à La Rochelle

    1963
    Entre à l’école des apprentis mécaniciens de la flotte

    1964-1966

    Marin sur le porte-hélicoptères R97 Jeanne d'Arc

    1970
    Premier prix de comédie classique et moderne au Conservatoire

    1973
    Premiers pas au cinéma dans Deux hommes dans la ville de José Giovanni

    1987
    Devient réalisateur tout en continuant d’être acteur.


    2000
    Ablation du rein gauche consécutif à un cancer

    Juillet 2010
    Décède à Paris

     
    Illustration  Christian Cailleaux / Photographies DR

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  • CES ANNEES LA...

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    Le tome 2 de l’Encyclopédie des sous-marins français est désormais en librairie. Revue de détails avec Thierry d’Arbonneau, ancien officier supérieur de la Marine et directeur de collection de cette encyclopédie traitant dans son ensemble, sous ses trois aspects humain, technique et militaire, de l'histoire des sous marins en France.

    Quelles ont été les difficultés inhérentes à la rédaction de ce tome 2 ?

    Le tome 2 couvre une période douloureuse de l'histoire de notre pays et en particulier de sa Marine.

    Les sous-marins n'ont pas été exclus du drame de la défaite de 1940 et de ses conséquences. La difficulté a été de retracer cette période, fidèlement, en respectant les acteurs qui méritaient de l'être, qu'ils aient choisi le camp des Forces Navales Françaises Libres (FNFL), ou qu'ils soient restés fidèles à Vichy.

    Montrer les défaillances sans s'y appesantir, décrire le désarroi de la plupart des marins, essayer de faire comprendre ce qu'a été cette période, sans décider avec arrogance quel chemin il eût été normal de suivre.

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    En quoi ce tome 2, se distingue-t-il ou pas de son précédent tome ?

    Ce tome 2 se distingue du tome précédent par l'évolution apportée par les sous-marins eux mêmes.

    Fini le temps des pionniers un peu fous, voici le temps des engins militaires, organisés, entraînés, préparés, dont l'efficacité sera démontrée. Il se distingue également par quelques nouveautés, comme les encarts « ces années là », par davantage de témoignages, en particulier de certains grands anciens toujours vivants. Dans sa réalisation ce tome a globalement progressé, le métier rentre...

    Concernant le tome 3, allez-vous apporter des modifications éditoriales ou structurelles en faisant entrer de nouveaux rédacteurs ?

    Le tome 3 va couvrir une période dont nombre des acteurs sont toujours vivants et pour l'essentiel en grande forme. Un bon nombre d'entre eux sont membres de l'Association Générale amicale des anciens des sous-marins (AGASM).

    Les encarts d'anecdotes de leur part vont être plus nombreux, les biographies le seront moins. Rendre vivante toute une saga de ces 400, 800, 1 200 comme on appelait les Aréthuse, Daphné et Narval, tel est le défi du tome 3.

    Parmi les souvenirs, ce troisième tome  va chercher également à transcrire ceux des personnels du chantier qui ont entretenu ces bâtiments. Le tome 3 devrait s'arrêter en 1972, date de la première patrouille du Redoutable. Le sérieux nucléaire va alors s'installer dans l'esprit des équipages, ce sera le tome 4, La guerre froide, puis le tome 5, à partir de 1990, Les temps modernes.

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    Ultime question, si vous aviez à décrire brièvement ce tome 2, quelles seraient votre définition ?

    En une phrase le tome deux est celui de la construction d'une belle marine de guerre, bien préparée, mais qui paiera dans le suicide du sabordage de Toulon, le prix lourd d'une défaite à l'écart de laquelle elle s'est pourtant tenue.

     Propos recueillis par Stéphane DUGAST
    Illustrations  Michel Bez / Photographie DR

    LA CHRONIQUE

    Tome après tome, l’encyclopédie des sous-marins français se lit comme un roman. Si le premier tome a narré l’époque des pionniers suivi de la première guerre mondiale, ce second opus intitulé commence dans les années 1920, montrant ainsi l’affermissement des techniques ainsi que les leçons tirées de la première guerre mondiale.

    Cet ouvrage collectif décrit également la vie des équipages, tout en passant successivement en revue les programmes de construction à l’issue des conférences navales et en racontant enfin la première partie de la seconde guerre mondiale.

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    Durant ces années folles, une flotte sous-marine solide est ainsi née, « assez homogène et bien entraînée » de l’aveu ses auteurs achevant leur ouvrage au moment du sabordage de la flotte à Toulon. Instructif et didactique.

    « D’une guerre à l’autre ». Tome 2 de L’Encyclopédie des sous-marins français. Ouvrage collectif sous la direction de Thierry d’Arbonneau. Illustrations de Michel Bez, Préface d’Olivier de Kersauson. 430 pages. 600 illustrations. 70 € (Editions SPE Barthélémy). Tous les renseignements sur www.librairie-spe.com

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  • ELECTRON LIBRE

    Vivi Navarro vient du Sud. De Sète précisément. D’elle, on dit qu’elle aime passionnément la mer et ses cargos, les ports et les marins. Sur la Jeanne, la révélation a été totale au point de réaliser la couverture et des dessins pour l’ultime album de campagne. En ligne de mire, d’autres embarquements sur des «bateaux gris» avec les marins, «ses marins»…

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  • L'AMIRAL ECRIT

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    Ancien préfet maritime de l'Atlantique après avoir été préfet maritime de la Manche et de la mer du Nord puis commandant de la zone maritime de l’océan Indien (Alindien), l’Amiral Laurent Mérer est devenu écrivain depuis 2006. Les océans et les marins inspirent forcément son œuvre.

    Comment avez-vous eu l’idée de coucher sur le papier ces destins de marins ?

    - Laurent MERER : Ce livre est d'abord le résultat d'une rencontre avec mon ami Vladimir Fedorovski, lui même écrivain et directeur de la collection « Le roman des lieux et destins magiques » aux éditions du Rocher. Il m'avait proposé plusieurs fois de publier dans sa collection, sur des ports célèbres ou des villes d'escales.

    Il m'a relancé en décembre dernier: « Alors amiral, mon livre ? - « Je veux bien vous faire « le roman des marins » - « Quelle bonne idée! ». C'est parti comme cela, sur un bon mot. Je ne pouvais plus reculer !

    J'avais quelques anecdotes en mémoires, quelques notes ici ou là. J'ai évidemment puisé dans mon expérience de tant d'années à bord des bateaux. J'ai voulu mettre en scène  des marins de tous grades. Des vies de quartiers-maîtres comme celles d’officiers mariniers ou de commandants. Mes cinq histoires, chacune constitue un petit roman, se déroulent sur des patrouilleurs comme sur des frégates, en  Atlantique, en océan Indien, dans le Pacifique ou dans les mers  du Nord…

    J’ai aussi voulu traiter de toutes les situations, la navigation, le mauvais temps, les mers du sud, mais aussi l'incendie, la guerre d'aujourd'hui... Et les hommes dans cette vie: l' équipage, l'amitié, la solitude, une femme, une famille, un enfant au loin... Voilà! C’est ainsi que le 15 janvier dernier, je me suis mis à la table de travail à raison de 5 à 6 heures par jour. J'ai terminé mi-mai.

    PORTRAIT LAURENT MERER 125 c.jpgDevenir écrivain après avoir occupé de hautes fonctions dans la Marine, n’est-ce pas une expérience parfois dure à assumer ?

    - C’est une autre vie. En prenant la plume, ou plutôt le clavier, j’ai recommencé à zéro... Vous savez, plus de 60 000 livres paraissent chaque année en France. Dans ce paysage encombré, il faut trouver sa place. C'est excitant !

    C'est vrai, mon quotidien a indéniablement changé ! Il n'y a pas de feuille de service ni d'agenda pour organiser la journée. C’est à moi de décider. Et je n'ai pas de retour avant plusieurs mois. C'est parfois vertigineux. Publier un ouvrage, c'est aussi le faire savoir et le faire connaître: un vrai challenge dans lequel l'auteur doit aussi s'investir.

    Après avoir écrit sur les océans et ses acteurs, votre prochain ouvrage sera forcément marin. S’agira-t-il d’un roman ?

    - Figurez-vous que j’ai déjà pratiquement fini le suivant ! Depuis le 15 mai, j'ai eu le temps... (Rires). Plus sérieusement, il y sera sûrement question de marins et d’océans puisque c’est ma passion. Quant au genre, toutes les possibilités s’offrent à moi : essais, roman historique, enquête…

    Propos recueillis par Stéphane DUGAST

    Photographie : © DR

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    PAGE 34 sur CALAMEO

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  • POL CORVEZ, JONGLEUR DE MOTS

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     Les mots et leurs étymologies sont sa passion. Surtout les mots marins…

    Pourquoi s'intéresser au monde maritime via la sémantique et l'étymologie ?

    - Pol CORVEZ : La plupart des lexicographes s'intéressent davantage à la sphère littéraire ou terrestre qu'à celle des métiers ou des univers marins. C'est notre côté Académie française, sans doute ! Cette idée me trottait dans la tête depuis une quinzaine d'année.

    J'ai simplement continué le travail de recherche. Puis, j'ai proposé le manuscrit à Bernard Cadoret, alors directeur de la revue Chasse-marée. J'ai reçu une réponse enthousiaste très rapidement, et la machine s'est mise en marche.

    Cela faisait plus de 150 ans que l'on réclamait ce genre d'ouvrage en France ! On devait l'attendre, puisqu'il a obtenu un prix de l'Académie de marine en 2008, et que plus de 10 000 exemplaires en ont été vendus, ce qui en fait un long-seller (NDLR : un succès en librairie durable).

      P CORVEZ 1 LE NOUVEAU DICTIONNAIRE DES MOTS NES DE LA MER.jpgEn quoi ce dictionnaire augmenté* est-il différent du précédent** ? 

    - D’abord, ce nouvel ouvrage est deux fois plus important que la première édition du point de vue du nombre d'entrées. Il est également plus large quant à son envergure, puisque j'y ai ajouté les mots provenant du monde fluvial et de l'eau en général.

    De plus, ce dictionnaire édition augmentée ou édition initiale se distingue de mon premier dictionnaire qui s’intéressait aux termes et expressions provenant de la mer et de l'eau utilisées dans le vocabulaire des états affectifs et du comportement.

    L'optique en est donc différente, le style également, puisque on me dit souvent que le premier a été écrit par un homme, et l'autre par une femme ! Mais quelle richesse ! Et quel étonnement de voir que lorsque l'on parle de ses états affectifs, c'est le vocabulaire de l'eau et de la mer qui arrive en force.

    Quelles sont vos 3 définitions préférées ?P CORVEZ 2  LE NOUVEAU DICTIONNAIRE MARIN DES SENTIMENTS ET DES COMPORTEMENTS.jpg

    - « Partance » et « escale ». Car un marin est toujours ballotté entre ces deux réalités. Parce que c'est notre vie, même si l'on n'est pas marin.

    Toujours prêt à partir, avec l'excitation qui accompagne les rêves de départ, même si ce ne sont que des projets terrestres ou terriens, et des escales entre deux aventures ou deux projets.

    « Lascar » aussi, car c'est un mot qui vient de loin, et qui dit beaucoup sur la façon dont on a considéré nos frères lointains, avec à la fois admiration et dédain. Toute une anthropologie du monde occidental se cache derrière ce terme.

    Propos recueillis par Stéphane DUGAST

     

    A LIRE

    * : Le nouveau dictionnaire des mots nés de la mer de Pol Corvez. 720 pages - 22 €. Edition augmentée / Médaille de l’Académie de marine (Glénat).

    ** : Dictionnaire marin des sentiments & des comportements / Les mots issus de la mer et de l'eau de Pol Corvez. 720 pages - 22 €. (Crystel éditions)

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  • UN VASTE CHANTIER !

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    Diplômée de l'Ecole Nationale Supérieure des Beaux-Arts de Paris, Marie Détrée est devenue peintre officiel de la Marine depuis avril dernier. Celle qui vit et travaille dans la Manche peint et dessine au gré de ses embarquements ou de ses pérégrinations dans les ports. Passionnée de bateaux, l’artiste a décidé cet automne de se rendre dans un port phare de la côte Atlantique afin de témoigner de la naissance d’un navire. «Un bateau gris de surcroît» s’enthousiasmait-elle…

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    Quelles raisons vous ont poussée à venir sur le chantier du Bâtiment de Projection et de Commandement (BPC) Dixmude ?

    - Marie Détrée : Mon idée, c’était de suivre la construction d’un bâtiment de la Marine. Renseignements pris, j’ai su que le Dixmude était en cours de construction.

    Même si j’arrive un peu tard, ça fait 10 mois que le chantier est réellement lancé et j’ai raté la pose symbolique du premier bloc, c’était à mes yeux important d’aller peindre ce géant des mers. J’en suis à mon deuxième séjour ici à Saint-Nazaire.

    Ma première gouache, je l’ai réalisée dans les bureaux de la Marine qui se trouvent à proximité de la cale sèche où se  construit en ce moment le Dixmude. J’ai réalisé cette gouache au chaud à cause de la pluie ce jour là. J’ai d’emblée voulu peindre le bateau dans son environnement, dans sa cale avec les grues et les échafaudages, le tout baigné par une lumière grise.

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    Que vous inspirent les chantiers STX, et plus globalement Saint-Nazaire ?  

    - Ce qui est sûr c’est que je suis plutôt habitué aux lumières de la  Manche  où je réside ou à celles du nord de la Bretagne. C’est en venant sur le chantier du Dixmude que j’ai fait la rencontre de Saint-Nazaire.

    Cette ville, meurtrie par les bombardements de la seconde guerre mondiale et reconstruite à la hâte, a beaucoup de charme malgré ses blessures.

    Cette ville est pour moi une source d’inspiration inépuisable grâce à ses nombreux éléments et vestiges industriels. En même temps, c’est coloré, ce qui confère à l’ensemble une ambiance portuaire dont je suis fana.

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    Dans votre travail artistique, vous vous êtes également intéressée aux hommes du chantier ?

    - Et aux femmes ! J’ai ainsi réalisé une gouache en  forme de clin d’œil à l’équipe qui travaille ici. C’est une vue lors d’une réunion de chantier dans le radier du Dixmude.

    C’est une peinture symbolique mais j’ai voulu réunir les différents intervenants du chantier. Il y a la Marine nationale bien évidemment au centre, STX le constructeur et la DGA.

    Cette peinture s’est imposée pour des raisons pratiques. Le radier, c’est l’un des rares endroits en intérieur où il y a de la lumière naturelle. Vous savez, peindre un BPC en construction çà n’est pas évident… En intérieur, ce ne sont que des lumières avec des néons, on ne voit pas grand-chose. Ce jour là le radier du Dixmude était baigné par une belle lumière. J’ai pu ainsi jouer sur les ombres chinoises… (EXTRAIT COLS BLEUS, bi-mensuel de la Marine n°2959)

    Propos recueillis par Stéphane DUGAST

    Photographies : © Bernard BIGER / STX Europe
    Gouaches : © Marie DETREE


    LE BLOG DE MARIE DETREE, PEINTRE DE LA MARINE

     

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  • ANNE ET «SA» JEANNE

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    Anne Smith n'a paraît-il pas son pareil pour peindre les cargos, les ports, les docks, les bateaux et les marins. Quand l’opportunité s’est offerte à elle d’embarquer sur le porte-hélicoptères R97, l’artiste «britannique de naissance, française de nationalité et bretonne d’adoption» n’a pas hésité une seule seconde. Outre la possibilité d’effectuer «un voyage inoubliable» entre Fort-de-France et New York, le peintre officiel de la Marine avait cœur de témoigner et de raconter «sa» Jeanne.

    AS couv.jpg« Le porte-hélicoptères Jeanne d’Arc est-il à vos yeux un bateau gris différent des autres ?

    Pour moi, la Jeanne d’Arc, c’est véritablement un bateau charnière entre le passé et l’avenir. C’est un bâtiment qui concentre à la fois tout le savoir-faire des générations d’hier et celle du futur parce que c’est sur son pont que sont formés les futurs officiers de la Marine. Et puis, ce navire a quasiment le même âge que moi : 50 ans. J’y suis donc attachée. C’est également le premier «bateau gris» sur lequel j’ai embarqué, et ce avant ma nomination comme peintre de la Marine en 2005. Pour toutes ses raisons, j’aime la «vieille Dame». Il faut prendre soin d’elle. Je parle bien évidemment du bateau et pas de moi (rires). Plus sérieusement, mon vœu le plus cher actuellement concernant le bateau, c’est que des morceaux de la Jeanne continuent d’exister après son démantèlement. C’est fondamental pour consolider le patrimoine naval de notre pays.

    Pourquoi la conservation du patrimoine de la Jeanne est-elle si importante à vos yeux ?

    Au cours de ma carrière, j’ai toujours œuvré pour que l’on garde des traces du patrimoine naval. C’est important pour le souvenir mais également pour la mémoire collective. C’est en comprenant le passé que l’on peut se tourner vers le présent et surtout l’avenir. Les racines sont les prémisses de la compréhension. La Jeanne fait partie du patrimoine maritime industriel de la France, c’est indéniable. Des objets phares de ce bâtiment doivent être conservés et présentés au grand public. Et je ne parle pas que des pièces en laiton gravé à bord. Le patrimoine Jeanne est d’une richesse incroyable. Cela serait bien que des morceaux de Jeanne subsistent à Brest et pourquoi pas à Rouen, la ville marraine du bateau. Ces pièces phares ne doivent cependant pas être stockées dans un hangar à l’abri des regards ou nécessiter forcément un badge d’accès pour les voir. Vous savez, on pleure souvent en disant que les Français n’ont aucune culture maritime mais si le grand public ne peut pas approcher son patrimoine naval où allons-nous ? Comment pourra-t-on ensuite reprocher à ces gens leur manque de culture maritime ? Et puis, dans notre pays, l’univers maritime se réduit trop souvent à ses plages ou à ses festivals folkloriques. La mer, c’est plus que ça. Montrer l’univers des marins, leur quotidien et leur travail, c’est indispensable…

    « La Jeanne, c’est le patrimoine naval de la France et de nous tous. Laissons l’opportunité au grand public de découvrir ce monument du patrimoine naval. L’univers maritime s’imprégnera ainsi dans le cœur des Français, et ce, même s’ils habitent loin de nos côtes…»

    Avant d’embarquer sur la Jeanne, qu’aviez-vous en tête de peindre comme toiles ou aquarelles ?

    J’avais une première image forte en tête : le dernier AS 4.jpg« coquetèle » en tenue tropical à Fort-de-France. Je l’imaginais avec tous les marins habillés en blanc, la chaleur de la Martinique et des femmes qui dansent. La seconde toile que j’imaginais, c’était l’arrivée à New York, la statue de la Liberté, Manhattan et les gratte-ciels… Pour démarrer, notre avion a eu du retard. Je suis arrivé in extremis pour le « coquetèle » à Fort-de-France. La fatigue, le décalage horaire, j’étais exténuée. Même si le « coquetèle » était conforme à l’idée que je m’en faisais avec la musique, les femmes virevoltantes dont des miss martiniquaises, j’étais cependant trop crevée pour envisager de réaliser une toile. Quant à New York, tout s’est déroulé à l’inverse de ce que j’imaginais. Nous sommes arrivés de nuit et sous un crachin.

    Concernant la vie embarquée sur la Jeanne à proprement dit, vous aviez également en tête des toiles ou à des aquarelles à absolument peindre ?

    Lorsque j’embarque, je n’ai pas de programme pré-établi. Je ne dresse pas un inventaire des toiles ou aquarelles que je vais réaliser. Ma première toile, je l’ai d’ailleurs effectuée au local PC Engin sur les recommandations d’un marin. C’est un endroit génial. C’est le local des manœuvriers. On y trouve toutes sortes de cordages et cette odeur de goudron si caractéristique. J’ai trouvé d’emblée que c’était un sujet fort. Ayant préalablement rencontré les musiciens je savais qu’ils répétaient chaque jour en mer entre 10 heures et 12 heures. J’avais donc mon second sujet. Après  trois heures au local PC Engin, j’ai d’ailleurs décidé ce jour-là d’aller voir les musiciens. Quand j’embarque, je réalise souvent deux toiles simultanément. Ca me change les idées sinon j’ai trop « le nez dans le guidon » comme on dit. Et je perds le fil de mon inspiration et surtout ma fraîcheur. Quant aux techniques que j’utilise, elles sont liées d’abord à l’endroit et l’espace dans lequel je peins. Pour un espace restreint, je privilégie l’aquarelle. Je tiens compte également des conditions climatiques ainsi que de mon état physique. Quand j’ai du punch, je m’attaquer à une toile car j’ai l’envie et l’énergie pour travailler en grand format. A l’inverse, lorsque je suis fatiguée ou plus calme, je privilégie l’aquarelle.

    «J’embarque et je peins pour témoigner, pour informer mais également pour faire rêver»

    AS 3.jpgDans toute votre œuvre, l’univers industriel maritime est prégnant. Sur la Jeanne, le monde des machines est un monde résolument à part. En y installant votre chevalet, qu’espèreriez-vous capter ?

    Les machines de la Jeanne, c’est un lieu qui donne mais qui nécessite une énergie incroyable. Déjà, il faut y aller et y descendre avec son chevalet. Les coursives sont étroites et les échappées abruptes. C’est un endroit pas accessible à tout le monde. Témoigner dans les machines, c’est donc  un privilège. Réaliser une grande toile s’est donc logiquement imposé. J’embarque et je peins pour témoigner, pour informer mais également pour faire rêver. Les machines sont magiques même si les conditions qui y règnent ne sont pas optimales pour un peintre. Aussi, j’ai préféré ne pas m’y rendre quand nous évoluions dans les mers chaudes. Avec la chauffe tôlée, ça aurait vite été insupportable. Non, j’ai choisi d’y poser mon chevalet avant l’arrivée de New York lorsque nous sommes entrés dans le courant froid du Labrador. Comme, de surcroît, ces jours de navigation se sont avérés remuants, j’étais donc mieux en machines. J’étais pour ainsi dire bien calée au fond même si ma toile a du subir la condensation et des fuites d’huiles. Cette toile, c’est pour ainsi dire une peinture à l’huile pour moitié et une peinture à l’eau pour l’autre moitié (rires).

    Vous vous êtes également rendu dans le local barre…

    … Sur les conseils d’un marin embarqué. Si les machines sont le «royaume» de l’huile et de la vapeur, le local barre c’est avant tout des pistons et une mécanique d’horloger. C’est incroyable de se dire que le joystick de navigation, situé au moins cinq ponts au-dessus, transfère sa direction à une ligne d’arbre qui quelques 180 mètres plus loin, impulse la direction du navire. En passant 7 heures là-bas, j’ai pu évaluer le bateau et ses mouvements de façon différente. Au local barre, tout est en laiton ou en cuivre, c’est incroyablement poétique. C’est beau, çà brille !

    AS 2.jpgVous avez également installée votre chevalet dans l’infirmerie, pour quelles raisons précisément ?

    Car, c’est un lieu symbolique de la Jeanne. C’est un lieu qui montre à la fois le côté ancien du bateau et sa modernité. C’est exactement ce que j’ai voulu peindre en installant mon chevalet dans l’encadrement d’une porte donnant sur des lits modernes de réanimation et sur les lits anti-roulis conçus dès la construction du bateau. En confrontant ces typologies de lits, on saisit mieux la Jeanne, véritable trait d’union entre la Marine ancienne et la Marine moderne.

    Après 15 jours d’embarquement sur la Jeanne et autant de productions sur le motif, comment jugez-vous votre travail ? Pensez-vous que votre production est complémentaire à celles d’autres peintres de la Marine ?

    Evaluer son apport est un exercice difficile et très prétentieux ! (silence) Moi, je me suis efforcé de réaliser des oeuvres sur des sujets qui me touchent, tout en souhaitant mettre en valeur le patrimoine Jeanne si riche mais bientôt en voie de disparition. Les peintres de la Marine sont nombreux à avoir embarqué sur la Jeanne. Chaque peintre a travaillé selon sa sensibilité. Certains de mes confrères se sont intéressés à la dimension escale du bateau. AS 5.jpgL’exotisme, le voyage et la vie ailleurs les ont fortement imprégnés. D’autres se sont focalisés sur la faune et la flore environnantes tandis que certains se sont penchés sur l’architecture de ce bâtiment ou sur les savoir-faire du bord. Je crois que c’est en ajoutant toutes ses visions que se dégage une vision artistique globale de la Jeanne. Quant à mon travail artistique réalisé à bord, je le destine au grand public. Vous savez, en tant que peintre officiel de la Marine nous bénéficions de cette véritable chance de pouvoir nous adresser au grand public, et pas seulement aux marins ou à des cercles d’initiés. A ce titre, nous constituons, nous les peintres de la Marine, une « plus-value » intéressante pour l’institution.

    Ultime question. Si vous aviez à décrire brièvement le porte-hélicoptères R97, quelle serait votre définition ?

    Moi j’aime ce bateau. La Jeanne, elle est patinée. Si elle n’est cependant plus très bien adaptée aux réalités opérationnelles contemporaines, c’était pourtant le nec plus ultra à l’époque. La preuve, la Jeanne est encore là aujourd’hui. Ca montre que ses concepteurs avaient bien prévu et que ses utilisateurs en ont pris soin. Elle a bien duré et elle a bien servi. La Jeanne, c’est une belle bête ou plutôt une «vieille Dame» bien conservée. C’est une quinquagénaire toujours pétillante ! »

    Propos recueillis par Stéphane DUGAST
    Illustrations : © Anne SMITH / Photographies : Christophe GERAL

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  • JEANNE DE COEUR

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    Nom : Penot. Prénom : Christophe. Profession : Écrivain et éditeur d'art. Signes particuliers : vient de publier un ouvrage consacré à le porte-hélicoptères R97 Jeanne d'Arc. «Pour ceux qui l'aiment, et pour ne jamais l'oublier...» confesse sans ambages son auteur aux talents éclectiques...

    DSC_0646.JPG«Embarquer sur le porte-hélicoptères R97 Jeanne d'Arc pour vous imprégner des lieux et de son équipage a-t-il été une condition sine qua non avant d'écrire «Adieu, Jeanne, adieu !» ?
    - Christophe Penot : D'abord, il y a eu un travail préalable qui a consisté à enquêter sur la Jeanne d'Arc. J'ai fait connaissance avec le bateau dans les grandes lignes. De sa date de construction à tous ses commandants, ses principales campagnes autour du monde et ses missions phares. Avant d'embarquer, je savais donc où me diriger avec le sujet Jeanne.

    Ensuite, c'est forcément l'imprévu qui a joué. Au delà des dates ou des commandants, il y a des hommes : les marins. J'ai essayé de me pencher sur la mémoire de ces marins en venant les écouter à bord. C'est lors de la précédente campagne, pendant un transit Brest-Tunis, que j'ai ainsi embarqué sur le porte-hélicoptères.

    Premier constat in situ, la mémoire des hommes de la Jeanne » est assez semblable d'un individu à l'autre. En effet, tous les marins de la Jeanne racontent la même histoire. La Jeanne: c'est leur premier d'amour. Ce sont d'ailleurs les premières phrases de mon livre : «Elle a été leur premier amour. Elle, c'était la Jeanne ; eux, c'étaient des hommes...».

    Fort de ces enseignements, j'ai voulu toucher une corde qui n'est ni imaginaire ni littéraire mais bien humaine. En écrivant ce livre, j'ai souhaité toucher tout simplement ceux qui aiment et qui connaissent la Jeanne. C'est un ouvrage rare et précieux pour un bateau mythique ! «Adieu, Jeanne, adieu !» est le livre de  la mer, du vent et du cœur !

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    « Adieu Jeanne, adieu ! »
    est le livre de la mer, du vent et du cœur !
    Christophe Penot

    - Comment avez-vous procédé pour écrire cet ouvrage proche de l'essai littéraire ?
    - D'abord, en embarquant, j'ai pu compter sur  l'accueil et la compréhension de Xavier Prache, commissaire en chef qui a compris d'emblée ce que je désirais écrire. Grâce à lui et aux officiers, j'ai eu le bonheur d'aller de coursives en coursives, de carré en carré, toujours parfaitement accueilli. Et jai aimé passé des heures avec les veilleurs, sur le pont, la nuit. Ainsi, ai-je pu appréhender et rencontrer les principaux personnages de la  Jeanne.

    Ce sont ces derniers qui ont constitué la trame à mon récit. Fort de cette approche, j'ai pu appréhender la Jeanne physiquement et plus intimement. Je n'ai eu qu'à écouter ces marins, tout en leur précisant au préalable que je n'étais entre guillemets qu'un écrivain du bord, présent  avec eux pour un transit entre l'Atlantique et la Méditerranée. Pour les écouter, je n'avais avec moi qu'un carnet de notes et un crayon. J'ai noté tout ce qui me semblait intéressant en écoutant ces personnages clés. Il n'y a donc eu aucune interview. Je suis allé aux antipodes de ce que j'ai l'habitude d'écrire, car je suis d'ordinaire un adepte de livres d'entretien.

    Pour la Jeanne, je souhaitais travailler sans magnétophone. C'est un choix délibéré pour que ce livre s'écrive sur un ton confidentiel. «Adieu Jeanne, adieu !», c'est un ouvrage que je ne dirais pas écrit mais chuchoté à l'oreille.

    Une fois tous vos témoignages recueillis, comment avez-vous alors écrit votre récit ?


    - A la manière d'un artisan, j'ai travaillé ma «matière première», soit mes témoignages, que j'ai mélangés à ma connaissance du sujet, pour ensuite coucher sur le papier mon ressenti. Il est vrai que fort de toutes mes notes et des impressions recueillies, j'aurais pu écrire un livre plus conséquent mais ça n'était pas l'objectif.

    Je souhaitais réaliser délibérément un livre réduit en pagination. Un livre écrit sur le ton de la confidence, selon Sylvette et Jean-Jacques Messager, l'épouse et le président de l'association des anciens de la Jeanne d'Arc. «Adieu, Jeanne, adieu !» ressemble à une lettre d'amour. C'est de surcroît un livre à tirage confidentiel puisque nous n'avons tiré que 690 exemplaires. C'est également un ouvrage d'art car il a été tiré sur du papier haut de gamme. A l'heure des tirages grand public, cette fabrication artisanale et sa rareté en font à mon sens toute sa saveur et toute sa richesse...

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    Auteur d'un précédent Beau-Livre intitulé  «Les chevaliers de la mer» consacré à l'école navale, vous semblez passionné par les océans et les marins, d'où vous vient cette attirance ?


    - Ce «tropisme» s'explique d'abord par mon service militaire que j'ai effectué au sein de la Marine nationale. Malheureusement, je n'ai pas eu la chance d'embarquer sur la Jeanne. Il y a aussi la ville où je vis. Avec mon épouse et mes enfants, nous avons le bonheur de vivre à Saint-Malo. Nous avons cette chance de vivre au bord de la mer qui bat sous nos fenêtres. Vous savez, j'ai découvert la mer par capillarité. Désormais, je ne peux plus vivre une journée sans voir la mer. Je suis habité par le rythme marin. Sans compter mes nombreuses lectures marines...

    C'est également a posteriori que je me rends compte  que mes productions littéraires s'éloignent peu souvent de l'univers de la mer. J'ai réalisé un livre d'entretien intitulé «Chateaubriand aujourd'hui» avec les dix meilleurs spécialistes mondiaux. Vous savez que l'écrivain François René de Chateaubriand, véritable marin,  était fasciné par la mer, qu'il appelait sa «vieille maîtresse»...

    De la même façon, j'ai écrit des livres avec différents personnages, notamment sur le Tour de France cycliste. Là encore, il y a des points communs. Le Tour comme la Jeanne d'Arc sont de formidables ambassadeurs de notre pays. Le Tour de France est diffusé dans 186 pays à travers le monde. Il touche potentiellement 1,5 milliards de téléspectateurs. Même dimension pour la Jeanne qui est une formidable ambassadrice de la France et de sa culture à travers le monde. Qu'il s'agisse de littérature, de peinture et de gastronomie. Voilà pourquoi, lorsque j'écris sur le Tour de France ou sur la Jeanne, j'écris sur les mêmes registres : la francophonie, la culture française, la beauté de notre pays...

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    Après ce récent travail littéraire consacré à la Jeanne d'Arc, à quels nouveaux projets vous attelez-vous ?


    - Grâce à nos deux maisons d'éditions - Cristel éditions et Cristel éditeur d'art exclusivement consacré aux domaines de l'art et de la peinture - le champ des possibles est large. Cependant, les sujets marins et Marine m'attirent irrésistiblement.

    A la demande de Centre Instruction Naval de Brest, je prépare un nouveau livre pour 2010 qui sera traité de la même manière que l'ouvrage «Les Chevaliers de la mer». Il s'agira d'un livre d'entretiens dans lequel dix-huit merveilleux témoins raconteront l'école des Mousses, lieu emblématique de la Marine qui vient de rouvrir de nouveau ses portes, et qui a façonné tant de marins, tant de destins allais-je dire...»

    Propos recueillis par Stéphane DUGAST

    Photographie une de Yann LE NY / Marine nationale
    Photographies de Julien CABON / Marine nationale
    *
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    SUR COMMANDE
    Adieu, Jeanne, Adieu !
    de Christophe Penot. 48 pages - 24X18 cm. Edition d'art sur papier Rives vergé ivoire. 29 €. 690 exemplaires exclusivement vendu par correspondance. Contact : Cristel éditeur d'Art. 7, avenue Jules Simon - 35400 Saint Malo ou sur le web à : www.editions-cristel.com

    logo cb.jpgReportage paru dans COLS BLEUS n°2926, l'hebdomadaire de la Marine nationale depuis 1945

     

     

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  • SUR RADIO NORD BRETAGNE

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    ECOUTER L'INTERVIEW
    Rencontre audio avec Stéphane Dugast qui signe l'enquête de ce livre

    podcast

    *

    LA CHRONIQUE ECRITE
    « La Jeanne d'Arc. Un livre « hommage » au porte-hélicoptères. 
La Jeanne d'Arc, c'est un demi-siècle d'aventures au service de la France. Ce porte-hélicoptères s'apprête, au début de mois de décembre prochain, à entamer son ultime campagne...  En 2010, après presque cinquante années de navigation, ce témoin de l'histoire navale va être retiré du service. Un livre, paru début novembre aux éditions du Chêne, raconte ce bateau mythique en s'appuyant sur un reportage réalisé à bord de l'avant-dernière campagne. Une même envie a motivé les deux reporters, Stéphane Dugast (textes) et Christophe Géral (photos) : raconter le quotidien de ces marins qui peut nous paraître un peu mystérieux lorsque l'on reste à quai... »

    Le site web de Radio Nord Bretagne

    *

    Couv_JeanneDArc BD.jpgA LIRE
    LA JEANNE D'ARC, porte-hélicoptères R97

    (E/P/A – Les éditions du Chêne)
    Photographies de Christophe Géral
    Enquête de Stéphane Dugast
    Préface de Bernard Giraudeau
    Avant-propos de l’Amiral Pierre-François Forissier, chef d’Etat-Major de la Marine
    Grand format « à l'italienne » 395x275 mm
    184 pages. 49.90€

    + d'infos sur www.lajeannelelivre.fr

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  • BONNES RECETTES

    Parti-pris1114-29 323 couv3.jpg
    « La Jeanne d’Arc, c’est la synthèse de nombreux désirs photographiques. Habitué des people, j’ai néanmoins abordé ce sujet comme tous les autres. Mes deux reportages réalisés à bord m'ont permis de construire un livre-hommage dédié à un bateau mythique dans le cœur des marins comme dans celui des terriens. La gageure pour moi, c’était de réaliser un ouvrage qui ne soit ni trop vulgarisateur, ni un livre d’auteur avec des choix esthétiques trop marqués. Il s’agissait ni de globaliser, ni d’esthétiser la Jeanne mais bien de refléter son âme si riche et, paradoxalement, si difficile à décrypter »

    Mode d’emploi
    « C’est à 16 ans en lisant un ouvrage du photographe Henri Cartier-Bresson (1908-2004) que j’ai appris mes premières notions de cadrage. Ce bouquin était composé de photos-portraits réalisées avec un Leica à focale fixe (50 mm) sans lumières additionnelles. C’est là que j’
    1114-06 236 R.jpgai compris que le photographe doit bouger dans l’espace avant de composer son cadre. C’est à lui d’évoluer autour de son sujet, ce qui créé d’ailleurs du rapport humain. Une fois, mon cadre défini au millimètre avec ces lignes de force et de fuite, je suis à la recherche de ce que Henri Cartier Bresson appelle «l’instant décisif». Je laisse mon cadre «parler» si j’ose dire ! Le cadre composé de lignes fortes, c’est par essence la matière humaine qui va en faire un cliché fort, une «plaque» comme j’aime à dire. Il s’agit dès lors d’anticiper le bon mouvement ou cette harmonie qui permettront à un cliché de révéler ses messages forts »

    Etat d'esprit
    « Pour ce reportage j’ai ressenti une immense responsabilité, celle de témoigner sur un bateau qui va bientôt disparaître. L’opportunité de 1114-42 480 R2.jpgréaliser ce livre était tunique. C’était un cadeau énorme pour lequel il se fallait d’aller au bout des choses. Je me suis investi totalement comme à chaque fois au point de débarquer à Djibouti, puis à la Réunion totalement vidé. Avec un tel sujet, la Jeanne d'Arc, il me fallait l’honorer. Il me fallait trouver des angles et des images jamais vues. Pour çà, je suis constamment resté à bord même pendant les escales. Quand les marins se reposaient, j’étais sur le pont appliqué et concentré. A La Réunion, j’ai du me dégourdir les jambes une vingtaine de minutes tout au plus sur les quais. Il fallait aller au bout du bout au point que quand j’ai débarqué, tout mon matériel était encore déballé à deux heures de mon départ afin de réaliser une séance de shooting avec l’aumônier. Je voulais ramener des clichés rarement réalisés »

    1114-05 051.jpgAu royaume de la vapeur
    « La machine, c’est le lieu que j’ai le plus photographié. J’ai démarré mon travail tout en bas dès 4 heures du matin le jour de l’allumage. L’allumage des feux c’est quelque chose. C’est le royaume de la vapeur… A chaque fois que je suis redescendu j’ai y ai passé du temps mais j’y ai invariablement ramené un ou deux clichés forts. L’émotion et ma sensibilité n’ont jamais été la même. C’est un univers que j’adore comme le pont d’envol de la Jeanne… »

    De l’intérieur
    « J’ai voulu raconter le porte-hélicoptères R97 Jeanne d’Arc comme il n’a jamais été raconté en montrant des points de vue, des lieux de vie que l’on a pas l’habitude de voir photographiquement. J’ai du me faire violence car photographier des moments d’intimité, c’est pas une mince affaire... Tu ne peux le faire qu’avec la complicité de tes sujets. Je me suis également imposé des limites. Celle de photographier l’intimité à condition qu’il y ait de la pudeur. Photographier les gars en slip ou en cla
    1114-36 455 R.jpgquette dans leur poste, ce n’est pas ma tasse de thé mais je l’ai fait car il s’agissait de réaliser un livre hommage et témoigner de la vie du bord. J’ai voulu aussi bien montrer la chambre du commandant que les postes des matelots, tout en privilégiant bien évidemment les activités opérationnelles »


    ChristopheGeral.jpgChristophe Geral en 9 dates

    1963 Naissance à Périgueux en Dordogne

    1983 Etudes de photo à L’ETPA de Toulouse

    1986 Responsable de la section audiovisuelle de la quatrième région militaire à Bordeaux

    1987 Agence de presse Interpresse. Photographe attitré des people comme Belmondo, Haliday, Bruel et Noah

    1994 Devient photographe à l’agence SteelsCHINEETINDE.jpg

    1999 Arrête la photo et s’occupe de l’exploitation forestière familiale en Corrèze

    2002 Se spécialise en photographe pour les émissions de real TV

    2008 Publie 2 ouvrages De la Chine à l’Inde et Patrouille de France aux éditions du Chêne.

    2009 Publication de l'ouvrage La Jeanne d'Arc, porte-hélicoptères R97 aux éditions du Chêne.


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    Reportage paru dans COLS BLEUS N°2907, l'hebdomadaire de la Marine nationale.


    Toutes les infos sur le site web : http://www.lajeannelelivre.fr

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  • LA BONNE ETOILE (2/2)

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    Reporter habitué à bourlinguer sur des terres éloignées des sentiers touristiques et commerciaux, Stéphane Dugast s’est cette fois passionné pour Paul-Émile Victor, le Groenland oriental et ses habitants en proie à de profondes mutations sociétales et climatiques.

    LIRE LA PREMIERE PARTIE

    Premier repérage en solitaire au coeur de l'hiver. Comment s’est ensuite mis en place votre reportage inititulé « Dans les pas de Paul-Emile Victor » ?

    - Stéphane Dugast : « En fait, deux voyages-expéditions vont se mettre en place afin de confronter les récits de Paul-Émile Victor datant des années 1930 et notre vécu-terrain. Un premier voyage sera réalisé durant l’hiver 2006.

    Avec Xavier Desmier, photographe à l’agence Rapho, nous partons sillonner la région d’Ammassalik en traîneaux à chiens, en bateau ou à pied sur la banquise, dans les fjords ou les villages. L’été suivant, nous revenons sur la côte Est du Groenland en compagnie de Stéphane Victor, l’un des trois fils de l’explorateur, et du cameraman Emmanuel Pittet.

    Nous sillonnons une nouvelle fois cette région proche du cercle polaire à la recherche des lieux-clés des séjours de Paul-Émile Victor et d’éventuels témoins des passages de l’explorateur français.

    En partageant, le quotidien des derniers chasseurs nomades du Groenland oriental, nous poursuivons également notre immersion au cœur de la société inuit afin d’en comprendre les réalités et les mutations.

    « La modernité et le progrès ont fait irruption dans le quotidien Inuit »

    1466230670.JPG70 ans plus tard, quels sont donc les principaux changements que vous avez pu mettre en évidence ?

    - Comme dans n’importe quel village européen, les changements ont été nombreux en 70 ans. Au Groenland, ils ont toutefois été plus fulgurants qu’ailleurs.

    Du temps de Paul-Émile Victor, les Inuits - encore appelés « Eskimos » - étaient un peuple nomade vivant de la chasse toute l’année, de la cueillette et de la pêche en été. Sept décennies plus tard, les habitants de cette région du globe sont tous devenus sédentaires.

    Aujourd’hui, les chasseurs ne sont plus qu’une poignée. La modernité et le progrès ont fait irruption dans le quotidien Inuit. Les écrans plasma trônent dans les salons surchauffés. Internet est présent dans les écoles.

    On trouve toutes sortes de produits de consommation dans des supermarchés. Si les famines ont disparu, les conditions de vie moins précaires, les maux apportés par le progrès sont nombreux. Le chômage sévit durement. L’alcoolisme fait des ravages chez certains… Heureusement, le tableau n’est pas tout noir.

    Une partie de la population demeure dynamique. Le tourisme et l’écotourisme sont devenus une activité de plus en plus lucrative pour les chasseurs qui se reconvertissent en guide. Chaque village dispose d’infrastructures modernes. Des Inuits, comme notre guide Tobias, dynamisent cette société en proie à de profondes mutations.

    « Sentinelles du climat de notre planète, les régions polaires nous indiquent clairement que la Terre est en surchauffe »
    1772581157.JPGAu fil de vos voyages, quels ont été les principaux enseignements que l’on peut en tirer ?

    - Paul-Émile Victor a incontestablement été l’une des grandes figures de l’aventure polaires du vingtième siècle. Ses séjours au Groenland oriental réalisés entre 1934 et 1937 lui ont non seulement permis de construire les fondations de sa vie d’explorateur mais grâce à ses travaux d’ethnologue l’Humanité a pu garder de précieuses traces sur les Eskimos et la « civilisation du phoque » comme l’avait surnommée Paul-Émile Victor.


    L’autre enseignement est que la société Inuit a dû assumer bienfaits et méfaits de nos sociétés modernes dans un laps de temps très court. Si tout n’est pas rose, globalement, je suis tenté de dire que les Inuits ont désormais compris qu’ils avaient leur avenir entre leur main.

    Que leurs traditions longtemps négligées pour différentes raisons sont une manne du futur. Les touristes, de plus en plus nombreux, en sont friands. Néanmoins, le plus préoccupant là-haut, ce sont les répercussions du réchauffement climatique déjà palpables.


    PEVexpoPIC.jpgJustement concernant le réchauffement climatique, qu’avez-vous constaté sur place plus précisément ?

    - En sillonnant fjords, montagnes et glaciers, on a directement mesuré les effets du réchauffement climatique. On a pu évaluer l’ampleur des dégâts. Au pied des glaciers, en comparant la leur ligne de front annoté sur les cartes topographiques dressées en 1935 à partir de photos aériennes à la ligne de front actuel, le recul s’évalue en dizaines de kilomètres.


    Au pied des glaciers, on constate également leur diminution en épaisseur. Ce recul est visible sur les strates rocheuses auxquels les glaciers sont adossés. Les effets du réchauffement climatique sont non seulement visibles mais directement palpables pour la communauté inuit qui survit dans cet univers parmi les plus hostiles de la planète depuis des millénaires.

    En interrogeant les chasseurs locaux, on a constate également l’ampleur des dégâts. Les routes migratoires ont changé. Les navigations sont devenues plus compliquées du fait du morcellement accru de la banquise lors de sa fonte en été. L’hiver, se déplacer en traîneau est devenu dangereux du fait de la diminution de l’épaisseur de la banquise… Sentinelles du climat de notre planète, les régions polaires nous indiquent clairement que la Terre est en surchauffe.

    Pourtant, certains se frottent les mains ! On estime ainsi que long de la côte orientale dormirait l’équivalent de la moitié des réserves en hydrocarbures de l’Arabie Saoudite. La disparition de la banquise permettrait ainsi d’en exploiter ces ressources. L’Homme est parfois cynique.

    Longtemps en marge des grandes destinations touristiques et des mouvements géopolitiques, la côte orientale du Groenland attise désormais bien des convoitises à cause de la richesse de ses sous-sols encore non exploités. Avant cette ruée vers l’or noir, il était vital de témoigner sur cette région du globe et sur ses habitants. En digne héritier de Paul-Émile Victor, écologiste précurseur et ardent défenseur de la planète ! »
    FIN

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  • LA BONNE ETOILE (1/2)

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    Reporter habitué à bourlinguer sur des terres éloignées des sentiers touristiques et commerciaux, Stéphane Dugast s’est cette fois passionné pour Paul-Émile Victor, le Groenland oriental et ses habitants en proie à de profondes mutations sociétales et climatiques.

     
    D’où vous vient votre attrait pour le monde polaire ?

    - Stéphane Dugast : « Bercé par les récits des marins-explorateurs, des écrivains-voyageurs ou les épopées des grandes figures de l’aventure polaire comme Ernest Shackleton ou Jean-Louis Etienne, je me suis efforcé de faire mienne la philosophie de ces hommes d’action et de plume épris de voyages.

    En 2004, un reportage en Sibérie centrale aux côtés de Frédéric Chamard-Boudet, un marin épris de polaire, va profondément me marquer. Durant ce reportage dans le Grand nord, je découvre pour la première fois un univers singulier et la banquise.

    Malgré un équipement sommaire qui me vaudra de nombreuses onglées et brûlures, mon « coup de foudre » pour les terres polaires est instantané...

    « Une intime conviction : revenir sur la banquise... »
     
    1860827744.jpgQu’est-ce qui vous frappe le plus durant ce premier séjour en milieu polaire ?
    - D’abord la découverte de la banquise vue depuis le hublot de l’hélicoptère de l'aviation civile russe « IIliouchine 8 » dans lequel nous avons embarqué.

    Cette vaste étendue blanche, ses longues cicatrices et ses fractures causées par les courants et les marées. Au sol, le silence de cathédrale qui y règne me fige. Ce jour là s’étend devant moi l'océan Arctique glacial à perte de vue. Droit devant le pôle nord à 980 kilomètres. Pour l’atteindre, 60 jours de marche…

    Dans ce paysage dépouillé de tout artifice se mélangent calme et fureur de la Nature. De ces instants trop furtifs sur l’océan arctique glacial naît alors une intime conviction : revenir sur la banquise. Sibérie ? Canada ? Antarctique ? Groenland ? Je ne sais pas encore…

    « Une idée née sur la goélette Belle Poule »

    774290369.jpgComment conjuguez-vous alors Groenland oriental et Paul-Émile Victor ?
    - C’est lors d’un reportage sur la « Belle Poule », une goélette ancienne de la Marine que l’idée naît. Pendant un quart de nuit dans les eaux agitées de la mer du Nord.

    Clin d’œil à ma vocation polaire, c’est sur ce vieux gréement que le marin polaire Frédéric Chamard-Boudet achève sa carrière dans la Royale. De retour à Paris, je me plonge dans la lecture des aventures de Paul-Emile Victor. Je redécouvre alors toute la richesse des récits de ses années groenlandaises.

    Décidé à obtenir un blanc-seing des ayants droit de l’explorateur, j’expose mon idée à Daphné, sa fille et à Etienne Collomb, rédacteur en chef à l’agence Gamma. Ce dernier va me présenter le photographe Xavier Desmier, rompu et aguerri aux reportages en milieu polaire avec Jean-Louis Etienne ou le cinéaste Luc Jacquet (NDLR : le réalisateur du film « La marche de l’empereur »).

    Avec Xavier, nous allons construire le projet pierre à pierre. La famille Victor nous soutiendra activement dans nos démarches. Stéphane Victor, l’un des fils de l’explorateur, me donnera rapidement son accord pour venir avec nous au Groenland.

    11702175.jpgQuand et comment s’organisent vos reportages au Groenland oriental ?
    - Premier contact rugueux avec le Groenland lors d’un voyage de repérage en 2006. Au mois de janvier, c’est la nuit polaire. Cette semaine passée en solitaire est un véritable voyage intérieur. Je séjourne à Tasiilaq, la principale ville du Groenland oriental.

    Je n’y vois guère de monde. Routes et rues enneigées sont désertes à cause d’un vent violent glacial appelé pitterak. Il fait jour uniquement 3 heures par jour. Je rencontre néanmoins notre futur guide Inuit Tobias. J’ai également la chance de rencontrer Max Audibert, un Français installé là-bas depuis une quinzaine d’années.

    Tous les soirs, je dévore les récits de Paul-Émile Victor. Je m’imagine déjà derrière un traîneau et des chiens. Proche du cercle polaire, mon imaginaire s’enflamme ! A l’issu de ce séjour, je sais que notre projet est désormais faisable »
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