22.03.2012
PARFUMS PORTUAIRES #4

Après une enfance ensoleillée (Cf part 1 & part 2), Pierre Auzias est devenu un danseur professionnel chevronné (Cf part 3) quand sa vie va prendre un nouveau tournant en Normandie. Quatrième épisode d’une tranche de vie savoureuse à plus d’un titre…

« 1976. Je pars voir mes parents en résidence au centre de thalassothérapie de Granville. Coup de foudre !
La situation géographique de la ville, sa beauté tout comme celle de la côte que l'oeil balaye du nord de la Hague au Cap Fréhel à l'ouest, m'inspirent une halte. La « haute ville » austère, ceinturée de remparts, semble mystérieusement endormie sur son histoire.
Là, sous le cri des goélands qui planent au dessus des vieux toits d'ardoises, je découvre l’île de Chausey et plus haut Jersey.
Le marnage, modifiant sans cesse ce vaste paysage marin, me fascine également. Le bassin du port de pêche est plein de magnifiques « pêche-arrière », des chalutiers construits en chêne au chantier Servain et encore produits à un rythme soutenu.

COUREURS & PELLETAS
De jeunes marins, comme à Saint Malo, dans un sain climat de flibuste, peuplent alors les cafés avant de s'élancer dans les premières grandes courses océaniques.
Je revois le grand sloop « Pristis » qui s'apprête à courir Le Triangle Atlantique ou « Révolution », le superbe tonner flushdeck. Je me souviens aussi du passage de l'énorme « Club Med » avec Alain Colas seul à la barre passant fièrement l'écluse sous les applaudissements de la foule.
Je me rappelle également d’Éric Tabarly, dit « Pépé », grand fidèle des régates de doris de Chausey et tant d'autres.
La plaisance est alors en plein essor. On construit la toute nouvelle marina qui fait tousser quelques vieux « pelletas ».
Image pittoresque et quotidienne de ces vieux loups de mer silencieux, assis sur le granit du quai, la casquette vissée sur le crâne. Ils ne comprennent pas les parisiens qui, soudain, viennent désormais ici par centaines se faire laver pour le plaisir !
PREMIERS CROQUIS
Je retrouve les souvenirs de mon enfance à Cannes. C’est je crois cette nostalgie de la vie maritime qui me pousse à griffonner mes premiers croquis.
Des courbes ou des lignes coques échouées dans l'avant port, des scènes de vie quotidienne des gens de mer... Il y aura également des inspirations plus terrestres avec les ruines des abbayes, comme celles de Hambye ou de La Lucerne.

1977. Je reviens à Granville et y trouve un logis peu étanche sous les toits de la haute ville. L'eau de pluie goutte du plafond, directement sur mon papier. C'est pratique pour mes aquarelles !
Je suis ici heureux. Je retrouve l'air qui me manquait à Paris. De Granville, je peux cependant vite regagner la capitale ou d'autres villes pour y danser.
St Lô, Coutances, Bayeux, Caen… Je crée des associations dans ces « grandes villes » de Normandie pour y enseigner la danse.

D’ART & D’ESSAIS
Dans la petite maison de la place Cambernon dans la « haute ville », je racle, je m'acharne. Je fais des trous dans le papier. Je colle. Je récupère des sacs de patates que je maroufle. Je mélange et je broie mes poudres.
Je rencontre aussi de nombreux artistes qui ont tous choisi de travailler dans cette région. Toujours avide d'apprendre, je rends visite au fabuleux graveur Patrick Vernet à la générosité marquante.
Je retrouve aussi souvent sur le port le peintre Guy Désert. Il aime la pluie et m'explique ses gris vibrant déposés sur des fonds colorés.

Monsieur Marc P. Châtaigner Père, directeur de l'Aquarium du Roc, aquarelliste très sollicité m'enseigne quant à lui l’art des reflets aquatiques saisissants.
Je fais aussi la connaissance de Bernard Chenez, dessinateur chroniqueur au journal Le Monde, un interlocuteur respecté et très attendu chaque fin de semaine….
Je prends peu à peu goût à un autre beau métier, celui d’artiste-peintre, grâce à ces personnalités.

Pierre Imbourg, alors directeur de la revue « L'Amateur d'Art », publie l'oeuvre qu'il m’achète au salon des Bas Normands de Caen en 1977 et m'impose une côte. Du coup, les galeries me contactent.
Si une porte semble vouloir se fermer sur ma carrière de danseur, j'essaie bien au contraire de mener désormais ces deux activités de front.
« NE CRAIGNEZ PAS DE MOUILLER ! »
Plus tard ayant ainsi vaincu le stade des salissures, je décide d'aller consulter le « Maître de Chausey » qui me reçoit très gentiment une bière sur la table de la cuisine dont je me rappellerai encore longtemps.

Il étudie longtemps silencieux les études de bateaux que je lui ai apporté et de son franc parler littéraire conclut : « Je vois que vous ne confondez pas balancine et pataras, continuez donc ! Il n' y a pas de recettes, sinon mouiller ! Oui mouillez bien votre papier, mouillez ! Ne craignez pas de mouiller, vous verrez ! ».
Depuis ce jour là, la voix de Marin Marie a toujours été ma corne de brume et mon phare.
1980. L’illustre Marin Marie, peintre de la Marine depuis 1935, me propose d'entrer en contact avec un de ses collègues peintre titulaire de la marine pour me conseiller, en vue de postuler.

MARIN-MARIE BIENVEILLANT
J'attends 1982 pour présenter à Monsieur Henri Plisson (1908–2002), peintre titulaire, mon travail : « Vous serez pris, c'est excellent ! »
Échec ! Je ne suis pas retenu. Dans les couloirs du Musée de la Marine : un officier, casquette et toile sous le bras, tout aussi défait que moi, je suis blême, il est rouge de rage: « Ils ne prennent que des vieux c... 60 piges minimum! »
A la mort le 11 Juin 1987 de Monsieur Marin Marie, je perds un père spirituel. Décédé peu de temps après mon père, j'aurai le sentiment d'en perdre deux.

Aujourd'hui dans mon petit atelier au Groenland, je salue chaque jour religieusement le portrait que j’ai alors fait de lui pour l'immortaliser.
Coiffé d'une casquette de marin pêcheur « La Granvillaise », il me regarde par dessus ses demi foyers en souriant. Comme un clin d'oeil... » (À SUIVRE)
LIRE L'ÉPISODE 5
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12.03.2012
L’ART DES PIROUETTES #3

Avant de se consacrer à la navigation et à la peinture - ses deux passions - Pierre Auzias a été un danseur professionnel chevronné. Récit d’une tranche de vie virevoltante après une enfance ensoleillée (Cf. part 1 & part 2). Troisième épisode de la vie singulière de cet artiste-marin qui s'est d'abord accompli dans le monde de la danse. Une vie alors entre classes et spectacles...

« 1969 à Lyon, capitale des « gones ». L’heure est aux doutes. Depuis l'âge de 12 ans, je rêve de devenir danseur. J’en ai alors 15, trop tard pour être accepté comme « grand rat » à l'Opéra de Paris.
Sur l'esplanade du lycée, c'est la récré. J'interroge timide, une fille superbe et fière, sur l'origine de son superbe coup de pied.
Je lui confie mon secret et ce rêve fou de devenir danseur. Elle m'indique contre toute attente, souriante, l’existence des cours de Noëlla Bordoni, la seule professeur de danse classique de Lyon.

J'y cours prendre mes premières leçons de danse. Quelques pas de bourrées, de sissones et d’assemblés. J’y apprends aussi l'art des pirouettes et celui de faire des révérences à la fin des leçons.
À ce cours, nous ne sommes que deux garçons. Deux Lyonnais rêvant de devenir danseurs professionnels. Mon complice Christian fera d’ailleurs une brillante carrière chez Pina Bausch pendant que je m'essaierai à toutes les disciplines.

1972. J’ai 18 ans. Grande audition à Bruxelles. Je suis retenu à l'école Mudra, fondée par Maurice Béjart. Je suis fier.
Accidenté, je dois quitter à regret cette « ruche fantastique » où j’ai pu admirer au quotidien des inspirateurs comme Germinal Casado, Jorge Donn, Suzanne Farrell où Paolo Bortoluzzi.

Je reprends alors mes études à l'École Supérieure d'Études Chorégraphiques de Paris en 1973. Je suis aussi les classes techniques de monsieur Raymond Franchetti de l'Opéra dans son célèbre studio des étoiles, sis 4 Cité Véron.
J’y vois là-bas du beau monde. A 13 heures, c’était la classe des étoiles et des sujets. Raymond m’ y tolérait avec une poignée d’autres. Parmi les fidèles alignés à la barre, accompagnés par le piano enchanté d'Élisabeth Cooper, son fils Jean-Pierre Franchetti, Michael Denard, Rudy Brians, Zizi et Roland Petit. Noureev apparaît même parfois.

Entre classes et spectacles, je marche le long de la Seine. Je m'arrête sur les ponts, là où les vents d'Ouest m'amènent leur souffle iodé. La mer me manque…
Pourtant ma vie est passionnante, en compagnie de chorégraphes et de professeurs venant du monde entier. Je travaille ainsi chaque jour au centre d'un « triangle » allemand, russe et américain.
Mon langage s’enrichit vite au fil des rencontres et des courants artistiques, la pédagogie évoluant sans cesse, ma technique se perfectionne.

Je prends le temps de découvrir Karin Waehner et de dire adieu à Kurt Joss, le père de l'expressionnisme allemand. De même, Boris Kniassef, dernier pédagogue survivant des Ballets Russes de Diaghilev.
Je le vois encore rugir comme un tigre, martelant le tempo de sa canne sur le plancher des studios du Marais.
Je rencontre également, plus féline que je ne l’imaginais, Caroline Carlson que tout Paris courtise.
1980. Une proposition inattendue m’est faite dans la cour du palais des Papes à Avignon. Jennifer Müller et Louis Falco ont besoin pour leurs spectacles respectifs de danseurs afin de compléter leur compagnie.
Cette expérience restera un moment fort dans ma vie de danseur, comme auparavant « Aïda aux Chorégies » d'Orange en 1976.

Des représentations durant lesquelles nous dansons à demi nus derrière deux divas : Gildas Cruz Romo et Grace Bumbry.
Le Sida m’enlèvera brutalement nombre de mes amis de l’époque, dont ceux avec qui j'aurais voulu danser, encore et encore.
1983. Changements d’horizons et de cap. Je rencontre l'âme soeur péruvienne. C’est avec elle que je vais travailler et chorégraphier pendant 3 ans, tout en découvrant la Scandinavie. Nouvelles révélations… » (À SUIVRE)
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04.03.2012
LE GOÛT DE L’AÏOLI #2

Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Second épisode (Cf. part 1) d’une vie forcément foisonnante où sont convoqués l'Empereur, les grands voiliers, de Camille et du grand-père Eugène.
« Le soleil nous brûlait et les îles de Lérins à quelques encablures me donnaient déjà à 7 ans la soif d’aventure.
Le grand père de Grasse, Eugène plus bavard, lui nous parlait toujours de l'ancêtre pêcheur corse, le vieil Euphrate parti sans doute de l'île d'Elbe avec Bonaparte.
Grenadier de la garde impériale il avait suivi à pied l'Empereur dans toutes les batailles jusqu'aux adieux de Fontainebleau où l'Aigle lui remit sa médaille.

Ses histoires fort nostalgiques de prolétaire à col blanc nous décrivaient ensuite les mésaventures de son père Camille, maître gabier sur les grands voiliers qui faisaient le trafic de l'huile d'olive avec le nord de l'Afrique.
Lui aussi avait été courageux. Il avait décroché de sa vergue, un matelot assommé par une voile qui battait furieusement dans la tourmente, avant de s'écraser lui même sur le pont du navire. Amputé sur place d'une jambe brisée puis débarqué, il était devenu petit chef des douanes à Cannes et un des piliers du club de voile.

J'ai hérité de toutes ses médailles dont celle de son magnifique pointu gréé en cotre aurique, 70 pieds hors bout'.
Cette image en bronze me fit souvent rêver. Le grand père Eugène, chimiste parfumeur, devenu rapidement père de 3 garçons n'étant pas fortuné céda le beau cotre à des cousins qui l'entretenaient merveilleusement en embarquant les premiers touristes anglais pour la Corse.

Un jour, deux d'entre eux fort mal léchés, traitèrent ces deux frères de « poules mouillées » car le mauvais temps annoncé ne permettait pas la balade vers le Cap Corse. Piqués ils furent priés froidement d'embarquer et plus personne ne les revit.
Lorsque je suis parti pour la première fois en solitaire sur la marre aux canards en 1984 à bord de mon magnifique et regretté Cornu, Pen Coat III, Eugène eut le temps de s'écrier: « Fandaquelle ! Je pourrai mourir tranquille car il est bien lui aussi du Midi avec ses gènes de marin et son pilon pour l'aïoli ! » (À SUIVRE)
Un récit de Pierre Auzias
Photographies : DR
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26.02.2012
LES PETITS MORGEONS #1

Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Premier épisode d’une vie forcément foisonnante. il est question de son enfance très ensoleillée.
« La mer, l’aventure, les mondes polaires, la Nature… Mes tropismes trouvent leurs origines dans la plus tendre enfance où les étés se partageaient à Cannes chez les grands parents maternels et à Grasse pour ceux paternels.

À Cannes le jardin tropical était immense, je m'y perdais, dévorant les fruits gorgés de soleil, bouillant et juteux que me tendait la main de mon grand-père Pierre. Il m'impressionnait.
Je savais tout dont il ne disait rien. Ses 2 guerres, blessé à Verdun en 1917 par un éclat d'obus qui lui avait traversé la cuisse, à l'âge de 17 ans.

Résistant lors de la 2ème guerre, alors cheminot, il faillit mourir enfermé dans la chaudière d'une Pacific qu'il s'apprêtait sans doute à saboter, échappant ainsi aux soldats Allemands qui avaient fait irruption dans l'atelier.
Il apparaissait seulement pour me montrer les choses insolites, un capricorne ou un gros lucane : « Tu le veux petit ? » Il sortait alors de sa poche un flacon avec dedans une ouate imbibée d'éther.

Ainsi j'ai hérité à sa mort d'une superbe collection d'insectes tombés en poussière depuis. Il y avait même des tortues grecques qui passaient par là.
Je partais à la chasse aux gécos et autres énormes lézards verts dont j'avais une trouille bleue. Je comptais leurs cadavres alignés en fin de journée sur les marches de la villa. J'y pense souvent lorsque je pars à la chasse au phoque.

Pierre m’amenait me baigner au Palm Beach où un homme à moitié nu et tout bronzé qui sentait la praline nous vendait tous les jours un énorme beignet abricot.
Il chantait un air aguicheur en trébuchant dans le sable: « Beignet abricot, beignet abricot, ils font pousser les seins et grossir les fesses ! ».
Un autre résident, Henri Salvador, en traversant la plage pour aller se mouiller, nous attirait toujours dans son sillage. « Les petits morgeons » que nous étions lui courrions après car il nous faisait rire de ses pitreries... » (À SUIVRE)
Un récit de Pierre Auzias
Photographies : DR
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20.01.2012
CROCS EN STOCK

«L’œil de Ben», c’est un blog d'illustrations et de sons «pour le plaisir du comique de situation, avec des tas de sujets fascinants parfois les pieds dans l'eau et souvent inspirés du vécu» dixit son auteur. Une visite s’impose…
D’abord, la mer et la voile règnent en maîtres. Ce sont d’ailleurs ses «dadas». La preuve avec les rubriques Du Rhum au 240°, Avis de grand frais et Vendée Bulle ou les tribulations océaniques du skipper Roland Jourdain.
La vie de tous les jours inspire également Ben, alias Benoit de La Rochefordière, puisque l’intéressé n’hésite pas à mettre en ligne des situations cocasses de sa vie familiale comme les mots spontanés de ses trois petits moussaillons prénommés Jeanne, Chloé et Paul dans la rubrique Finis ton assiette.

Ses sources d’inspirations sont également variés puisque le dessinateur parle de cinéma (Nouvelle Vague), de la langue française et ses subtilités (Les mots pour le dire), de plongée sous-marine (Décompression siphonnée) ou des créations «exclusives et avant-gardistes» de ses moussaillons (Frigidaire Expo) tout en nous gratifiant de nombreux clins d’œil visuels et sonores.
Sur son bien nommé blog, Ben fait donc étalage de sa passion pour les croquis et les dessins en tous genres, sans évidement jamais se prendre au sérieux.

C’est grâce au porte-hélicoptères R97 LA JEANNE D’ARC que nous avons fait connaissance sur Internet. C’est sur la «vieille dame» qu’il a effectué son service militaire en 1987-88. Restent des souvenirs indélébiles de son embarquement à qui il dédie une rubrique très inspirée (Un jour La Jeanne) et une profonde affection pour la Marine militaire.

Un blog (au cri des mouettes) à l’humeur badine. Dans la droite lignée des Shadoks* souvent cités.
Savoureux, frais et vivifiant comme l’air du grand large…
Stéphane DUGAST
Illustrations © Ben

* : Les Shadoks : série télévisée d'animation française diffusée entre 1968 et 1973 en 208 épisodes de deux à trois minutes, relatant les mésaventures des Shadoks, des êtres aux apparences d'oiseaux (à ce jour toujours non identifiés), ainsi baptisés pour la consonance anglaise du nom et en clin d'œil au capitaine Haddock.

EN SAVOIR +
> Le site de Ben
http://www.ben-lr.com/
> L’œil de Ben sur Facebook
https://www.facebook.com/LOeildeBen#!/LOeildeBen
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