Ok

En poursuivant votre navigation sur ce site, vous acceptez l'utilisation de cookies. Ces derniers assurent le bon fonctionnement de nos services. En savoir plus.

BILLET - Page 5

  • AU ROYAUME DES GLACES #10

    PAUZIAS 10.jpg

    Danseur professionnel devenu artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour posé son sac au Danemark. Une escale scandinave longue durée durant laquelle il va multiplier les rencontres décisives comme celles qui vont lui permettre de devenir peintre de la Marine danoise (Cf part 9) et d’embarquer sur les « bateaux gris » de cette marine. Récit son premier embarquement à destination du grand Nord.

    012.jpg

    29 Mai 1994, j'embarque à bord du navire d'inspection HMDS* Triton, basé à Frédérikshavn, une station navale basée dans le Nord du Danemark. 

    Le navire d’inspection HMDS Triton est une frégate dite « brise glace », pouvant ainsi briser la glace à concurrence d’une épaisseur d’un mètre maximum à la différence d’un brise glace capable, quant à lui, de briser jusqu’à 4 mètres d’épaisseur.

    De surcroît, la flotte des brises glace, battant pavillon danois, se distingue par la couleur de sa coque (orange) et ses lignes car c’est un bâtiment tout en hauteur. La frégate restant plus «féminine» dans ses lignes.

    PAUZIAS 2.jpg

    DES FRÉGATES TOUT TEMPS

    Frégate donc brise glace construite en 1990 au chantier naval de Svendborg, le HMDS Triton est la deuxième de quatre frégates identiques (dites sister ships) portant comme noms de baptême : Thétis, Triton, Vædderen (le bélier) et Hvidbjørn (l’ours blanc).

    Ces 4 frégates sont principalement destinées aux missions d'inspection en Atlantique Nord et dans l'Océan Arctique. Elles sont équipées d'une plate-forme pour un hélicoptère de type Lynx. Bien abrité dans son hangar, l’aéronef peut être tiré sur une vaste plateforme d'où il peut décoller à tous moments et par tout temps.

    IMG_0374 copie.jpg

    Quant aux missions principales de ces frégates danoises, elles consistent à surveiller les eaux territoriales et internationales sous ces latitudes, veiller au respect de la souveraineté,  à l'inspection et au contrôle des pêches dans les eaux territoriales féroyennes et groenlandaises, participer aux opérations de recherche, d’assistance et de sauvetage ainsi qu’être au service des stations navales danoises situées dans les îles Féroé et au Groenland. 

    013.jpg

    DES MISSIONS VARIÉES

    Ces frégates remplissent également, au gré des besoins, d’autres missions comme le transport de malades ou de blessés par voie maritime ou aérienne, la mise à disposition du médecin du bord en mer comme à terre, l’assistance lors d'incendies terrestres ou maritimes, le transport de personnel militaire, des membres de la maison royale, du gouvernement ou du parlement ainsi que le transport de matériel.

    IMG_0414 copie.jpg

    Briser les glaces, surveiller le milieu marin, œuvrer à la recherche en biologie marine ou à des mesures hydrographiques, porter assistance à des expéditions scientifiques ou à des sociétés sur place, sont également les autres missions assignées à ces frégates d’inspection accueillant chacune un équipage de 70 hommes renouvelé tous les 3 mois. 


    Ces marins hors normes abordent d’ailleurs leur quotidien avec un grand sens de la camaraderie où leur humour, leur gentillesse et leur convivialité égayèrent mes séjours à bord.

    IMG_0416 copie.jpg

    À BORD DU « KAYAK »

    A mon embarquement, le commandant Peter Hesselballe m'accueille à bord m'offrant une cabine digne de celle d'un yacht avec salle de bain complète, toilettes, grande couchette convertible en sofa, table de travail et deux chaises de bridge.

    En prime : un coffre fort et un réfrigérateur ! Le tout dans un décor en bois de bouleau aux tentures bleu outremer.

    011.jpg

    De surcroît, le pacha m’offre le libre accès au mess des officiers où je prendrai tous mes repas. Je jouirai ainsi en excellente compagnie d'un salon à la filmathèque inépuisable.

    La climatisation et le bruit des turbines de propulsion à haute fréquence me disent cependant que je suis à bord d'un navire de guerre, puissant et rapide.

    A bord, les matelots appellent leur frégate le « kayak ». Je trouve évidemment que ces élancements racés en sont certainement la raison.

    IMG_0373 copie.jpg

    ESCALES & REPRÉSENTATIONS

    Eté 1994, le programme est chargé avec plusieurs inspections de trawlers, ces bateaux usines russes oeuvrant  sans relâche sur les bancs dans le sud ouest des Féroés. Journaux de bord, mailles de leurs chaluts et cargaisons sont ainsi dûment contrôlées.

    Notre quotidien sera également rythmé par l’observation occasionnelle de sous-marins ou autres navires non signalés. Visite et escale aux Féroé, Jubilé des 200 ans de Tromsø en Norvège, Tour d'Islande, visite de son Altesse Royale, la Princesse Bénédicte lors du Jubilé des 100 ans de Tassilaq, maintes missions de sauvetage, manœuvres diverses… Cap finalement sur le Danemark à la fin du mois d’Août 1994.

    IMG_0511 copie.jpg


    CARTE BLANCHE

    Au retour, le Musée de la Marine de Copenhague me commande en avril 1995 – et pour la première fois ! - une exposition reportage qui me permettra d'amener le public de l'autre côté de la barrière.

    Ce nouveau genre d'exposition conçu comme un vaste carnet de voyage, offre au public des textes sous forme d'articles ou d'anecdotes appuyés de petits ou grands formats peints.

    IMG_0320 copie.jpg

    Ce « complément » à d'autres médias, comme la photo ou le cinéma, se veut dépourvu de toute propagande et empreint de poésie. Cela m'amènera, après chaque voyage, à développer d'autres expositions à thèmes.

    Le Groenland me retrouve presque chaque année été comme hiver. Par 6 fois (en 1995, 1997, 2000, 2004 et 2005), il me sera proposé par l'Amirauté d'accompagner le Yacht Royal et la famille royale du Danemark.

    Août 1997, le Yacht Royal Dannebrog passera d’ailleurs le 75ème parallèle Nord, établissant le record de la plus haute latitude atteinte par un Yacht Royal.  

    (A SUIVRE)
    Photographies Jerzy Strzelesky & Marine danoise / Illustrations et peintures de Pierre Auzias

     > LIRE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT


    NOTE DE BAS DE PAGE //
    * : HMDS : c’est l’acronyme en danois de « Hendes Majestæt Drønningens skibet », soit dans la langue de Molière : « Le navire de sa Majesté la Reine ». A noter un acronyme du même type chez les Britanniques : HMSH, signifiant « Her Majesty Ship ».

     

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • L’HOMME QU’IL FAUT#9

    PAUZIAS 9.jpg

    Tour à tour danseur professionnel, artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour posé son sac au Danemark. Une escale scandinave de longue durée (Cf part 8) durant laquelle l’artiste va s’épanouir totalement. Neuvième épisode de la vie de Pierre-le-franski qui prend une tournure inattendue...

    « Sur les berges du canal de Christianshavn à Copenhague, l'ancien hôpital de la Marine Søkvæsthus, construit en 1780, abrite depuis 1989 le Musée Royal de la Marine Danoise.

    Les murs de briques, élégamment enduits de jaune de Naples, font se détacher l'affiche aux tons bleutés d'une Marine invitant à l'exposition rétrospective de Søren Brunøe (1916-1994), nommé en 1961 peintre de la Marine royale danoise.
    orlogsmuseet_500px copy.jpg
    UN DRÔLE D’INVITÉ

    19 Mai 1993, c'est un beau jour de printemps où ma carrière de peintre prend un tournant inattendu et historique. Un cocktail est donné dans la salle d'exposition temporaire Musée royal de la Marine danoise en hommage au peintre et à son oeuvre.

    Je ne suis pas invité mais je viens de présenter au directeur du musée un avant-projet composé d'aquarelles destinées à une éventuelle commande d'huiles.

    Ce travail de 3 mois vient de m'être définitivement refusé faute de finances. Mon amertume doit être visible, aussi plutôt que d'être raccompagné vers la sortie, le directeur du musée me propose de l'accompagner sur les lieux de la réception, mon dossier sous le bras...

    BrunoeKatalog01.jpg

    SILENCE DE PLOMB

    Il y a là de nombreux officiers des trois armées dans leurs uniformes et qui, leurs verres bien remplis à la main, s'expriment bruyamment. Une femme fort séduisante, après avoir échangé quelques mots avec moi, s'empare de mon dossier qu'elle présente à un Amiral à l'autre bout de la salle.

    Je reste interdit, puis fort mal à l'aise, curieusement mitraillé du regard par les invités dont les éclats de rires soudain se calment.

    Cette femme, secrétaire du cabinet du chef de l'état-major de la défense et qui vient d'éplucher mes études, m'invite en me les retournant à présenter un nouveau dossier à son chef dès que possible. Je comprends vite que Søren Brunøe, âgé et fatigué, n'a pas de successeur.

    brunoe-soren-1916-1994-sweden-h-m-s-duke-of-edinburgh-passin-2878822.jpg
    H.M.S. Duke of Edinburgh dépassant Gibraltar au petit matin (Søren Brunøe)


    PREMIÈRE MISSION

    Le 28 Mai 1993, tardant sans doute à répondre, un coup de téléphone de l'Amirauté sollicite quelques portraits des tous nouveaux navires à missions multiples dit « Flex » en m'informant qu'un laissez-passer m'attend à la station navale de Korsør.

    Je m'y rends curieux et y suis accueilli avec une grande gentillesse par un officier qui me fera conduire sur les quais par un sergent qui attend patiemment la journée durant que je termine pour envoyer le tout à l'amirauté.

    IMGP1405.jpg

    IN SITU

    Pas de réponses, mais le 25 Juin 1993 un message de la même secrétaire de l'Amiral me demande de me rendre dans la petite ville et port d'Holbæk au fond du fjord du même nom.

    Sur place : « toutes voiles dessus » affiche d'une manifestation annuelle qui attire nombre de vieux gréements de 15 à 120 pieds tous classés.

    La ville est en fête, la bière coule à flot et les torses des marins blonds, tâchés de goudron et de cachou, qui embaument partout, jouent et chantent sans trêve des spillemands, chants voisins des shanties britanniques.

    IMG_9591.jpg

    « VOUS SEREZ BIEN TRAITÉ »

    À l'ombre dans la salle d'exposition vide ou presque de tout public où j'expose les peintures réalisées sur le chantier de restauration de la frégate Jylland, j'attends l'Amiral et sa secrétaire pour guider leur visite.

    Dans un français impeccable, sans trace d'accent, il me serre la main avant de se retirer : « Vous êtes l'homme qu'il nous faudrait, réfléchissez, vous serez très bien traité. Appelez ma secrétaire directement ! ».

     

    Royal_Danish_Navy_Adirmal_s_Visor_Cap__048_2.jpg

    UNE DÉFI DE CHOIX

    Être reconnu au Danemark me laisse songeur mais il s'agit d'une chance que je ne rencontrerai nulle part ailleurs.

    M'embarquer à bord des navires de guerre danois pour y peindre le quotidien des marins et sans doute les mers polaires de la Norvège au Groenland, participer aux fameuses inspections en Atlantique Nord et en Arctique reste un défi unique et extrêmement motivant.

    J'accepte et me rends à Forsvarskommandoen, l'état-major des armées où l'Amiral Arvid Sørensen, Merete A.Henriksen, sa secrétaire et moi sablons le champagne.

    Ma première mission officielle m'est confiée. La station navale de Holmen, construite en 1690, connue comme étant le plus grand employeur du pays, doit être démantelée.

    OLFIVenderHjem.jpg

    ENFIN NOMMÉ

    C’est un scandale national entraînant le déplacement du personnel et un nombre considérable de démissions de ceux qui ne veulent pas se faire muter. Le thème de l'exposition, révélant le démontage lamentable de ce port historique, est présenté à l'école des officiers de la Marine royale.

    C’est dans ce contexte, le 23 janvier 1994, que ma nomination est annoncée dans tous les quotidiens nationaux danois.

    Søren Brunøe, mon prédécesseur, décède le 31 Mai 1994 quelques jours avant mon embarquement pour un périple de 12 000 milles en Atlantique Nord et vers le Groenland... »

    À SUIVRE
    Photographies : DR - Peintures : Pierre Auzias sauf mention contraire

    > LIRE LA SUITE

    > LIRE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • LA VOIE ROYALE #8

    PAUZIAS 8.jpg

    Danseur professionnel, artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour décidé de poser son sac au Danemark. Une escale scandinave longue durée (Cf part 7) durant laquelle il va multiplier les bonnes et belles rencontres. Huitième épisode de la vie de Pierre le franski qui devient peu à peu prophète dans son nouveau pays…

    SAK-Svendborg.jpg

    « Je sélectionne mes peintures par thèmes que je propose  sur différents lieux comme les bibliothèques et les « Kunstforening ».

    Ces associations d'art que toutes les grandes sociétés danoises et scandinaves cultivent sont des systèmes efficaces qui leur permettent d'investir et de placer de l'argent en achetant des oeuvres d'art tout en permettant à leurs employés d'en profiter.

    18131-01.jpg

    Les employés, qui sont membres de ces associations d'art, cotisent d'une somme symbolique qui leur permet chaque année d'acquérir une oeuvre originale lors d'une loterie organisée par leur société.

    Connu ou peu connu, l'artiste peut ainsi toujours se présenter aux Kunstforenings  de Novo Nordisk, DSB ou Danmark Radio et y établir une clientèle parallèle à celle des galeries.

    Il faut alors être très incompétent pour ne pas ainsi arriver à être reconnu au Danemark afin de vivre normalement de ses productions. Les sociétés danoises sont de véritables musées et le cadre de vie des travailleurs est ainsi très agrémenté. De plus, les achats d' oeuvres d'art sont déduits des impôts.

    SAS-Copenhagen.jpg

    COQUE ILLUSTRE

    Je propose mes services aux chantiers archéologiques qui ont lieu un peu partout sur le territoire danois comme lors de quelques belles journées de printemps mémorables dans les marais des environs de Sønderborg où fut découvert entre 1859 et 1863 par Conrad Engelhardt trois navires datant de l'âge de fer, dont le fameux Nydambåd (250/500 après JC). 

    Nydamb_den.sized.jpg

    Ces humbles expériences vécues comme « une mouche sur un mur » m'apportent le merveilleux extrait de la boue. Je croque un peu de tout, des lances, des haches, des flèches, des fibules, des onyx marqués de runes, des débris d'épaves, des scènes d'excavations ou encore des portraits d'archéologues qui séduits m'amènent à exposer certains de ces originaux au musée national de Copenhague.

     Ebeltoft-Daenemark-a18175390.jpg

    LES POUVOIRS DE LA FRÉGATE

    Ayant pris un peu d'assurance, je suis tenté d'aller visiter l'impressionnant chantier de restauration de la frégate Jylland mise en cale sèche en la ville d'Ébeltoft.

    C'est en 1864 que la frégate Jylland sous le commandement de la frégate (et sister-ship) Niels-Juel ainsi que la corvette Hjemdal anéantiront la flotte prussienne au large de l'île d' Helgoland.

    Il est 16 heures un soir d'été, un travailleur en bleu me ferme la porte au nez. J'ai du avoir l'air surpris en restant là, les yeux rivés sur les 86 mètres hors tout de ce navire.

    Le grand viking à moustache se retourne :

    - « Elle te plaît ? C’est actuellement la plus grande frégate du monde construite en chêne ! US Convention tiendrait dans ses structures… Tu dessines ? Alors attends moi là ! »

    IMG_9279.jpg

    UNE FOLLE NUIT

    Bernt Kure est en fait l'architecte en chef du projet de restauration. On part au pub et après avoir « râflé » au jeu de dés une bonne partie de la nuit on rend visite aux femmes qui admirent son côté bohème et qui comme lui sont insomniaques.

    Nous buvons bières et café ici et là pour finalement, le jour pointant, griller des saucisses et du bacon dans un wagon tiré au milieu d'un champ au pied de 5 éoliennes géantes vibrant « arrière toute » comme un 500 tonneaux !

    Il y a dans ce champ des dizaines de haches et des pointes en silex multicolores datant de l’âge de pierre. Il suffit de se baisser pour les ramasser…

    IMG_9278.jpg

    PREMIERS PAS

    De retour au chantier Bernt me présente au personnel. Une quarantaine de charpentiers de marine et de forgerons taillés comme des armoires. Peu loquaces, je les trouve néanmoins sympathiques d'allure :

    - « Pierre peint les bateaux et il aimerait suivre la restauration, étudier votre travail. Je crois que c'est une bonne idée, on lui propose le job de peintre si Jørgen accepte ? »

    Certains gars sourient en branlant du chef, d'autres haussent les épaules :

    - « Et pourquoi faire ? »

    Bernt leur répond:

    - « Pour actualiser notre vieille iconographie… »

    IMG_9280.jpg

    Jørgen Petersen, directeur du projet, ex-directeur de la Croix Rouge Internationale, homme d'affaire réputé et redoutable fut capable durant 6 ans d'amasser la somme de 400 millions de couronnes (soit 53 millions d'euros) nécessaires à la restauration du navire.

    Jørgen, l'introduction de Bernt terminée, lisse sa barbe, me pénètre de son regard bleu terriblement intimidant  et lance comme irrité à Bernt :

    - «  OK ! Quand commence t'il ? »

     IMG_9276.jpg

    Vue du fond du radoub où l’hélice est montée sur élévateur afin qu’elle ne soit pas endommagée par les boulets des canons ennemis. Jylland, Sealland, Niels Juhl et Fyn étaient les 4 premières frégates mixtes danoises équipée de moteur à vapeur (Pierre Auzias)

     

    NAVIRE-ÉTENDARD

    Je reviendrai sur place quatre fois par an, durant 5 ans, accumulant ainsi une iconographie qui décore aujourd'hui le musée.

    Jylland avait résisté au temps. 132 ans après sa construction, le 24 mars 1994, l'armateur Mærks McKinney Møller restitue à son Altesse Royale le Prince Consort Henri du Danemark, protecteur du projet, ce fabuleux navire de 231 pieds de long et de haut, totalement restauré et depuis ouvert au public. Y défilent désormais à son bord 250 000 visiteurs chaque saison.

    IMG_9271.jpg

    Peinture de Pierre Auzias, exécutée sur place lors de la restauration de la frégate Jylland, représentant le remplacement de la pièce d’étrave (Pierre Auzias)


    Durant ces 5 ans, deux fois par an, au printemps et à l'automne, un déjeuner protocolaire organisé par le directeur Jørgen Petersen, regroupaient 350 directeurs de sociétés entourant le Prince Consort, le Chambellan de sa Majesté et l'armateur Mærks McKinney Møller.

    Invité avec les travailleurs  à ces festivités, j'ai eu le plaisir de pouvoir chaque fois échanger quelques mots en ma langue natale avec le Prince Henri qui au fil du temps se montra curieux de mes progrès… »

    À SUIVRE
    Photographies : DR - Peintures : Pierre Auzias


    LIRE LA SUITE

    > LIRE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT


    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • VISIONS SCANDINAVES #7

    PAUZIAS 7.jpgArtiste-peintre & danseur professionnel (Cf part 6), Pierre Auzias va multiplier les navigations et les escales les plus exotiques. Un nouvel hasard va pourtant lui faire poser son sac en Scandinavie. Septième épisode de la vie d’un homme devenu un temps immobile au Danemark son nouveau pays.

    Postcard_Denmark_20100730a.jpg

    Rentrer est toujours un sain réflexe lorsque soudain l'ennui gagne. Peu importe la durée de l'escale lorsque l'on sait que l'on repartira. 

    Le Musée d'Art Moderne de Louisiana au Danemark m'a accueilli en janvier 1984 pour une performance en compagnie de la danseuse péruvienne Martha Donoso.

    SAC À TERRE

    Le Danemark, j'ai d’emblée aimé ce pays. La qualité de vie, les rencontres… Les débouchés professionnels en découlant (de caractère souvent spontanés) me poussent à m'installer ici.

    19143.JPG

    J'accepte que désormais il me faille apprendre le danois, langue difficile car très inarticulée mais cependant très riche. La meilleure méthode est d'en reconnaître les sons, de parler la langue avant de l'écrire.

    La littérature danoise est passionnante, proche du norvégien et du suédois. Ainsi est-il possible de parler et de lire trois langues une fois le danois acquis. La culture scandinave n'est accessible en profondeur qu'à cette condition.

    7021e1ac-6c61-11de-aa89-02cfb43838bf.jpg

    MOLLES TRAJECTOIRES ?

    Dès 1986, je vis avec deux cultures parallèles, la latine et la scandinave. Je suis décidé à en exploiter tous les privilèges.

    L'art de la danse - essentiellement représenté par Bournonville au Théâtre Royal -  contraste avec la rigueur russe. Les trajectoires qui semblent effleurer l'espace me semblent molles. Les « Modernes » arrivent à peine avec les compagnies de Martha Graham et d'Alain Ailey.

    Trevor Davies, un anglais, a créée une série de festivals sur tout le Danemark dès 1979. Des artistes de toutes disciplines, importés principalement de l'étranger, influencent alors peu à peu les créateurs et le public danois.

    DCP_1488.jpg
    La ville de Frederiksværk dans le Nord du Sjælland, à l’embouchure du fjord de Roskilde, dans laquelle s’installe Pierre Auzias.

    DANSE & THÉÂTRE

    C'est l'époque de l'art sauvage et iconoclaste au discours nihiliste qui crache cyniquement sur le conservatisme baroque et doré.

    Mes marines du dimanche font bien rire les galeristes. C'est là, la leçon dont j'avais besoin et qui me fera passer du dessin coloré à une expression picturale véritablement peinte.

    Je chorégraphie encore réalisant quelques pièces de 1986 à 1991, tout en enseignant à l'école de théâtre d'Aarhus et à la seule école de danse d'Etat de Copenhague.

    379243.jpg

    CHANTIER EXPRESS

    Été 1990, escale en France au Guilvinec. Je restaure en hâte un mousquetaire club dont le puits de dérive un peu mûr cède dans le port de Perros-Guirec.

    L'eau atteignant ma couchette me réveille. Je pompe. Je sors du port, je l'échoue sur la première plage et je colmate avant de remonter un peu tardivement au Danemark sous pilote, bien au sec sous sa bulle en plexiglas.

    Ce sera là mon atelier d'été dès l'année suivante.

    IMG_9281-1.jpgSeptembre 1990, arrivée du Mousquetaire Club au Danemark.


    Las de payer les danseurs avec mes honoraires de chorégraphe lorsque je produis une pièce, je me retirerai quasi définitivement de la scène le 11 Juin 1991, le jour de la naissance de ma fille Maren.

    Maren : un vieux prénom viking signifiant « celle qui vient de la mer »…

    IMG_9285.jpg
    Thit : du nom de l’écrivain danois féministe Thit Jensen. L'une des restaurations de Pierre Auzias. Un Kadrejerjolle de Dragør construit en 1888.

    CABOTAGES NORDIQUES

    Mon plaisir à parcourir le Danemark pour le peindre est réel. Les côtes sauvages de l'ouest du Jytland, le long desquelles le vent ne souffle durant l'hiver que rarement au dessous de 45 noeuds, me laissent des souvenirs inoubliables.

    De l'autre côté de cette immense presqu’île, à l'Est, de vieux passeurs (de tout tonnage) desservent des centaines de petites îles.

    Denmark1stamp.jpg

    Partout, ce riche patrimoine maritime que l'on restaure sans cesse. Autant de sujets d’inspirations inépuisables. Les danois - connaissant tous parfaitement leur histoire - savent de surcroît en parler. Aborder l’un de ces marins et sa réponse sera toujours riche d'anecdotes.

    SUR LA ROUTE

    Pour y mettre un landau et mon chevalet, j'achète mon atelier d'hiver : une superbe Volvo Amazon de deux litres avec over drive. Elle a 500 000 kilomètres et ne consomme qu'un petit litre d’huile aux mille kilomètres !

    volvo-amazon-1956.jpg

    Je cultive dans cet habitacle d'avion l'ancien bonheur de la conduite. En vrai touriste, j'épluche la carte routière de mon nouveau pays où le bonheur de peindre en regardant grandir mon enfant devient mon leitmotiv… »

    > À SUIVRE

    > LIRE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

    Photographies : DR

     

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • CŒUR MARIN #6

    PAUZIAS 6.jpg

    Tour à tour danseur professionnel puis artiste-peintre (Cf part 4), Pierre Auzias va se passionner pour les océans au point de devenir un marin navigateur émérite. (Cf part 5). Sixième épisode de sa vie qui va dorénavant s’écrire dans les embruns et dans les alizés.

    IMGP1145.jpg

    « Thalia », le premier voilier de Pierre Auzias ici à la Pointe d’Agon en 1979

    « Premiers cabotages sur « Thalia », un sloop de 23 pieds. L’habitacle de mon petit voilier ne suffit plus pour étaler mes peintures dont les formats s’agrandissent avec l'expérience.

    1982, l'argent de mes danses et des tableaux me permet d'envisager de revendre « Thalia » pour m'offrir deux mètres de plus.

    FAGOTIN-CRSCT-05.jpg

    C'est sur la Rance au chantier de la mère Brosselin que je trouve le voilier qui restera le plus racé de tous ceux que j'ai possédé. Un plan Eugène Cornu de 32 pieds au joli cul canoë, construit en 1968 au chantier Hamel du Havre.

    « Pen Coat III » que je ne débaptise pas s'est, paraît-il, illustré dans les courses comme celle de Cowes-Dinard ou de l'Edhec. Échouée sur d'immenses béquilles, démâtée et flanquée d'un taud intégral, elle m'attendait.

    PAUZIAS 5.1.jpg
    « Pen Coat III » échouée sur la Rance avant prise de possession
     

    UNE BUGATTI DES MERS

    Son propriétaire, un célèbre avocat de Paris ne se souvenait plus du prix qu'il avait indiqué au chantier. Je lui fixe moi-même l'enchère, heureux qu'il l'accepte !

    C’est un chef d'oeuvre de charpenterie marine. Les bordés en acajou rouge du Brésil sont rivetés cuivre sur des membrures en acacia aux reflets ambrés, sans colle ni calfat. Tout l’accastillage est en inox. C’est une Bugatti des mers.

    Taillée pour remonter au vent, sa coque pendule sous le fort alizé à 45 degrés de la verticale sous roulis rythmique. Pour franchir les 90 degrés affichés au clinomètre, 1,8 seconde. 25 jours durant de Goméra à Fort de France. Bourrer une pipe tient du prodige et faire un oeuf au plat d’un sortilège.

    IMGP1152.jpg
    Avec mon vieil ami Édouart Marie en 1984 à bord de « Pen Coat III » 
    au mouillage des Huguenans à Chausey avant ma premiére traversée de l’ Atlantique.

    UN ESPRIT DE LIBERTÉ

    Dans les canaux antillais, tout dessus, au travers de l'alizé, il s'envole comme une mouette que les dauphins joueurs ne parviennent à rattraper. Je n'ai jamais eu de pareil  bateau depuis.

    Il n' y a que chez les chiens de traîneaux que je retrouve cette hargne à bousculer les éléments naturels. Ce bateau infernal en mer est au mouillage un atelier enchanteur que je partage avec Kukuli, un canari qui siffle pour moi la liberté.

    La danse retrouvée auprès de la chorégraphe Martiniquaise Josiane Antourel, nous créons au Parc Floral sous la tutelle de Jean Paul Césaire, directeur du centre culturel du Sermac,l'atelier de danse contemporaine de Fort-de-France.

    IMGP1146.jpg
     Arrivée de « Pen Coat III » à Fort de France le 30/12/1984

    Cette expérience vécue, je repars à la voile visiter les îles du sud. Je vis de mes peintures prodiguant des portraits de yachts, de paysages, scènes de marché où je fais enrager les femmes qui refusent d'être croquées.

    Je leur offre leurs portraits pour acheter leur amitié et regagne toujours mon bord chargé d'ignames et de bananes.

    F100949~Caraibes-Antilles-Affiches.jpg

    CHEZ LES « GLOBES-FLOTTEURS »

    Je vis simplement en dégustant mes pêches, découvre le monde et cette grande famille de « globe flotteur » au gré des mouillages des Caraïbes.

    Avant que la douce indolence propre aux îles me gagne, j'offre « Pen Coat III » à un jeune couple de vagabonds qui attendaient un bébé.

    À la mort de Kukuli, le petit canari qui ne supporta pas cette décision, je rentre sur l'Europe »

    (À SUIVRE)

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • VENTS PORTANTS #5

    PAUZIAS 5.jpg

    Danseur professionnel chevronné, Pierre Auzias va un jour devenir artiste-peintre (Cf part 4). Installé en Normandie, il découvre également la mer et va peu à peu s’initier aux plaisirs de la navigation. Cinquième épisode d’une vie aux mille et une facettes.

    « Dans le train entre Paris et Granville ce fameux été 1976, je lis mon tout premier magazine de voile. Deux voiliers sont à l'essai et bientôt commercialisables en France. « Le Romanée », sloop de 32 pieds, de Philippe Harlé construit en aluminium et « L'Élor 65 » en polyester dessiné par le champion olympique et architecte naval Danois Paul Elvström.

    Je me prends à rêver d'escapade à bord du plus petit où déjà l'on peut vivre assis ou courbé, se faire à manger tout en naviguant. Naviguer ? J'ignore encore tout de cela…

    05.jpg

    NAVIGATIONS AU 1/10ème

    Je construis alors de véritables maquettes de voiliers que je lance de la plage du Plat-Gousset derrière le Casino. Je ne trouve rien de mieux pour apprendre à naviguer, régler les voiles, faire du rase cailloux et comprendre les courants. Tout cela flanqué du traité de navigation des Glénans que je lis désormais partout.

    Il me suffit de comprendre tout cela à l'échelle 1/10° avant d'arpenter les pontons de la toute nouvelle marina de Granville pour trouver un propriétaire en quête d'équipier et ainsi valider mon expérience à l'échelle supérieure.

    granville.jpg

    LES CONSEILS DE « TONTON »

    Pierre Blouet, dit « Tonton », m'adopte et nous sommes encore de nombreux « nièces » et « neveux » à nous souvenir de cette personnalité granvillaise.

    Son bateau « Grand Gamin », un magnifique sloop de 33 pieds, interpelle par sa couleur grise militaire et ses lignes hydrodynamiques de sous-marin ou de suppositoire !

    « Tonton » avait dessiné et construit son bateau qui était un chef d'œuvre d'ergonomie et de trouvailles, comme son moteur de Simca 1000, dont l'hélice actionnée par transmission hydraulique montée sur une rampe s'immergeait du cockpit par une jolie petite manivelle décorée de perles en chêne verni.

    960100.gif

    Je revois ce vieux marin, grand et calme qui jamais ne quittait son cockpit pour effectuer quelque manoeuvre que ce soit. Aux retours de ses sorties ,nous étions nombreux à nous presser dans le carré douillet de ce rebelle, pour l'écouter refaire le monde.


    PREMIERS BORDS

    Son bateau l'avait amené de l'autre côté de la mare aux canards. C'est bien lui qui me persuadera enfin d'en faire autant. Prudent cependant, j'achète « Thalia » durant l'été 1979. Un petit Sargue, plan Sergent construit chez Croizer à Sartrouville en 1963.

    IMGP1145.jpg

    « Thalia », ici à la Pointe d’Agon en 1979

    Le petit sloop de 23 pieds tout d'acajou m'offre le bonheur de ma première navigation en solitaire de 9 milles de la Pointe d'Agon à Granville. Puis défilent les avens et les rivières bretonnes ainsi que leur motifs irrésistibles.

    Je passe souvent Noël et le Nouvel An, seul à bord, mouillé dans quelques criques de Chausey me régalant d'un verre de vin en écoutant le vent gémir dans les haubans, les pas des fantômes sur les grèves où plus rassurante, l'étrille de pacotille qui gratte le sable au fond de la souille creusée par la quille »

    (À SUIVRE)

    LIRE L'EPISODE 6

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • PARFUMS PORTUAIRES #4

    PAUZIAS 4.jpg

    Après une enfance ensoleillée (Cf part 1 & part 2), Pierre Auzias est devenu un danseur professionnel chevronné (Cf part 3) quand sa vie va prendre un nouveau tournant en Normandie. Quatrième épisode d’une tranche de vie savoureuse à plus d’un titre…

    Carte-postale-granville-plage.jpg

    « 1976. Je pars voir mes parents en résidence au centre de thalassothérapie de Granville. Coup de foudre !

    La situation géographique de la ville, sa beauté tout comme celle de la côte que l'oeil balaye du nord de la Hague au Cap Fréhel à l'ouest, m'inspirent une halte. La « haute ville » austère, ceinturée de remparts, semble mystérieusement endormie sur son histoire.

    Là, sous le cri des goélands qui planent au dessus des vieux toits d'ardoises, je découvre l’île de Chausey et plus haut Jersey.

    Le marnage, modifiant sans cesse ce vaste paysage marin, me fascine également. Le bassin du port de pêche est plein de magnifiques « pêche-arrière », des chalutiers construits en chêne au chantier Servain et encore produits à un rythme soutenu.

    828.jpg

    COUREURS & PELLETAS

    De jeunes marins, comme à Saint Malo, dans un sain climat de flibuste, peuplent alors les cafés avant de s'élancer dans les premières grandes courses océaniques.

    Je revois le grand sloop « Pristis » qui s'apprête à courir Le Triangle Atlantique ou « Révolution », le superbe tonner flushdeck. Je me souviens aussi du passage de l'énorme « Club Med » avec Alain Colas seul à la barre passant fièrement l'écluse sous les applaudissements de la foule.

    Je me rappelle également d’Éric Tabarly, dit « Pépé », grand fidèle des régates de doris de Chausey et tant d'autres.

    pub paris granville 1902.JPG

    La plaisance est alors en plein essor. On construit la toute nouvelle marina qui fait tousser quelques vieux « pelletas ».

    Image pittoresque et quotidienne de ces vieux loups de mer silencieux, assis sur le granit du quai, la casquette vissée sur le crâne. Ils ne comprennent pas les parisiens qui, soudain, viennent désormais ici par centaines se faire laver pour le plaisir !

    PREMIERS CROQUIS

    Je retrouve les souvenirs de mon enfance à Cannes. C’est je crois cette nostalgie de la vie maritime qui me pousse à griffonner mes premiers croquis.

    Des courbes ou des lignes coques échouées dans l'avant port, des scènes de vie quotidienne des gens de mer... Il y aura également des inspirations plus terrestres avec les ruines des abbayes, comme celles de Hambye ou de La Lucerne.

    IMG_9071.jpg

    1977. Je reviens à Granville et y trouve un logis peu étanche sous les toits de la haute ville. L'eau de pluie goutte du plafond, directement sur mon papier. C'est pratique pour mes aquarelles !

    Je suis ici heureux. Je retrouve l'air qui me manquait à Paris. De Granville, je peux cependant vite regagner la capitale ou d'autres villes pour y danser.

    St Lô, Coutances, Bayeux, Caen… Je crée des associations dans ces « grandes villes » de Normandie pour y enseigner la danse.

    granville-ville-granville-t-seni-jpg.jpg

    D’ART & D’ESSAIS

    Dans la petite maison de la place Cambernon dans la « haute ville », je racle, je m'acharne. Je fais des trous dans le papier. Je colle. Je récupère des sacs de patates que je maroufle. Je mélange et je broie mes poudres.

    Je rencontre aussi de nombreux artistes qui ont tous choisi de travailler dans cette région. Toujours avide d'apprendre, je rends visite au fabuleux graveur Patrick Vernet à la générosité marquante.

    Je retrouve aussi souvent sur le port le peintre Guy Désert. Il aime la pluie et m'explique ses gris vibrant déposés sur des fonds colorés.

    IMG_9074.jpg

    Monsieur Marc P. Châtaigner Père, directeur de l'Aquarium du Roc, aquarelliste très sollicité m'enseigne quant à lui l’art des reflets aquatiques saisissants.

    Je fais aussi la connaissance de Bernard Chenez, dessinateur chroniqueur au journal Le Monde, un interlocuteur respecté et très attendu chaque fin de semaine….

    Je prends peu à peu goût à un autre beau métier, celui d’artiste-peintre, grâce à ces personnalités.

    IMG_9069.jpg

    Pierre Imbourg, alors directeur de la revue « L'Amateur d'Art », publie l'oeuvre qu'il m’achète au salon des Bas Normands de Caen en 1977 et m'impose une côte. Du coup, les galeries me contactent.

    Si une porte semble vouloir se fermer sur ma carrière de danseur, j'essaie bien au contraire de mener désormais ces deux activités de front.

    « NE CRAIGNEZ PAS DE MOUILLER ! »

    Plus tard ayant ainsi vaincu le stade des salissures, je décide d'aller consulter le « Maître de Chausey » qui me reçoit très gentiment une bière sur la table de la cuisine dont je me rappellerai encore longtemps.

    1860.jpg

    Il étudie longtemps silencieux les études de bateaux que je lui ai apporté et de son franc parler littéraire conclut : « Je vois que vous ne confondez pas balancine et pataras, continuez donc ! Il n' y a pas de recettes, sinon mouiller ! Oui mouillez bien votre papier, mouillez ! Ne craignez pas de mouiller, vous verrez ! ».

    Depuis ce jour là, la voix de Marin Marie a toujours été ma corne de brume et mon phare.

    1980. L’illustre Marin Marie, peintre de la Marine depuis 1935, me propose d'entrer en contact avec un de ses collègues peintre titulaire de la marine pour me conseiller, en vue de postuler. 

    image_gallery.jpg

    MARIN-MARIE BIENVEILLANT

    J'attends 1982 pour présenter à Monsieur Henri Plisson (1908–2002), peintre titulaire, mon travail : « Vous serez pris, c'est excellent ! »

    Échec ! Je ne suis pas retenu. Dans les couloirs du Musée de la Marine : un officier, casquette et toile sous le bras, tout aussi défait que moi, je suis blême, il est rouge de rage: « Ils ne prennent que des vieux c... 60 piges minimum! »

    A la mort le 11 Juin 1987 de Monsieur Marin Marie, je perds un père spirituel. Décédé peu de temps après mon père, j'aurai le sentiment d'en perdre deux.

    9782742410910FS.gif

    Aujourd'hui dans mon petit atelier au Groenland, je salue chaque jour religieusement le portrait que j’ai alors fait de lui pour l'immortaliser.

    Coiffé d'une casquette de marin pêcheur « La Granvillaise », il me regarde par dessus ses demi foyers en souriant. Comme un clin d'oeil... » (À SUIVRE)

    LIRE L'ÉPISODE 5

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • L’ART DES PIROUETTES #3

    PAUZIAS 3.jpg

    Avant de se consacrer à la navigation et à la peinture - ses deux passions - Pierre Auzias a été un danseur professionnel chevronné. Récit d’une tranche de vie virevoltante après une enfance ensoleillée (Cf. part 1 & part 2). Troisième épisode de la vie singulière de cet artiste-marin qui s'est d'abord accompli dans le monde de la danse. Une vie alors entre classes et spectacles...

    LYON affiche1925.jpg

    « 1969 à Lyon, capitale des « gones ». L’heure est aux doutes. Depuis l'âge de 12 ans, je rêve de devenir danseur. J’en ai alors 15, trop tard pour être accepté comme « grand rat » à l'Opéra de Paris. 

    Sur l'esplanade du lycée, c'est la récré. J'interroge timide, une fille superbe et fière, sur l'origine de son superbe coup de pied.

    Je lui confie mon secret et ce rêve fou de devenir danseur. Elle m'indique contre toute attente, souriante, l’existence des cours de Noëlla Bordoni, la seule professeur de danse classique de Lyon.

    securedownload-1.jpeg

    J'y cours prendre mes premières leçons de danse. Quelques pas de bourrées, de sissones et d’assemblés. J’y apprends aussi l'art des pirouettes et celui de faire des révérences à la fin des leçons.

    À ce cours, nous ne sommes que deux garçons. Deux Lyonnais rêvant de devenir danseurs professionnels. Mon complice Christian fera d’ailleurs une brillante carrière chez Pina Bausch pendant que je m'essaierai à toutes les disciplines.

    MBEJART.jpg

    1972. J’ai 18 ans. Grande audition à Bruxelles. Je suis retenu à l'école Mudra, fondée par Maurice Béjart. Je suis fier.

    Accidenté, je dois quitter à regret cette « ruche fantastique » où j’ai pu admirer au quotidien des inspirateurs comme Germinal Casado, Jorge Donn, Suzanne Farrell où Paolo Bortoluzzi.

    NOUREEV 2.jpg

    Je reprends alors mes études à l'École Supérieure d'Études Chorégraphiques de Paris en 1973. Je suis aussi les classes techniques de monsieur Raymond Franchetti de l'Opéra dans son célèbre studio des étoiles, sis 4 Cité Véron.

    J’y vois là-bas du beau monde. A 13 heures, c’était la classe des étoiles et des sujets. Raymond m’ y tolérait avec une poignée d’autres. Parmi les fidèles alignés à la barre, accompagnés par le piano enchanté d'Élisabeth Cooper, son fils Jean-Pierre Franchetti, Michael Denard, Rudy Brians, Zizi et Roland Petit. Noureev apparaît même parfois.

    paris-pont-alexandre-III-resize.jpg

    Entre classes et spectacles, je marche le long de la Seine. Je m'arrête sur les ponts, là où les vents d'Ouest m'amènent leur souffle iodé. La mer me manque…

    Pourtant ma vie est passionnante, en compagnie de chorégraphes et de professeurs venant du monde entier. Je travaille ainsi chaque jour au centre d'un « triangle » allemand, russe et américain.

    Mon langage s’enrichit vite au fil des rencontres et des courants artistiques, la pédagogie évoluant sans cesse, ma technique se perfectionne.

    securedownload.jpeg

    Je prends le temps de découvrir Karin Waehner et de dire adieu à Kurt Joss, le père de l'expressionnisme allemand. De même, Boris Kniassef, dernier pédagogue survivant des Ballets Russes de Diaghilev.

    Je le vois encore rugir comme un tigre, martelant le tempo de sa canne sur le plancher des studios du Marais.

    Je rencontre également, plus féline que je ne l’imaginais, Caroline Carlson que tout Paris courtise.DANSE.jpg

    1980. Une proposition inattendue m’est faite dans la cour du palais des Papes à Avignon. Jennifer Müller et Louis Falco ont besoin pour leurs spectacles respectifs de danseurs afin de compléter leur compagnie.

    Cette expérience  restera un moment fort dans ma vie de danseur, comme auparavant « Aïda aux Chorégies » d'Orange en 1976.

    CHOREGIES.jpg

    Des représentations durant lesquelles nous dansons à demi nus derrière deux divas : Gildas Cruz Romo et Grace Bumbry.

    Le Sida m’enlèvera brutalement nombre de mes amis de l’époque, dont ceux avec qui j'aurais voulu danser, encore et encore.

    scandinavie1.JPG

    1983. Changements d’horizons et de cap. Je rencontre l'âme soeur péruvienne. C’est avec elle que je vais travailler et chorégraphier pendant 3 ans, tout en découvrant la Scandinavie. Nouvelles révélations… »  (À SUIVRE)

    LIRE L'ÉPISODE 4

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • LE GOÛT DE L’AÏOLI #2

    PAUZIAS 2B.jpg

    Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Second épisode (Cf. part 1) d’une vie forcément foisonnante où sont convoqués l'Empereur, les grands voiliers, de Camille et du grand-père Eugène.

    « Le soleil nous brûlait et les îles de Lérins à quelques encablures me donnaient déjà à 7 ans la soif d’aventure.

    Le grand père de Grasse, Eugène plus bavard, lui nous parlait toujours de l'ancêtre pêcheur corse, le vieil Euphrate parti sans doute de l'île d'Elbe avec Bonaparte.

    Grenadier de la garde impériale il avait suivi à pied l'Empereur dans toutes les batailles jusqu'aux adieux de Fontainebleau où l'Aigle lui remit sa médaille.

     Napoleon.jpg

    Ses histoires fort nostalgiques de prolétaire à col blanc nous décrivaient ensuite les mésaventures de son père Camille, maître gabier sur les grands voiliers qui faisaient le trafic de l'huile d'olive avec le nord de l'Afrique.

    Lui aussi avait été courageux. Il avait décroché de sa vergue, un matelot assommé par une voile qui battait furieusement dans la tourmente, avant de s'écraser lui même sur le pont du navire. Amputé sur place d'une jambe brisée puis débarqué, il était devenu petit chef des douanes à Cannes et un des piliers du club de voile.

     vieuxvoiliers.jpg

    J'ai hérité de toutes ses médailles dont celle de son magnifique pointu gréé en cotre aurique, 70 pieds hors bout'. 

    Cette image en bronze me fit souvent rêver. Le grand père Eugène, chimiste parfumeur, devenu rapidement père de 3 garçons n'étant pas fortuné céda le beau cotre à des cousins qui l'entretenaient merveilleusement en embarquant les premiers touristes anglais pour la Corse.

    hoock-la-corse-en-yacht.jpg

    Un jour, deux d'entre eux fort mal léchés, traitèrent ces deux frères de « poules mouillées » car le mauvais temps annoncé ne permettait pas la balade vers le Cap Corse. Piqués ils furent priés froidement d'embarquer  et plus personne ne les revit.

    Lorsque je suis parti pour la première fois en solitaire sur la marre aux canards en 1984 à bord de mon magnifique et regretté Cornu, Pen Coat III, Eugène eut le temps de s'écrier: « Fandaquelle ! Je pourrai mourir tranquille car il est bien lui aussi du Midi avec ses gènes de marin et son pilon pour l'aïoli ! »  (À SUIVRE)

    Un récit de Pierre Auzias
    Photographies : DR

    LIRE L'ÉPISODE 3

    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • LES PETITS MORGEONS #1

    PAUZIAS 1B.jpg

    Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Premier épisode d’une vie forcément foisonnante. il est question de son enfance très ensoleillée.

    « La mer, l’aventure, les mondes polaires, la Nature… Mes tropismes trouvent  leurs origines dans la plus tendre enfance où les étés se partageaient à Cannes chez les grands parents maternels et à Grasse pour ceux paternels.

    palm-beach-casino-cannes.jpg
    À Cannes le jardin tropical était immense, je m'y perdais, dévorant les fruits gorgés de soleil, bouillant et juteux que me tendait la main de mon grand-père Pierre. Il m'impressionnait.

    Je savais tout dont il ne disait rien. Ses  2 guerres, blessé à Verdun en 1917 par un éclat d'obus qui lui avait traversé la cuisse, à l'âge de 17 ans.

    cheminot3.jpg

    Résistant lors de la 2ème guerre, alors cheminot, il faillit mourir enfermé dans la chaudière d'une Pacific qu'il s'apprêtait sans doute à saboter, échappant ainsi aux soldats Allemands qui avaient fait irruption dans l'atelier.

    Il apparaissait seulement pour me montrer les choses  insolites, un capricorne ou un gros lucane : « Tu le veux petit ? » Il sortait alors de sa poche un flacon avec dedans une ouate imbibée d'éther.

    INSECTE.jpg

    Ainsi j'ai hérité à sa mort d'une superbe collection d'insectes tombés en poussière depuis. Il y avait même des tortues grecques qui passaient par là.

    Je partais à la chasse aux gécos et autres énormes lézards verts dont j'avais une trouille bleue. Je comptais leurs cadavres alignés en fin de journée sur les marches de la villa. J'y pense souvent lorsque je pars à la chasse au phoque.

    henrisalvador.jpg

    Pierre m’amenait me baigner au Palm Beach où un homme à moitié nu et tout bronzé qui sentait la praline nous vendait tous les jours un énorme beignet abricot.

    Il chantait un air aguicheur en trébuchant dans le sable: « Beignet abricot, beignet abricot, ils font pousser les seins et grossir les fesses ! ».

    Un autre résident, Henri Salvador, en traversant la plage pour aller se mouiller, nous attirait toujours dans son sillage. « Les petits morgeons » que nous étions lui courrions après car il nous faisait rire de ses pitreries... » (À SUIVRE)

    Un récit de Pierre Auzias
    Photographies : DR

    LIRE L'ÉPISODE 2


    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • FICHUE BOTTE !

    Copie de IMG_0373.jpg

    Direction la côte orientale du Groenland.  En immersion avec les derniers chasseurs et pêcheurs inuits, je découvre la vie hivernale et les pérégrinations en traîneau. Un brin gaffeur, je vis évidemment cette première journée à ma façon...

    « Pousser, marcher, tirer, ralentir la cadence, stopper l’attelage. Souffler, pousser et marcher de nouveau. Plus le temps passe, plus le traîneau semble peser des tonnes. Mes gestes se mécanisent.

    L’effort physique est continu mais devrait s’arrêter bientôt. Tout en haut du sommet, on aperçoit le glacier tant attendu.

    Notre course s’effectuera alors en « Traîneau Grande Vitesse ». Nous ne devrions alors plus être loin du village de Tiniteqilaaq, terme de notre voyage…

    logo final PEV blue.jpg

    En attendant, il faut toujours tirer, pousser, tirer, pousser. Avancer mètre par mètre afin de gagner du terrain et s’approcher du sommet.

    Devant moi, tous les chiens tirent sur leur harnais avec une énergie incroyable. Même l’unique chienne aux longs poils dans lesquels s’agglomèrent des boules compactes de neige remplit sa tâche, quitte à rouler sur elle-même de temps en temps.

    Je suis stupéfait de sa hargne et sa ténacité. De mon côté, les mains crispées sur les barreaux du traîneau, je m’accroche au sens propre comme au figuré.

    PEV 14 W.jpg

    La fatigue se fait sentir. J’ai le dos et les lombaires en compote. Le souffle court, j’entreprends désormais des pas de géant en levant haut les genoux quand l’une de mes bottes polaires reste encastrée dans la neige !

    Surpris par ce coup du sort, j’agrippe le traîneau comme je peux sans réfléchir. Claudiquant sur un pied, je tente de freiner l’attelage.

    Maudissant ces chaussures qui ne sont déjà plus imperméables, je jure et vitupère tout haut même si, en fin de compte, je sais déjà que ces bordées d’injures ne résoudront aucun de mes problèmes.

     PEVbookPIC.jpg

    Au-dessus de moi, à une centaine de mètres, la caravane poursuit sa montée, indifférente à mon numéro de clown polaire.

    Arrêt inopiné du traîneau et de son attelage. Le manche du fouet pour bloquer toute progression.

    Soufflant comme une baleine, il me faut désormais redescendre 40 mètres en contrebas afin de récupérer cette fichue botte.

    Avant d’attaquer cet exercice sur un pied, je lève le bout du nez. Sait-on jamais, les autres ont peut être vu ma « chorégraphie » ?  Poursuivant sa marche inexorable, la caravane disparaît dans un banc de brume.

    À moi de me débrouiller…  »

    Stéphane DUGAST

     Extrait du Beau-Livre « Dans les pas de Paul-Emile Victor » (Michel Lafon)
    Photographies  © SD


    Lien permanent Pin it! Imprimer
  • CHASSE GARDÉE

    IMG_0562.JPG

    Campement de Ningerte
    66° 17’  Nord / 37° 14’ Ouest

    « Temps duveteux dans le fjord du Sermilik, une large échancrure située le long de la côte est du Groenland. Depuis l’apparition d’un phoque dans les eaux parsemées de glace, le silence est d'or à Ningerte.

    Casquette verte vissée de travers sur le crâne, veste polaire entrouverte et bas de survêtement noir rendu bouffant par ses grosses bottes kaki en caoutchouc, Tobias Ignatiussen est aux aguets. Fusil à la main, ce chasseur quadragénaire, parmi les plus réputés de la région d’Ammassalik, scrute minutieusement les eaux redevenues calmes.

    Plus un bruit, ni même un chuchotement au campement. Le mammifère marin ne devrait maintenant plus tarder à pointer son museau afin de revenir prendre sa respiration à la surface. L’attente parait interminable. Rien ne semble pourtant perturber la concentration de ce chasseur natif du Sermilik.

    Si la chasse a été, pendant des siècles, l’activité principale des Inuits, elle n’est désormais un métier que pour une soixantaine d’entre eux, détenteur d’un permis de chasse officiel. 

    Source de revenus complémentaires pour les chasseurs comme Tobias, cette activité ancestrale est devenue aujourd’hui un loisir pour la majorité des habitants de la côte orientale du Groenland seulement peuplée de 3 500 habitants, tandis que 54 000 Groenlandais habitent le long de la côte occidentale. (…) »

    Stéphane DUGAST

     Extrait du récit  « DANS LES PAS DE PAUL-EMILE VICTOR »
    paru dans le livre CARNETS D’AVENTURES (Presse de la Renaissance)

    Photographie : © Stéphane DUGAST 

    Lien permanent Pin it! Imprimer