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BILLET - Page 5

  • COURS LOCAL

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    Pierre Auzias (dit « Peeri ») vit sur la côte occidentale du Groenland à Uummannaq. Chronique d’un quotidien ordinaire pour Peeri.

    « Je danse la polka sur notre plancher éclaté pour essayer de remettre ses lattes en place. Au moins les dessous sècheront et je n'aurai sans doute pas de mérule dans les structures de la maison construite tout en bois. Panne de chaudière, glace dans les tuyaux et robinetterie irrécupérable.

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    L’homme de confiance qui devait s'occuper de la maison durant notre mois d'absence a oublié sa visite quotidienne. Il a cependant couru chez le plombier avant notre arrivée…

    Curieusement, je ne me mets plus en colère lorsque un évènement majeur de ce style dresse un tel obstacle dans ce quotidien parfois extrême qu'Annie et moi avons choisi. Je philosophe ayant confiance en le temps qui remettra les choses en droite ligne. 

    « Tout ce qui est tordu n'est pas toujours très droit ! », disent les Chinois. Ce n'est donc pas une raison pour se fâcher. 

    Au contraire, je ressors les pinceaux de leur écrin et sitôt dans la rue, je salue Rasmus, grand chasseur qui m'attire chez lui pour me montrer le rostre du narval qu'il vient de tuer.

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    Encre gelée. Uummannaq Fjord - Pierre A.C. Auzias / 2012

    Rasmus approche la cinquantaine. Il est un de mes « professeurs » qui m'aide avec un talent pédagogique inégalable à articuler les mots de groenlandais que j'écorcherai éternellement.

    La plupart du temps, nous nous y mettons spontanément, bras dessus, bras dessous qu'il ne lâche que pour se plier en deux de rire aussi fréquemment que possible.

    Nous sommes à chaque fois obligés de nous arrêter, pris de syncopes par ces fous rires qui se transmettent bien entendu aux gens qui nous croisent…

    Nous mettons bien 30 minutes à gagner ainsi sa jolie maison située à 500 mètres de la nôtre. Elle domine la corniche qui ceinture la ville, à quelques 80 mètres au dessus de la mer, face aux 100 kilomètres du fjord qui s'ouvre vers le sud.

    Une mince pellicule de glace encore transparente a pris la mer. Ce paysage me coupe encore le souffle, depuis sept ans.

    La maison plane au dessus de ce panorama unique en arctique et au monde.

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    Il est déjà midi. Dans trois jours, me fait remarquer Rasmus, le soleil gagnera les crêtes montagneuses de la péninsule de Nuussuaq. Le profil de sa vieille mère assise derrière la fenêtre se découpe sur la lumière du jour revenue.

    « Tikilluarit! », me dit elle pour me souhaiter la bienvenue.

    Amalia vient parfois d'Illorsuit pour voir ses enfants et petits enfants. Elle coud, si justement et avec force, deux peaux de chiens blanches comme la neige pour en faire une salopette de sortie hivernale pour son arrière petit fils.

    L'opportunité présente d'un beau portrait est évidente. Je m'en garderai bien car silencieuse et grave, je ne veux la déranger. Sa beauté est fascinante et en me retirant, comme un éclat de miroir, je la félicite de cela.

    Sans changer le rythme de son aiguille qu'elle plante dans son ouvrage, elle oriente doucement son visage puis son regard, comme une caresse au plus profond du mien. Elle cherche à savoir qui je suis.

    Il me faudra quand même revenir bien des fois pour comprendre ce visage extraordinaire et mystérieux pour pouvoir m'octroyer le droit de salir un peu de papier » (À SUIVRE)

    Pierre AUZIAS
    À Uummannaq
    Le 29 janvier 2013
     

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  • VENTS DU NORD #11

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    Danseur professionnel devenu artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour embarqué sur une frégate danoise (Cf. part #10). Destination le grand Nord, il y découvre une grande île : le Groenland. « Un coup de foudre immédiat ! » assure l’intéressé au point d’y revenir chaque année avant de s’y installer définitivement. Ultime épisode et explications de celui que les habitants de Uummannaq appellent désormais « Peeri ».

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    « La rencontre d'Annie, médecin saisonnier à Uummannaq, lors de ma visite officielle au Groenland au cours de l'été 2004, va bouleverser ma vie.

    Nous avons tous les deux vécus un échec conjugal danois, une même ville de départ Granville et la même passion pour ce pays groenlandais.

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    De mère Normande et de père breton, la force de caractère de cette femme, face aux difficultés considérables de son quotidien de médecin de terrain, n'aura de cesse de m'impressionner du Groenland à l'Afrique où je l'accompagne désormais pour l'aider ainsi que ses camarades de mission dans des conditions de travail pas toujours faciles.

    Nous parlons de cet intérêt commun pendant des mois avant de nous retrouver, nous unir et décider de nous installer à Uummannaq.

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    À UUMMANNAQ

    Annie sera nommée médecin chef de l'hôpital d'Uummannaq ayant la responsabilité de la santé de quelques 2 700 personnes peuplant la ville d'Uummannaq et les sept villages de ce grand fjord.

    Ici, la culture plus traditionnelle qu'au sud, me permet bien vite de prendre davantage conscience de l'évolution rapide et de l'actualité changeante de ce pays émergeant.

    C'est ce que je souhaitais : comprendre en profondeur ce que les trop courtes visites d'alors me cachaient, m'intégrer et vivre ce pays avec ses gens, leur culture dans leur nature si forte et envoûtante.

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    À  L’ECOUTE

    Janvier 2000, le spécialiste et homme de TV Jean-Christophe Victor, en conclusion d'une brillante conférence de géopolitique qu'il donnait à l'institut Français de Copenhague, a humblement indiqué à son auditoire l'importance d´écouter les peuples de l'arctique.

    L'héritage familial et culturel de cet homme (NDLR : le fils de Paul-Emile Victor 1907-1995) et  sa profession, le plongeant sans cesse au centre des tumultes mondiaux de l'actualité tout azimut, lui permet ce conseil que je me remémore souvent.

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    Jour après jour je me rends compte de l'importance de la qualité de vie que les groenlandais perdent à cause des interdictions, quotas ou embargos décidés de l'extérieur, alors qu'ils ont toujours su gérer les ressources de la nature étant eux-mêmes, qu'on le veuille ou non, un élément de son équilibre.

    Les connaissances qu'Annie et moi cultivons ou l'apprentissage de la langue nous ouvrent de plus en plus de portes au sein de cette société.

    L’alchimie avec les habitants s'est renforcée en vivant comme eux, en pêchant et en chassant pour nos besoins alimentaires et vestimentaires, par nos actions et par le simple fait, aussi d'utiliser nos jambes ou des chiens plutôt qu’un scooter ou une voiture.

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    D’INTENSES ÉCHANGES

    En 2011 nous avons jumelé la ville d'Uummannaq à Granville pour créer un pont culturel, éducatif et social. Un projet de deux ans de labeur.

    Aujourd'hui les échanges sont très intenses et l'association granvillaise très dynamique, tissant ainsi un lien très important pour les habitants du fjord.

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    Au terme de cette grande fête de jumelage, nous avons pris la mer de Granville à Uummannaq à bord de notre voilier « Avannaq » (Vent du Nord) pour retrouver la vraie dimension qui sépare nos deux cultures et ainsi mériter notre nouvelle résidence.

    La mer comme traits d’union à deux cultures…» (FIN)


    Un récit et des clichés de Pierre AUZIAS
    Dernier chapitre rédigé le 24 Juillet 2012 à Uummannaq.

    > LIRE L'ÉPISODE PRÉCÉDENT

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  • AU ROYAUME DES GLACES #10

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    Danseur professionnel devenu artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour posé son sac au Danemark. Une escale scandinave longue durée durant laquelle il va multiplier les rencontres décisives comme celles qui vont lui permettre de devenir peintre de la Marine danoise (Cf part 9) et d’embarquer sur les « bateaux gris » de cette marine. Récit son premier embarquement à destination du grand Nord.

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    29 Mai 1994, j'embarque à bord du navire d'inspection HMDS* Triton, basé à Frédérikshavn, une station navale basée dans le Nord du Danemark. 

    Le navire d’inspection HMDS Triton est une frégate dite « brise glace », pouvant ainsi briser la glace à concurrence d’une épaisseur d’un mètre maximum à la différence d’un brise glace capable, quant à lui, de briser jusqu’à 4 mètres d’épaisseur.

    De surcroît, la flotte des brises glace, battant pavillon danois, se distingue par la couleur de sa coque (orange) et ses lignes car c’est un bâtiment tout en hauteur. La frégate restant plus «féminine» dans ses lignes.

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    DES FRÉGATES TOUT TEMPS

    Frégate donc brise glace construite en 1990 au chantier naval de Svendborg, le HMDS Triton est la deuxième de quatre frégates identiques (dites sister ships) portant comme noms de baptême : Thétis, Triton, Vædderen (le bélier) et Hvidbjørn (l’ours blanc).

    Ces 4 frégates sont principalement destinées aux missions d'inspection en Atlantique Nord et dans l'Océan Arctique. Elles sont équipées d'une plate-forme pour un hélicoptère de type Lynx. Bien abrité dans son hangar, l’aéronef peut être tiré sur une vaste plateforme d'où il peut décoller à tous moments et par tout temps.

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    Quant aux missions principales de ces frégates danoises, elles consistent à surveiller les eaux territoriales et internationales sous ces latitudes, veiller au respect de la souveraineté,  à l'inspection et au contrôle des pêches dans les eaux territoriales féroyennes et groenlandaises, participer aux opérations de recherche, d’assistance et de sauvetage ainsi qu’être au service des stations navales danoises situées dans les îles Féroé et au Groenland. 

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    DES MISSIONS VARIÉES

    Ces frégates remplissent également, au gré des besoins, d’autres missions comme le transport de malades ou de blessés par voie maritime ou aérienne, la mise à disposition du médecin du bord en mer comme à terre, l’assistance lors d'incendies terrestres ou maritimes, le transport de personnel militaire, des membres de la maison royale, du gouvernement ou du parlement ainsi que le transport de matériel.

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    Briser les glaces, surveiller le milieu marin, œuvrer à la recherche en biologie marine ou à des mesures hydrographiques, porter assistance à des expéditions scientifiques ou à des sociétés sur place, sont également les autres missions assignées à ces frégates d’inspection accueillant chacune un équipage de 70 hommes renouvelé tous les 3 mois. 


    Ces marins hors normes abordent d’ailleurs leur quotidien avec un grand sens de la camaraderie où leur humour, leur gentillesse et leur convivialité égayèrent mes séjours à bord.

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    À BORD DU « KAYAK »

    A mon embarquement, le commandant Peter Hesselballe m'accueille à bord m'offrant une cabine digne de celle d'un yacht avec salle de bain complète, toilettes, grande couchette convertible en sofa, table de travail et deux chaises de bridge.

    En prime : un coffre fort et un réfrigérateur ! Le tout dans un décor en bois de bouleau aux tentures bleu outremer.

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    De surcroît, le pacha m’offre le libre accès au mess des officiers où je prendrai tous mes repas. Je jouirai ainsi en excellente compagnie d'un salon à la filmathèque inépuisable.

    La climatisation et le bruit des turbines de propulsion à haute fréquence me disent cependant que je suis à bord d'un navire de guerre, puissant et rapide.

    A bord, les matelots appellent leur frégate le « kayak ». Je trouve évidemment que ces élancements racés en sont certainement la raison.

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    ESCALES & REPRÉSENTATIONS

    Eté 1994, le programme est chargé avec plusieurs inspections de trawlers, ces bateaux usines russes oeuvrant  sans relâche sur les bancs dans le sud ouest des Féroés. Journaux de bord, mailles de leurs chaluts et cargaisons sont ainsi dûment contrôlées.

    Notre quotidien sera également rythmé par l’observation occasionnelle de sous-marins ou autres navires non signalés. Visite et escale aux Féroé, Jubilé des 200 ans de Tromsø en Norvège, Tour d'Islande, visite de son Altesse Royale, la Princesse Bénédicte lors du Jubilé des 100 ans de Tassilaq, maintes missions de sauvetage, manœuvres diverses… Cap finalement sur le Danemark à la fin du mois d’Août 1994.

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    CARTE BLANCHE

    Au retour, le Musée de la Marine de Copenhague me commande en avril 1995 – et pour la première fois ! - une exposition reportage qui me permettra d'amener le public de l'autre côté de la barrière.

    Ce nouveau genre d'exposition conçu comme un vaste carnet de voyage, offre au public des textes sous forme d'articles ou d'anecdotes appuyés de petits ou grands formats peints.

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    Ce « complément » à d'autres médias, comme la photo ou le cinéma, se veut dépourvu de toute propagande et empreint de poésie. Cela m'amènera, après chaque voyage, à développer d'autres expositions à thèmes.

    Le Groenland me retrouve presque chaque année été comme hiver. Par 6 fois (en 1995, 1997, 2000, 2004 et 2005), il me sera proposé par l'Amirauté d'accompagner le Yacht Royal et la famille royale du Danemark.

    Août 1997, le Yacht Royal Dannebrog passera d’ailleurs le 75ème parallèle Nord, établissant le record de la plus haute latitude atteinte par un Yacht Royal.  

    (A SUIVRE)
    Photographies Jerzy Strzelesky & Marine danoise / Illustrations et peintures de Pierre Auzias

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    NOTE DE BAS DE PAGE //
    * : HMDS : c’est l’acronyme en danois de « Hendes Majestæt Drønningens skibet », soit dans la langue de Molière : « Le navire de sa Majesté la Reine ». A noter un acronyme du même type chez les Britanniques : HMSH, signifiant « Her Majesty Ship ».

     

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  • L’HOMME QU’IL FAUT#9

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    Tour à tour danseur professionnel, artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour posé son sac au Danemark. Une escale scandinave de longue durée (Cf part 8) durant laquelle l’artiste va s’épanouir totalement. Neuvième épisode de la vie de Pierre-le-franski qui prend une tournure inattendue...

    « Sur les berges du canal de Christianshavn à Copenhague, l'ancien hôpital de la Marine Søkvæsthus, construit en 1780, abrite depuis 1989 le Musée Royal de la Marine Danoise.

    Les murs de briques, élégamment enduits de jaune de Naples, font se détacher l'affiche aux tons bleutés d'une Marine invitant à l'exposition rétrospective de Søren Brunøe (1916-1994), nommé en 1961 peintre de la Marine royale danoise.
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    UN DRÔLE D’INVITÉ

    19 Mai 1993, c'est un beau jour de printemps où ma carrière de peintre prend un tournant inattendu et historique. Un cocktail est donné dans la salle d'exposition temporaire Musée royal de la Marine danoise en hommage au peintre et à son oeuvre.

    Je ne suis pas invité mais je viens de présenter au directeur du musée un avant-projet composé d'aquarelles destinées à une éventuelle commande d'huiles.

    Ce travail de 3 mois vient de m'être définitivement refusé faute de finances. Mon amertume doit être visible, aussi plutôt que d'être raccompagné vers la sortie, le directeur du musée me propose de l'accompagner sur les lieux de la réception, mon dossier sous le bras...

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    SILENCE DE PLOMB

    Il y a là de nombreux officiers des trois armées dans leurs uniformes et qui, leurs verres bien remplis à la main, s'expriment bruyamment. Une femme fort séduisante, après avoir échangé quelques mots avec moi, s'empare de mon dossier qu'elle présente à un Amiral à l'autre bout de la salle.

    Je reste interdit, puis fort mal à l'aise, curieusement mitraillé du regard par les invités dont les éclats de rires soudain se calment.

    Cette femme, secrétaire du cabinet du chef de l'état-major de la défense et qui vient d'éplucher mes études, m'invite en me les retournant à présenter un nouveau dossier à son chef dès que possible. Je comprends vite que Søren Brunøe, âgé et fatigué, n'a pas de successeur.

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    H.M.S. Duke of Edinburgh dépassant Gibraltar au petit matin (Søren Brunøe)


    PREMIÈRE MISSION

    Le 28 Mai 1993, tardant sans doute à répondre, un coup de téléphone de l'Amirauté sollicite quelques portraits des tous nouveaux navires à missions multiples dit « Flex » en m'informant qu'un laissez-passer m'attend à la station navale de Korsør.

    Je m'y rends curieux et y suis accueilli avec une grande gentillesse par un officier qui me fera conduire sur les quais par un sergent qui attend patiemment la journée durant que je termine pour envoyer le tout à l'amirauté.

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    IN SITU

    Pas de réponses, mais le 25 Juin 1993 un message de la même secrétaire de l'Amiral me demande de me rendre dans la petite ville et port d'Holbæk au fond du fjord du même nom.

    Sur place : « toutes voiles dessus » affiche d'une manifestation annuelle qui attire nombre de vieux gréements de 15 à 120 pieds tous classés.

    La ville est en fête, la bière coule à flot et les torses des marins blonds, tâchés de goudron et de cachou, qui embaument partout, jouent et chantent sans trêve des spillemands, chants voisins des shanties britanniques.

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    « VOUS SEREZ BIEN TRAITÉ »

    À l'ombre dans la salle d'exposition vide ou presque de tout public où j'expose les peintures réalisées sur le chantier de restauration de la frégate Jylland, j'attends l'Amiral et sa secrétaire pour guider leur visite.

    Dans un français impeccable, sans trace d'accent, il me serre la main avant de se retirer : « Vous êtes l'homme qu'il nous faudrait, réfléchissez, vous serez très bien traité. Appelez ma secrétaire directement ! ».

     

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    UNE DÉFI DE CHOIX

    Être reconnu au Danemark me laisse songeur mais il s'agit d'une chance que je ne rencontrerai nulle part ailleurs.

    M'embarquer à bord des navires de guerre danois pour y peindre le quotidien des marins et sans doute les mers polaires de la Norvège au Groenland, participer aux fameuses inspections en Atlantique Nord et en Arctique reste un défi unique et extrêmement motivant.

    J'accepte et me rends à Forsvarskommandoen, l'état-major des armées où l'Amiral Arvid Sørensen, Merete A.Henriksen, sa secrétaire et moi sablons le champagne.

    Ma première mission officielle m'est confiée. La station navale de Holmen, construite en 1690, connue comme étant le plus grand employeur du pays, doit être démantelée.

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    ENFIN NOMMÉ

    C’est un scandale national entraînant le déplacement du personnel et un nombre considérable de démissions de ceux qui ne veulent pas se faire muter. Le thème de l'exposition, révélant le démontage lamentable de ce port historique, est présenté à l'école des officiers de la Marine royale.

    C’est dans ce contexte, le 23 janvier 1994, que ma nomination est annoncée dans tous les quotidiens nationaux danois.

    Søren Brunøe, mon prédécesseur, décède le 31 Mai 1994 quelques jours avant mon embarquement pour un périple de 12 000 milles en Atlantique Nord et vers le Groenland... »

    À SUIVRE
    Photographies : DR - Peintures : Pierre Auzias sauf mention contraire

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  • LA VOIE ROYALE #8

    Danseur professionnel, artiste-peintre et marin émérite, Pierre Auzias a un jour décidé de poser son sac au Danemark. Une escale scandinave longue durée (Cf part 7) durant laquelle il va multiplier les bonnes et belles rencontres. Huitième épisode de la vie de Pierre le franski qui devient peu à peu prophète dans son nouveau pays…

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  • VISIONS SCANDINAVES #7

    Artiste-peintre & danseur professionnel, Pierre Auzias va multiplier les navigations et les escales les plus exotiques. Un nouvel hasard va pourtant lui faire poser son sac en Scandinavie. Septième épisode de la vie d’un homme devenu un temps immobile au Danemark son nouveau pays.

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  • VENTS PORTANTS #5

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    Danseur professionnel chevronné, Pierre Auzias va un jour devenir artiste-peintre (Cf part 4). Installé en Normandie, il découvre également la mer et va peu à peu s’initier aux plaisirs de la navigation. Cinquième épisode d’une vie aux mille et une facettes.

    « Dans le train entre Paris et Granville ce fameux été 1976, je lis mon tout premier magazine de voile. Deux voiliers sont à l'essai et bientôt commercialisables en France. « Le Romanée », sloop de 32 pieds, de Philippe Harlé construit en aluminium et « L'Élor 65 » en polyester dessiné par le champion olympique et architecte naval Danois Paul Elvström.

    Je me prends à rêver d'escapade à bord du plus petit où déjà l'on peut vivre assis ou courbé, se faire à manger tout en naviguant. Naviguer ? J'ignore encore tout de cela…

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    NAVIGATIONS AU 1/10ème

    Je construis alors de véritables maquettes de voiliers que je lance de la plage du Plat-Gousset derrière le Casino. Je ne trouve rien de mieux pour apprendre à naviguer, régler les voiles, faire du rase cailloux et comprendre les courants. Tout cela flanqué du traité de navigation des Glénans que je lis désormais partout.

    Il me suffit de comprendre tout cela à l'échelle 1/10° avant d'arpenter les pontons de la toute nouvelle marina de Granville pour trouver un propriétaire en quête d'équipier et ainsi valider mon expérience à l'échelle supérieure.

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    LES CONSEILS DE « TONTON »

    Pierre Blouet, dit « Tonton », m'adopte et nous sommes encore de nombreux « nièces » et « neveux » à nous souvenir de cette personnalité granvillaise.

    Son bateau « Grand Gamin », un magnifique sloop de 33 pieds, interpelle par sa couleur grise militaire et ses lignes hydrodynamiques de sous-marin ou de suppositoire !

    « Tonton » avait dessiné et construit son bateau qui était un chef d'œuvre d'ergonomie et de trouvailles, comme son moteur de Simca 1000, dont l'hélice actionnée par transmission hydraulique montée sur une rampe s'immergeait du cockpit par une jolie petite manivelle décorée de perles en chêne verni.

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    Je revois ce vieux marin, grand et calme qui jamais ne quittait son cockpit pour effectuer quelque manoeuvre que ce soit. Aux retours de ses sorties ,nous étions nombreux à nous presser dans le carré douillet de ce rebelle, pour l'écouter refaire le monde.


    PREMIERS BORDS

    Son bateau l'avait amené de l'autre côté de la mare aux canards. C'est bien lui qui me persuadera enfin d'en faire autant. Prudent cependant, j'achète « Thalia » durant l'été 1979. Un petit Sargue, plan Sergent construit chez Croizer à Sartrouville en 1963.

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    « Thalia », ici à la Pointe d’Agon en 1979

    Le petit sloop de 23 pieds tout d'acajou m'offre le bonheur de ma première navigation en solitaire de 9 milles de la Pointe d'Agon à Granville. Puis défilent les avens et les rivières bretonnes ainsi que leur motifs irrésistibles.

    Je passe souvent Noël et le Nouvel An, seul à bord, mouillé dans quelques criques de Chausey me régalant d'un verre de vin en écoutant le vent gémir dans les haubans, les pas des fantômes sur les grèves où plus rassurante, l'étrille de pacotille qui gratte le sable au fond de la souille creusée par la quille »

    (À SUIVRE)

    LIRE L'EPISODE 6

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  • PARFUMS PORTUAIRES #4

    Après une enfance ensoleillée (Cf part 1 & part 2), Pierre Auzias est devenu un danseur professionnel chevronné (Cf part 3) quand sa vie va prendre un nouveau tournant en Normandie. Quatrième épisode d’une tranche de vie savoureuse à plus d’un titre…

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  • L’ART DES PIROUETTES #3

     Avant de se consacrer à la navigation et à la peinture - ses deux passions - Pierre Auzias a été un danseur professionnel chevronné. Récit d’une tranche de vie virevoltante après une enfance ensoleillée (Cf. part 1 & part 2). Troisième épisode de la vie singulière de cet artiste-marin qui s'est d'abord accompli dans le monde de la danse. Une vie alors entre classes et spectacles...

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  • LE GOÛT DE L’AÏOLI #2

    Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Second épisode (Cf. part 1) d’une vie forcément foisonnante où sont convoqués l'Empereur, les grands voiliers, de Camille et du grand-père Eugène.

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  • LES PETITS MORGEONS #1

    Danseur professionnel, Pierre Auzias a un jour voulu changer de vie et se consacrer à ses deux passions : la navigation et la peinture. Rencontre avec un étonnant marin (français) également peintre officiel de la Marine… danoise ! Premier épisode d’une vie forcément foisonnante. il est question de son enfance très ensoleillée.

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  • FICHUE BOTTE !

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    Direction la côte orientale du Groenland.  En immersion avec les derniers chasseurs et pêcheurs inuits, je découvre la vie hivernale et les pérégrinations en traîneau. Un brin gaffeur, je vis évidemment cette première journée à ma façon...

    « Pousser, marcher, tirer, ralentir la cadence, stopper l’attelage. Souffler, pousser et marcher de nouveau. Plus le temps passe, plus le traîneau semble peser des tonnes. Mes gestes se mécanisent.

    L’effort physique est continu mais devrait s’arrêter bientôt. Tout en haut du sommet, on aperçoit le glacier tant attendu.

    Notre course s’effectuera alors en « Traîneau Grande Vitesse ». Nous ne devrions alors plus être loin du village de Tiniteqilaaq, terme de notre voyage…

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    En attendant, il faut toujours tirer, pousser, tirer, pousser. Avancer mètre par mètre afin de gagner du terrain et s’approcher du sommet.

    Devant moi, tous les chiens tirent sur leur harnais avec une énergie incroyable. Même l’unique chienne aux longs poils dans lesquels s’agglomèrent des boules compactes de neige remplit sa tâche, quitte à rouler sur elle-même de temps en temps.

    Je suis stupéfait de sa hargne et sa ténacité. De mon côté, les mains crispées sur les barreaux du traîneau, je m’accroche au sens propre comme au figuré.

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    La fatigue se fait sentir. J’ai le dos et les lombaires en compote. Le souffle court, j’entreprends désormais des pas de géant en levant haut les genoux quand l’une de mes bottes polaires reste encastrée dans la neige !

    Surpris par ce coup du sort, j’agrippe le traîneau comme je peux sans réfléchir. Claudiquant sur un pied, je tente de freiner l’attelage.

    Maudissant ces chaussures qui ne sont déjà plus imperméables, je jure et vitupère tout haut même si, en fin de compte, je sais déjà que ces bordées d’injures ne résoudront aucun de mes problèmes.

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    Au-dessus de moi, à une centaine de mètres, la caravane poursuit sa montée, indifférente à mon numéro de clown polaire.

    Arrêt inopiné du traîneau et de son attelage. Le manche du fouet pour bloquer toute progression.

    Soufflant comme une baleine, il me faut désormais redescendre 40 mètres en contrebas afin de récupérer cette fichue botte.

    Avant d’attaquer cet exercice sur un pied, je lève le bout du nez. Sait-on jamais, les autres ont peut être vu ma « chorégraphie » ?  Poursuivant sa marche inexorable, la caravane disparaît dans un banc de brume.

    À moi de me débrouiller…  »

    Stéphane DUGAST

     Extrait du Beau-Livre « Dans les pas de Paul-Emile Victor » (Michel Lafon)
    Photographies  © SD


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